HARVARD MEDICAL
LIBRARY !
RONTGEN
THE LLOYD E. HAWES
COLLECTION IN THE
HISTORY OF RADIOLOGY
Digitized by the Internet Archive
in 2011 with funding from
Open Knowledge Gommons and Harvard Médical School
http://www.archive.org/details/lesrayonsxetlaphOOguil
LES
RAYONS X
PHOTOGRAPHIE A TRAVERS LES CORPS OPAQUES.
Ouvrages du même Auteur
Traité pratique de la Thermométrie de précision. Grand in-8, avec
45 figures et 4 planches sur cuivre ; 1889 12 fr.
Unités et étalons. Petit in-S, avec figures; 1893.
Broché 2 fr. 50 c. — Cartonné 3 fr.
LES RADIATIONS NOUVELLES.
LES
RAYONS X
PHOTOGRAPHIE A TRAVERS LES CORPS OPAQUES,
Oh.-Ed. GUILLAUME.
DOCTEUR ES SCIENCES,
ADJOINT AU BUREAU INTERNATIONAL DES POIDS ET MESURES.
DEUXIEME EDITION
PARIS,
GAUIHIER-VILLARS ET FILS, LMPRLMEURS-LIBRAIRES,
DU BUREAU DES LONGITUDES, DE l'ÉCOLE POLYTECHNIQUE,
Quai des Grands-Augustins, 55.
1896
Tous droits réserves.)
AVERTISSEMENT DE LA DEUXIÈME ÉDITION.
Au moment où parut la première édition de cet Ouvrage,
la théorie du phénomène découvert par M. Rôntgen sem-
blait assez nette, et l'on pouvait espérer qu'elle achèverait
de s'éclaircir à bref délai.
Mais la Science est coutumière de l'oscillation ; après le
premier moment de surprise où les plus habiles avouaient
leur impuissance à comprendre les nouveaux phénomènes,
est venue la période pendant laquelle tout semblait s'ex-
pliquer. Nous aurions plutôt, aujourd'hui, une légère
tendance à la confusion. Il ne me paraît pas moins utile
d'exposer encore la théorie qui semblait si évidente il y a
quelques semaines, mais j'avouerai que mes convictions
dans sa simplicité sont moins absolues.
Si la théorie a peu progressé, en revanche la technique
expérimentale a marché, depuis un mois, à pas de géant.
Tandis qu'au début la photographie des os de la main exi-
geait une pose d'une heure, on a réussi, par deux étapes
successives, à réduire le temps de pose à une minute,
puis à deux ou trois secondes. C'est l'instantané dans la
Photographie à travers les corps opaques.
Les modifications de cette deuxième édition portent
particulièrement sur les perfectionnements qui ont con-
duit à ce résultat.
Avril 189G.
PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION.
La merveilleuse découverte du professeur Rôntgen, dont
on a tant parlé depuis quelque temps, donne la sanction
d'une application pratique à un important ensemble de
recherches commencées il y a plus d'un quart de siècle,
et autour desquelles on s'est livré, depuis quelques années
surtout, d'homériques combats. L'interprétation toute ma-
térielle donnée par M. Groolœs des phénomènes décou-
verts par Hittorf devint rapidement populaire; pour la
première fois, la théorie cinétique des gaz était prise sur
le fait, dans une de ses conséquences qui semblait évidente.
Cependant, la critique ne se fit pas attendre; M. Gold-
stein, connu déjà par de belles recherches sur le phéno-
mène cathodique, combattit les idées de M. Grookes par la
théorie cinétique elle-même, et donna des arguments, en
apparence irréfutables, contre l'idée d'un bombardement
moléculaire. Et, malgré tout, cette idée s'appliquait si bien
à une partie du phénomène, il était si difficile de la rem-
placer, que le bombardement survécut à toutes les impos-
sibilités.
Pourtant, les attaques venaient de haut; l'illustre et re-
gretté Hertz, MM. E. Wiedemann et H. Ebert, M. Jaumann,
surtout M, Lenard, amoncelèrent les dif Acuités autour de la
théorie du bombardement, que défendirent des champions
tels que lord Kelvin, le professeur J.-J. Thomson et le pro-
fesseur Fitzgerald. Il y eut, autour de cette question, comme
PRKFACK.
une lutte nationale, entre d'éminents représentants des
pays où les deux opinions possibles concernant le phéno-
mène avaient vu le jour. C'est surtout après les magni-
fiques recherches de M. Lenard, véritable précurseur de
M. Rôntgen, que la lutte s'anima. Le jeune physicien, alors
préparateur de Hertz, avait vu le double phénomène dans
le tuhe et hors du tube. Il l'avait scindé par l'expérience.
Il aurait précédé M. Rôntgen dans les applications, si la
séparation s'était faite aussi dans son esprit.
L'idée qui semble s'imposer aujourd'hui, c'est que le
phénomène se compose de deux parties absolument dis-
tinctes; l'une est une conséquence de l'autre, mais elles sont
essentiellement difTérentes de leur nature; c'est seulement
depuis que cette idée s'est fait jour que l'on entrevoit la
possibilité de tout expliquer sans avoir recours à des no-
tions entièrement nouvelles.
Je me suis proposé de décrire, dans cet opuscule, une
partie des recherches qui ont conduit à la découverte du
professeur Rôntgen. L'étude des décharges dans les gaz
forme déjà un ensemble fort important, qu'il serait témé-
raire de vouloir exposer dans tous ses détails; je me con-
tenterai d'en marquer les étapes, en insistant particulière-
ment sur les phénomènes qui peuvent servir de pierre de
touche à la théorie.
Il m'a paru intéressant de rapprocher du phénomène
spécial qui nous occupe un certain nombre de faits singu-
liers et peu connus, qui présentent, avec plusieurs particu-
larités de la décharge dans les gaz ou avec les propriétés
de la radiation découverte par le professeur Rôntgen, une
parenté évidente. Ces faits, avec les théories qui les relient,
sont indiqués dans la première Partie de l'Ouvrage. La se-
conde Partie est ainsi débarrassée de tous les phénomènes
contingents et débute au cœur du sujet.
V.in PRKFACE.
A mesure que nous avançons dans l'étude de la décharge
dans les gaz, exposée dans les Chapitres IV et V, la décou-
verte de M. Rôntgen devient plus nette entre les lignes,
jusqu'au moment où le hasard la dévoile à un physicien
heureux et perspicace, qui a su l'extraire d'un ensemble
compliqué de phénomènes.
Jusqu'à ce moment, l'apport de la Physique française
est restreint ; à peine trouvera-t-on de loin en loin, depuis
les anciennes recherches d'Abria et de Masson, une étude
ayant trait au sujet qui nous occupe. Après la publication
du Mémoire de M. Rôntgen, l'indifférence fait place à l'in-
térêt le plus vif. De toutes parts on se met à l'œuvre ; on
perfectionne la technique expérimentale, on applique les
nouvelles radiations aux études les plus diverses; on
cherche à fixer les règles d'emploi des tubes, sur lesquelles
nous avons tenu à insister particulièrement. Puis, soudain,
se révèle la grande importance des substances phospho-
rescentes. Liées d'abord, pour le renforcement des radia-
tions, aux rayons découverts par M. Rôntgen, elles s'en
dégagent comme par enchantement; une nouvelle décou-
verte prend la place de celle qui vient d'être accueillie
avec un si grand enthousiasme et qui n'en formera désor-
mais qu'un cas particulier.
En quelques semaines, la Physique française a regagné
le temps perdu; elle paie sa dette au trésor commun et
l'augmente d'un gros intérêt.
Pavillon de Breteuil, Sèvres, mars 1896.
LES
RAYONS X
ET LA
PHOTOGRAPHIE A TRAVERS LES CORPS OPAQUES.
PREMIÈRE PARTIE.
CHAPITRE I.
L'ÉTAT GAZEUX.
1. Théorie cinétique. — Le pouvoir d'expansion des gaz
était attribué autrefois aux forces répulsives des molé-
cules. Mais, Texpérience ayant montré que la détente d'un
gaz dans un espace clos n'élève pas sensiblement sa tem-
pérature, il devint évident, le principe de l'équivalence
entre la chaleur et le travail une fois admis, que la répul-
sion ne pouvait pas être une propriété essentielle des corps
à l'état gazeux. On revint alors à une idée émise déjà par
Jacques Bernoulli, et l'on fonda, sar une base mathéma-
tique solide, la théorie cinétique des gaz.
Cette théorie ne fut point adoptée sans une vive ré-
sistance. Elle conduisait, en effet, à attribuer aux corpus-
cules de la matière gazeuse des vitesses de translation qui
parurent d'abord invraisemblables. Aux températures or-
G. 1
2 PREfllIERE PAllTIK.
dinaires, les molécules des gaz de l'air devaient posséder
la vitesse d'une balle de fusil, et l'on s'expliquait mal que,
dans un air tranquille, une fumée légère mît un temps
aussi long à se dissiper ; que la diffusion de la matière et
de la chaleur fût si lente dans les gaz ; qu'en un mot, tout se
passât presque comme si les molécules étaient en repos.
La théorie enseignait de plus que les vitesses sont pro-
portionnelles à la racine carrée de la température, comptée
à partir du zéro absolu, et inversement proportionnelles à
la densité des gaz. On en concluait que, dans les flammes,
les molécules d'hydrogène devaient atteindre parfois des
vitesses de 4 ou 5 kilomètres par seconde, et devenir de
véritables projectiles capables d'un certain effet destructeur.
On pensa un instant que la théorie succomberait sous
ses propres conséquences. Elle n'en fut que plus rapide à
se développer, car ses promoteurs, ayant à répondre à de
multiples objections, en firent l'objet constant de leurs in-
vestigations.
Les critiques furent bientôt réfutées par de bons argu-
ments.
, Si, dans une atmosphère ne possédant pas de mouve-
ment d'ensemble, la diffusion se fait avec une extrême
lenteur, c'est parce que les molécules sont sans cesse
arrêtées dans leur course, renvoyées dans toutes les di-
rections, et ne parcourent des trajectoires rectilignes que
sur des longueurs de l'ordre du dixième de micron.
C'est après une quantité innombrable de chocs qu'une
particule de matière gazeuse traverse une couche d'une
certaine épaisseur, et le mélange parfait de deux gaz, s'il
.n'est pas favorisé par des forces agissant dans un sens
..précis, exige en général un temps très long. D'ailleurs,
les lois de la diffusion qu'a révélées l'expérience sont
bien d'accord avec les résultats de l'investigation mathé-
CIIAP. I. — L KTAT GAZECX. 3
malique, dans laquelle on n'envisage que la probabilité
des mouvements dans tous les sens.
La théorie cinétique des gaz a été développée surtout
par le grand physicien Glausias. La loi mathématique de
la répartition des vitesses entre les molécules en est un
élément des plus importants. Cette loi a été donnée par
l'illustre Maxwell. Elle dérive de celle qae Laplace avait
trouvée pour la répartition des écarts d'une valeur
moyenne; mais, tandis que la loi de Laplace se rapporte
aux phénomènes symétriques, dans lesquels la probabilité
des écarts est la même dans le sens positif et dans le sens
négatif, celle de Maxwell est dissymétrique, puisque les
vitesses, étant prises en valeur absolue sans intervention
de la direction du mouvement, sont limitées d'une part à
une valeur nulle, tandis que, de l'autre côté, elles peuvent
s'étendre jusqu'à l'infini (').
La théorie cinétique des gaz donne aisément l'expli-
cation de certains faits d'observation courante, qui res-
teraient mystérieux si l'on se bornait à les juger d'après
l'équation caractéristique des gaz.
Que se passe-t-il, par exemple, à la limite d'une atmo-
sphère? Aucune formule exacte pour l'ensemble n'est sus-
ceptible de nous l'indiquer, même approximativement.
Dans la théorie cinétique, nous considérons la molécule
isolée. Si elle est animée d'une vitesse de bas en haut, elle
s'éloigne de l'astre auquel elle appartient, pour retomber
lorsque sa vitesse est épuisée. Si l'astre est petit, la vitesse
grande, la molécule s'éloigne et ne revient plus. C'est
pourquoi les corpuscules célestes sont dépourvus d'atmo-
(') L'expression de la loi de Maxwell est la suivante :
î
y = Cx' e * •
y est le nombre relatif de molécules possédant la vitesse x, C une constante.
4 PREMIÈ ri: PARTIE.
splière, tandis que les astres de plus forte dimension en
sont entourés. Les gaz dont la molécule est douée d'une
grande vitesse se sont conservés autour des astres les plu
gros, tels l'hydrogène et l'hélium sur le Soleil; les gaz de
plus forte densité sont restés attachés à des corps céleste
de moindre importance.
2. La Molécule et l'Atome. — Nous ne discuterons point
l'existence de la molécule, dernière subdivision de la ma-
tière dont s'occupe la Physique ; nous ne chercherons pas
davantage à démontrer que cette molécule est un conglo-
mérat dont le lien peut être brisé par des procédés parti-
culiers. Ce sont des faits que l'on cherchera à établii- ou à
combattre dans un ouvrage de doctrine. Nous les accep-
terons comme l'expression la plus probable et certainement
la plus commode de l'ensemble des phénomènes physico-
chimiques.
Pour la commodité de l'écriture, les chimistes supposent
la molécule composée d'un nombre bien défmi d'atomes,
généralement très petit, et ils envisagent cet atome comme
l'élément ultime, insécable et invariable de la matière
pondérable.
Clausius a donné une formule qui exprime le rapport du
travail interne de la molécule au travail total fourni à
une masse gazeuse susceptible de se dilater sous pression
constante. Ce rapport est exprimé en fonction des deux
chaleurs spécifiques du gaz, sous pression constante et
sous volume constant (^). Il admet deux limites, qui sont
C) Voici la formule de Clausius :
K _3 C— c
H~2 c '
K = énergie interne.
H = énergie totale.
C, c, chaleurs spécifiques sous pression constante et à volume constant.
CHAP. I. — l'État gazeux. 5
0 et 1 ; le travail interne peut, en effet, être nul, ou peut
former à lui seul le travail total. Dans le premier cas, le
rapport des chaleurs spécifiques est égal à | ; dans l'autre,
il est égal à l'unité.
Or on connaît certains corps gazeux, la vapeur de mer-
cure ou de cadmium, par exemple, qui correspondent à la
première de ces valeurs. L'argon et l'iiélium, découverts
récemment, sont dans le même cas. Pour ces corps, le
travail interne de la molécule est nul, et on les a nommés
monoatomiques. Suivant l'idée des chimistes, leur molé-
cule est composée d'un seul atome.
On sait, d'autre part, que le spectre de ces gaz se com-
pose de plusieurs raies qui, pour les deux premiers au
moins, possèdent la propriété d'être particulièrement fines.
Mais le fait de donner naissance àun spectre composé même
d'une seule raie indique que la molécule qui l'émet contient
au moins deux éléments susceptibles de se déplacer (*).
L'argon a un spectre complexe, et l'on peut en conclure
que sa molécule se compos.e d'un grand nombre d'élé-
ments distincts; cependant la théorie peut ne pas être
en défaut. En effet, les spectres de raies n'ont pas pu, jus-
qu'ici, être obtenus par une simple élévation de la tempé-
rature du gaz, avec laquelle toute action chimique ou élec-
trique est évitée (^). Or, dans la détermination des chaleurs
{^) Ces mouvements internes de la molécule, d'apparence compliqués, si
ron en juge par le nombre parfois très grand de raies spectrales que fournit
un élément, se produisent suivant des lois numériques, souvent très
simples, dont plusieurs sont aujourd'hui connues.
Par exemple, M. Balmer a réussi à représenter la fréquence des diverses
vibrations correspondant aux raies spectrales de l'hydrogène par la formule
P = P» ('-,-?)'
n étant un nombre entier égal ou supérieur à 3.
(*) Voir, en particulier, les recherches de M. Pringsheim présentées ré-
cemment à l'Académie des Sciences de Berlin.
6 • PREMIERE PARTIE.
spécifiques, les procédés thermiques interviennent seuls.
On peut en conclure que la molécule monoatomique con-
tient plusieurs éléments indifférents à la chaleur, mais
qui entrent en vibration lorsqu'on leur applique un mode
d'excitation convenable.
3. Les forces moléculaires. — Le mode d'excitation le
plus fréquemment employé pour obtenir les spectres des gaz
consiste à les soumettre à Faction de décharges électriques
dont nous étudierons plus loin la nature. On est ainsi con-
duit directement à admettre que les éléments de la molé-
cule sont susceptibles de vibrer sous l'action d'impulsions
de nature électrique, et qu'ils sont eux-mêmes doués de"
propriétés analogues à celles des corps chargés d'électri-
cité. La grande loi de l'électrolyse découverte par Fa-
raday s'adapte merveilleusement à cette idée; on n'aura
donc pas de peine à la considérer comme parfaitement
légitime.
" Les molécules des gaz monoatomiques sont-elles compo-
sées d'éléments matériels distincts possédant chacun une
charge électrique? Ces éléments sont-ils insécables, formant
un tout qui possède ses charges distinctes? On ne saurait le
dire pour le moment ; mais nous retiendrons comme très
probable ce fait qu'il existe, dans la molécule de la con-
stitution la plus simple, un ensemble parfois compliqué,
de nature essentiellement électrique, susceptible de se dé-
former sous l'action de certaines impulsions, et de vibrer
suivant un ou plusieurs rythmes parfaitement définis.
- Les durées d'oscillation sont légèrement variables d'une,
molécule à l'autre et sont sans doute influencées par les
molécules voisines. Mais, pour plusieurs corps monoato-
miques, la durée de chaque vibration particulière ne dif-
fère pas d'un millionième de sa valeur moyenne pour les
CHAP. I. — l'État gazeux. 7
molécules les plus perturbées (*). La molécule vibre avec
la régularité d'un excellent chronomètre, ce qui est l'in-
dice de propriétés élastiques d'une remarquable constance.
Quelles sont les forces qui agissent entre les molécules
voisines ?
D'abord, les attractions newtoniennes, qui s'exercent en
raison directe des masses et qui sont une propriété addi-
tive de la matière, doivent subsister entre ses dernières
particules. Puis, d'autres forces, insensibles aux distances
mesurables, viennent s'y ajouter. On sait, par l'expé-
rience classique de M. Rowland, répétée par M. Himstedt,
qu'une masse électrique en mouvement produit un effet
électrodynamique semblable à celui du courant électrique
découvert par Ampère. Or, dans les mouvements des mo-
lécules, les charges électriques sont entraînées de telle
sorte que, à ce point de vue particulier, une molécule
pourra presque toujours être considérée comme le support
d'une oscillation électrique. Les circuits voisins exercent
les uns sur les autres certaines actions mécaniques, d'ori-
gine électromagnétique, dont la loi pourrait être trouvée
si l'on connaissait la forme des circuits. M. Galitzine a
montré récemment (^) que ces forces varient suivant une
C) Le procédé d'examen des raies du spectre à l'aide d'un spectroscope,
même très dispersif, ne conduit pas, à beaucoup près, à des résultats aussi
détaillés que la méthode de visibilité des franges, imaginée par M. Fizeau
et perfectionnée par M. Michelson, qui Ta employée avec beaucoup de succès
à l'étude du spectre d'un grand nombre de corps et à diverses recherches
de Physique ou d'Astronomie.
Les études de M. Michelson ont montré qu'en général les vapeurs mono-
atomiques donnent des raies spectrales extrêmement fines. Le cadmium,
en particulier, donne trois raies visibles, largement séparées et d'une finesse
telle que leurs interférences sont parfaitement nettes pour une différence
de marche de 500000 longueurs d'onde. (Travaux et Mémoires du Bureau
international des Poids et Mesures, t. XI).
B. Galitzine, Ueber die Molecularhriifte und die Elasticitat der Molé-
cule (Bulletin de l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg, t. III, p. 1 ;
1895).
b PREMIERE PARTIE.
puissance inverse de la distance certainement supérieure
à la troisième, et probablement voisine de la quatrième.
D'autre part, Maxwell avait admis que, à partir d'une
distance très faible, les molécules se repoussent suivant
la réciproque de la cinquième puissance de leur distance.
Ces deux hypothèses sont bien d'accord entre elles, puis-
que, quels que soient les coefficients des deux termes,
l'ensemble des deux forces doit s'annuler dans une cer-
taine région, tandis que la force est attractive au dehors,
répulsive à l'intérieur. La répulsion, qui prend des valeurs
considérables lorsque les molécules arrivent très près l'une
de l'autre, les éloigne après ce que l'on pourrait nommer
leur choc.
Cette hypothèse de Maxwell, d'une répulsion entre les
molécules, a été attaquée par les mêmes arguments qui
avaient fait abandonner, d'une manière générale, la con-
ception fondamentale de l'ancienne théorie des gaz. Mais
les deux cas ne sont nullement comparables. L'idée ac-
tuelle attribue à cette force répulsive un rayon d'action
sensible très petit, comparé à la distance des molécules
dans un gaz voisin de l'état parfait. Dans une détente quel-
conque, faite en partant de cet état du gaz, le travail pro-
duit par ces répulsions est très petit, et doit échapper à
l'expérience. Il serait probablement appréciable si l'on
partait d'un gaz dans les conditions où le produit pv de la
pression par le volume a dépassé sensiblement sa valeur
minima.
CHAP. II. — LA LUMIERE.
CHAPITRE IL
LA LUMIÈRE.
4. Le spectre. — L'éther, qui propage, par ses vibrations
transversales, un genre parLiculier d'énergie, semble sus-
ceptible de prendre indifféremment tous les modes vibra-
toires imaginables. On n'a pas reconnu, jusqu'ici, qu'il prît
certaines périodes de préférence à d'autres, et, lorsqu'on
a trouvé une limite à sa vibration, on en a toujours décou-
vert la cause dans des propriétés de la matière indépen-
dantes de celles de l'éther.
Peu à peu, les modes de vibration connus sont allés en
augmentant; le spectre visible, qui forme à peu près une
octave de vibrations, s'est étendu dans les deux sens, et a
été exploré jusqu'à une grande distance de ses limites. La
Photographie nous a révélé les longueurs d'onde les plus
courtes, tandis que la mesure directe de l'énergie, à l'aide
d'un bolomètre à variation de résistance, ou d'une pile
thermo-électrique, a permis d'explorer les grandes lon-
gueurs d'onde.
L'une des difficultés de l'étude du spectre ultra-violet ré-
side dans le pouvoir absorbant de presque tous les corps
pour les radiations de faible longueur d'onde. Déjà, par
l'emploi d'un système optique en quartz, on recule beau-
coup les limites des radiations que permettent de mesurer
10 PREiMiÈRE HE^ARTIE.
les appareils en flint. Plus loin, l'air lui-même oppose
aux mesures une première impossibilité. Pendant long-
temps, les plus courtes longueurs d'oncle connues furent
celles qu'avait mesurées M. Cornu, dans le spectre de
l'aluminium. La dernière raie non absorbée correspond,
comme Ta montré l'illustre physicien, à une longueur
d'onde de 0!-'-, 185. Mais l'exploration a pu être poussée plus
loin encore, en attendant une mesure précise. Un savant
autrichien, M. Schumann, est parvenu, par des procédés
photographiques très délicats, et en opérant dans le vide,
à révéler l'existence de radiations dont la longueur d'onde
est voisine de 0^^-, 1. Dans ces recherches, le grain de la
plaque rend les opérations particulièrement incertaines,
et l'on n'obtient des résultats bien nets que par l'emploi
d'émulsions très homogènes.
Dans l'infra-rouge, de bonnes mesures ont été faites
par le regretté Mouton, M. Henri Becquerel, MM. Desains
et Curie, plus récemment, par M. Rubens et M. Paschen,
et par M. Carvallo. Mais le plus important ensemble de
recherches sur cette portion du spectre est dû à M. Lan-
gley, secrétaire de la Smilhsonian Instiiutlon, à Washing-
ton. Les radiations qu'il a suivies, sinon mesurées exacte-
tement, atteignent la longueur d'onde de 30!^. Puis vient
un espace encore inexploré, et vers 6""", nous retrouvons
des longueurs d'onde mesurées dont l'origine est pure-
ment électrique.
Les recherches de Hertz l'avaient conduit, comme on sait,
à produire, par la décharge d'un système de conducteurs
d'une forme particulière, des Oscillations électriques ex-
trêmement rapides, que Maxwell avait, depuis longtemps,
assimilées 9,ux oscillations lumineuses; en effet, depuis
que l'on sait produire des vibrations électriques encore
plus. rapides que celles de Hertz, on a pu répéter, par leur
OHAP. II. ^- LA LUMIÈUE. 11
moyen, toutes les expériences classiques de l'Optique, y
compris la double réfraction.
Les oscillations électriques de faible longueur d'onde ont
été obtenues par M. Righi d'abord, puis, plus récemment,
par M. Lebedef. Le nombre que nous venons de citer,
de 6"""', se rapporte aux expériences de ce savant.
La vitesse de propagation des oscillations électriques a
été mesurée directement par plusieurs physiciens, par-
mi lesquels nous citerons M. Blondlot, de Nancy, et
M.J.Trowbridge, de Harvard Collège. Cette vitesse, que les
mesures ont révélée égale à celle de la lumière, ne laisse
aucun doute sur l'identité des mouvements de l'éther aux-
quels correspondent les ondes lumineuses et les ondes
d'origine électrique. Toutes les théories de l'induction
admettent la possibilité d'ondes électriques plus lentes
que celles qui ont été observées, jusqu'à une lenteur in-
lînie. Ces ondes se propagent comme les ondes rapides, et
il n'y a aucune raison de croire que le spectre soit limité
au-dessous des radiations de longueur d'onde infinie.
Il reste une lacune à combler ; entre les longueurs d'onde
de 30f^' et celles de G"""", on n'a encore rien mesuré; mais
chaque année resserre l'espace resté vide.
5. Émission et absorption. — Les corps susceptibles
d'émettre une radiation donnée sont aussi ceux qui l'ab-
sorbent. Ce principe, établi pour la première fois dans toute
sa généralité par KirchhofF, est déjà contenu dans les
idées de Prévost, et se déduit immédiatement du prin-
cipe beaucoup plus général de Sadi Carnot. Si la loi de
Kirchhoff était erronée, dans le cas où aucune modification
chimique ne se produit, on pourrait, en effet, par un arran-
gement particulier de corps divers, faire passer continuel-
lement de la chaleur de l'un à l'autre, dans le sens inverse
12 PREMIÈRE PARTIE.
de la chiiLe de température. L'hypothèse des charges ato-
miques fait rentrer dans les écjuations générales appliquées
à des phénomènes connus les lois de l'émission et de l'ab-
sorption (2).
Dans cette hypothèse, les molécules ne sont pas autre
chose que des excitateurs et des résonateurs électriques,
auxquels on peut axDpliquer les équations qui régissent les
actions mutuelles de ces deux espèces d'appareils. Cette
théorie fait ainsi remonter à une cause commune l'en-
semble du spectre, quelle que soit la longueur d'onde de
la radiation considérée. L'identité des oscillations élec-
triques et des radiations proprement dites étant déjà ad-
mise, on ne fait que compléter l'idée en adoptant la simi-
litude des causes.
Il ne semble pas, à première vue, que le spectre dû à la
radiation des particules ultimes de la matière doive être
limité du côté des grandes longueurs d'onde. Toutefois,
M.WillyWien a démontré que, sil'on admettait l'identité do
la chaleur rayonnante (^ ) et des oscillations électriques et la
rigueur absolue du principe de Carnot, on devrait renon-
cer à chercher, dans le spectre produit par les vibrations
des molécules, des radiations de longueur d'onde infinie.
L'idée la plus répandue parmi les physiciens est que les
spectres de lignes sont dus à l'oscillation électrique à l'in-
térieur de la molécule; les spectres de bandes reconnais-
sent la même cause et prennent naissance lorsque les cir-
cuits moléculaires sont assez voisins pour modifier leurs
périodes respectives d'oscillation (3). Quant aux spectres
d'incandescence proprement dits, qui sont absolument
continus et suivent une loi de répartition déterminée, on
C) W. WiEN, Die obère Grenze der Wellenlângen, welche in der Warme-
strahliing fester Kôrper vorkommen hônnen (Annales de Wiedemann,
t. XL IX, p. 633; 1893).
CHAP. II. — LA LUMIÈRE. 13
les attribue en général à un mouvement d'ensemble de la
molécule.
Quelques physiciens établissent encore une distinction
entre les mouvements internes auxquels les particules
matérielles prennent part, et les vibrations n'intéressant
que les charges atomiques. Suivant M. 0. Lodge, la période
de . ces dernières oscillations serait incomparablement
plus courte que celle des mouvements atomiques. Les
lois de la propagation des mouvements corrélatifs de
l'éther à l'intérieur des corps, c'est-à-dire au voisinage
des particules matérielles, pourraient être très différentes
dans l'un et l'autre cas. La résonance mettrait en mouve-
ment soit des systèmes possédant une certaine masse, soit
des charges n'ayant aucune inertie appréciable.
6. La réfraction anomale. — Dans la région du spectre
où ils sont très transparents, les corps réfractent la lumière
d'autant plus que les vibrations qui la produisent sont
plus rapides. Il n'en est pas de même dans les régions
où les radiations sont absorbées. M. Le Roux, en 1862,
M. Ghristiansen, quelques années après, ont découvert le
phénomène de la dispersion anomale, qui se produit au
voisinage des bandes d'absorption.
Toutes les théories modernes de l'Optique tiennent
compte de ce renversement dans l'ordre des réfrangibili-
tés. L'idée fondamentale de ces théories a été indiquée par
M. Boussinesq (^) en 1867; elle avait été déjà conçue,
paraît-il, et exposée de vive voix bien antérieurement par
sir Gr.-G. Stokes.
Cette théorie a été, pour la première fois, poursuivie
(') Boussinesq, Tliêories nouvelles des ondes lumineuses ( Comptes rendus
des séances de l'Académie des Sciences, t. LXV, p. 235; 18G7).
14 PREMIÈRE PARTIE.
dans ses conséquences par Sellmeier (1872), puis par
Helmholtz (1875). Elle a été reprise par divers savants, et
exposée en particulier par lord Kelvin dans des leçons qu'il
fit, en 1884, à Johns Hopkins University, à Baltimore.
« Je suis confus d'avouer, disait à ce propos l'illustre
savant, que je n'avais jamais entendu parler de la disper-
sion anomale jusqu'au moment où je l'ai aperçue dans ces
formules; et j'appris alors qu'on l'avait observée depuis
huit ou dix ans (^). »
L'idée directrice de la théorie est que, lorsque l'oscil-
lation deTéther autour de la molécule possède une période
peu supérieure à celle de la vibration que la molécule elle-
même peut prendre, celle-ci exécute des mouvements de
grande amplitude; l'énergie cinétique des .molécules est
alors du même ordre de grandeur que celle del'éther dans
lequel elles se meuvent, et la vitesse de propagation du
mouvement se trouve modifiée.
La formule C[ue lord Kelvin déduit de sa théorie conduit
à des bandes d'absorption dans lesquelles l'indice prend
toutes les valeurs à partir d'une certaine grandeur posi-
tive jusqu'à zéro, et même jusqu'à des valeurs imaginaires.
Celles-ci correspondent à l'absence totale de propagation.
D'après la formule, les bandes d'absorption sont nettes vers
les grandes longueurs d'onde, diffuses à l'autre extrémité.
Les premières recherches sur la dispersion anomale
C) Sir W.TiiousoN, Conférences scientifiques et allocutions, traduites par
P. LuGOL, avec des extraits de Mémoires récents de sir W. Thomson et
quelques notes par M. Brillouin (Paris, Gautlaier-Villars et fils; 1893).
Voici la formule de dispersion donnée par lord Kelvin :
)i= = 1 — A T-
\' ^ x^^ — T-' ■ T/ — T^ ^ 7
n est ici l'indice de réfraction, A une constante, q^, ci„, des nombres, enfin
T„ Tj les durées de vibration propres des molécules absorbantes. T est
la période de la vibration lumineuse considérée.
CHAP. II. — LA LVMIÈKE. 15
avaient montré seulement que l'ordre de réfrangibilité est
renversé dans certains corps. Les expériences plus ré-
centes d'un grand nombre de physiciens ont conduit au
résultat surprenant que l'indice de réfraction de plusieurs
corps, dans des régions particulières du spectre, est plus
petit que l'unité.
Kundt (M et ses disciples, MM. du Bois et Eubens, ont
étudié à ce point de vue un certain nombre de métaux.
M. D. Shea a montré que la loi de Snellius-Descartes ne
se vérifie pas dans ces corps, de telle sorte que l'indice doit
être défini à la fois en fonction de la longueur d'onde et de
l'incidence. Voici quelques indices ramenés aux rayons
normaux :
Indices isour les raies {')
Lia. D F G
Fer 3,12 2,72 2,43 2,05
GoiDalt 3,22 2,7G 2,39 2,10
Nickel "... 2,04 1,84 1,71 1,54
Argent 0,25 0,27 0,20 0,27
Or ■ 0,29 0,66 0,82 0,93
Cuivre 0,35 0,60 1,12 1,13
Platine 2,02 1,76 1,63 1,41
Les résultats suivants sont dus à M. PflûAer ('M :
C) A. Kur^DT, Ueber die Brechungsexponenten der Metalle (Annales de
Wiedemann, t. XXXIV, p. 469 ; 18S8). — H. du Bois et H. Rubens, Brechung
und Dispersion des Lichtes in einigen Metallen {Ibid., t. XLI, p. 507; 1890).
— D. Shea, Zur Brechung und Dispersion des Lichtes durch Metallprismen
(Annales de Wiedemann, t. XL VU, p. 177; 1892).
(') Voici les longueurs d'ondes correspondant aux raies portées dans les
Tableaux :
Lia 0;S671
D 0 , 589
Tl (vert) 0 ,.^35
F 0 , 486
Sr (bleu) 0 ,461
G 0 ,434
(') A. PflQger, Anomale Disiiersionscurven einiger (ester Farbstoffe ( An-
' nales de Wiedemann, t. LVI, p. 412; 1895).
D
Tl
F
Sr
G
2,64
1,95
1,05
0,83
1,04
1,70
1,20
1,45
1,49
1,61
1,90
1,56
1,54
1,72
16 PREMIÈRE PARTIE.
Indices pour les raies
Corps.
Li a.
Fuchsine 2,34
Cyanine 2,08
Rouge de Magdala. 2,06
Violet d'Hofmann. 2,53 2,20 1,27 0,86 1,32
Ces quatre substances possèdent des bandes d'absorption
ainsi définies :
Limites.
Corps. ^ -^ .^ ■
Fuchsine 0^,623 net. 0i%45 estompé.
Cyanine 0,650 » 0 ,50 un peu estompé.
Rouge de Magdala.. 0 ,597 » 0 ,48 très estompé.
Violet d'Hofmann.. . 0,660 » 0 ,49 estompé.
Ces expériences confirment d'une manière remarquable
la théorie de lord Kelvin.
Les expériences sur les métaux montrent que, à mesure
qu'on s'approche des faibles longueurs d'onde, l'indice
tend vers l'unité en partant soit de valeurs plus fortes, soit
de valeurs plus faibles ; le cuivre seul fait exception.
La théorie indique que la diminution de Tindice vers les
faibles longueurs d'onde doit se produire dans la première
partie de la bande d'absorption ; le relèvement a lieu vers la
fin de la bande, après un minimum généralement inférieur
à l'unité. Toutes les valeurs du premier Tableau indiquent
une dispersion anomale, puisque l'indice n'augmente vers
le violet que pour des valeurs inférieures à l'unité.
Les substances moins absorbantes étudiées par M. Pflû-
ger permettent de suivre le phénomène sur une plus
grande étendue. Dans tous ces corps, le passage par le
minimum est nettement accusé.
Le même phénomène se retrouve dans l'infra-rouge. On
sait, en effet, que les radiations infra-rouges sont absorbées
par l'eau à une petite distance du spectre visible; pour un
CIl.VP. II. — r,.V I.UllIliRE.
17
œil sensible aux radiations de 2f^, l'eau serait noire comme
de l'encre. Or on a trouvé que l'indice de réfraction de ce
liquide, pour les oscillations lentes d'origine électrique,
est compris entre 8 et 9. C'est l'indice anomal correspon-
dant au commencement de la bande d'absorption.
M. Drude (') a trouvé enfin une dispersion anomale bien
nette dans divers liquides pour des ondes électriques de
l'ordre de 1™. Voici quelques-uns de ses résultats :
>, = 12™
2m
0™,75
Glycérine
n = 7,50
6,25
5,04
Alcool amylique.
3,78
3,29
2,35
Acide acétique...
3,21
2,66
2,51
Ces trois liquides présentent une forte absorption dans
cette région.
La courbe n (fig. 1) donne une idée de la variation de
l'indice dans un corps absorbant, déduite en même temps
Fi" ].
de l'expérience et de la théorie. La fréquence de la vibra-
tion lumineuse va en croissant de gauche à droite dans le
diagramme.
(') p. Drvbe, Ueber die anomale elehtrische Dispersion von Flûssigheiten
(Abhand. der Math, phys., Classe der Kônigl. Sâchs. Gesellschaft der Wis-
senschaften Gôttingen, t. XXIII, p. 1 ; 1896).
G. 2
18 PRianKHE PvrvTiK.
La transparence remarquable de certains métaux après
la dernière bande d'absorption est bien d'accord aussi avec
ce qu'enseigne la théorie.
SirG.-G. Stokes a découvert, en effet, que les miroirs en
argent poli ne peuvent pas être employés comme réflecteurs
pour l'étude du spectre ultra-violet, parce qu'ils éteignent
les rayons les plus réfrangibles, et M. Cornu est arrivé
au même résultat avec l'argenture chimique. M. de Ghar-
donnet (^), au cours de ses importantes recherches sur
l'absorption dans l'ultra-violet, a reconnu que l'on obtient
une action photographique énergique derrière un miroir
de Foucault, complètement opaque pour les radiations
visibles. L'image de l'arc électrique peut être photographiée
en quelques secondes au travers de deux miroirs de Fou-
cault complètement opaques.
On sait aussi que la feuille d'or laisse passer des radia-
tions d'un beau vert-pomme. En se reportant aux expé-
riences de Kundt et de ses élèves, on verra, en effet, que
la bande d'absorption dans ce métal doit prendre fin vers
l'extrémité violette du spectre visible. L'indice étant déjà
beaucoup relevé dans une partie du spectre visible lui-
même, l'absorption y est relativement faible, dételle sorte
que l'extrémité rouge seule est complètement absorbée.
7. La lumière ultra-violette. — Les radiations de très
faible longueur d'onde présentent un intérêt tout particu-
lier, en connexion avec la matière pondérable. La limite
de grandeur que l'on assigne à la molécule est, en effet, de
l'ordre du millionième de millimètre, pour les molécules
les plus grosses. Les plus courtes longueurs d'onde étu-
(') De Charuonnet, Sur la transparence actinique de quelques milieux
et, en particulier, sur la transparence actinique des miroirs de Foucault et
leur application en Photographie Journal de Physique, t. I, p. 305; 188:2).
CIl.Vl». 11. — L\ LUMIÈRE. U
diées jusqu'à ce joui* ne sont que cent fois plus étendues,
et, comparées à ces oscillations, les dimensions molécu-
laires ne sont plus négligeables. Par rapport à ces radia-
tions, la matière apparaît déjà avec une certaine disconti-
nuité et possède des propriétés bien différentes de celles
qu'elle manifeste vis-à-vis des radiations ordinaires. On
sait, depuis Fresnel, que les corps grenus, dont l'élément
n'est pas lui-même absorbant, sont d'autant plus transpa-
rents que les radiations qui les frappent ont une plus
grande longueur d'onde. Clausius et lord Rayleigh ont
établi des formules exprimant le résidu d'énergie vibra-
toire après le passage à travers un corps composé de
petits sphérules égaux (^).
D'autre part, les recherches que l'on a pu faire à l'aide
des oscillations électriques ont montré que la plupart des
corps qui ne doivent leur opacité qu'à leur état grenu
sont d'une parfaite transparence dès que la longueur d'onde
dépasse sensiblement l'étendue du grain. Les premières
recherches de Hertz sur la réfraction des ondes électriques
ont été faites sur un prisme d'asphalte qui se montra
transparent. Le bois, le carton, l'ébonite et, d'une manière
générale, tous les corps non conducteurs laissent passer les
radiations d'origine électrique. On n'aura donc pas de peine
à admettre qu'il puisse en être de même des dernières par-
ticules de la matière, lorsque l'on aura dépassé les régions
du spectre dans lesquelles elles résonnent avec facilité.
Ces propriétés de la lumière ullra-violette sont de celles
que l'on peut prévoir avec une plus ou moins grande pro-
babilité; il en est d'autres que rien ne pouvait faire soup-
le ) Ces formules sont de la forme
al
a est une constante, l l'épaisseur traversée; n =2 ou 4, suivant les auteurs.
20 PREMIÈRE PARTIE.
çonner, et dont la découverte est due en grande partie au
hasard.
Au début de ses recherches sur les oscillations élec-
triques, Hertz observa une action très marquée de l'étin-
celle du circuit primaire sur celle du résonateur (* ). Tandis
que cette dernière éclatait à chaque oscillation à l'air
libre, elle cessait aussitôt que les boules entre lesquelles
se produisait la décharge étaient enfermées dans une boîte
quelconque. Démontant successivement toutes les parties
de la boite, Hertz reconnut bientôt qu'une seule propriété
de l'étincelle, sa radiation lumineuse, était en jeu dans le
phénomène. L'interposition d'un corps opaque quelconque,
conducteur ou diélectrique, arrêtait également l'action;
quelques corps cristallisés faisaient exception; le sucre,
l'alun, le sel gemme, la diminuaient très peu sous de
faibles épaisseurs; quant au quartz, il se montra d'une
transparence telle que, sous une épaisseur de plusieurs
centimètres, son absorption était à peine sensible.
Il était dès lors naturel d'attribuer l'action de l'étin-
celle aux radiations de courte longueur d'onde, qui l'ac-
compagnent toujours lorsqu'elle éclate entre deux morceaux
de métal. L'expérience confirma immédiatement cette ma-
nière de voir, car les sources de lumière quelconque agis-
saient comme l'étincelle électrique, et se montrèrent
d'autant plus actives qu'elles contenaient une plus grande
proportion de radiations ultra-violettes.
En masquant l'une après l'autre toutes les parties de
l'ensemble formé par les deux boules et leur intervalle.
Hertz reconnut que l'organe le plus sensible à la lumière
ultra-violette est l'électrode négative.
(') Hertz, Ueber einen Einftuss des ultravioletten Lichtes auf die elec-
trlsche Entladung (Annales de Wiedemann, t. XXXI, p. 983; 1887).
CHAP. 11. — LA. LUMIÈRE.
Cetle action de la lumière ultra-violette ne se fait pas
seulement sentir sur un intervalle de peu d'étendue où
l'étincelle est susceptible d'éclater ; elle est tout aussi mar-
quée dans le cas de la décharge lente d'un corps électrisé
isolé dans l'espace, ainsi que l'a montré M. Hallwachs.
Ce singulier phénomène, étudié par M. Righi, M. Stoletof,
MM. Bichat et Blondlot, M. Hoor, M. Branly, et d'autres physi-
ciens, a été employé pour la première fois par M. Hallwachs
dans l'étude quantitative de l'absorption des radiations (^).
L' électromètre servait à déterminer la proportion de l'éner-
gie vibratoire d'une qualité déterminée qui traversait le
corps en expérience.
La cause de ce phénomène, qui paraissait au début com-
plètement isolé, a été trouvée par MM. Lenard et Wolf (") ;
ils ont ramené la décharge des corps sous l'influence de
la lumière ultra-violette à une convection de l'électricité
dont les poussières détachées de la masse formaient le
support.
Ces deux habiles physiciens sont parvenus, à l'aide d'un
jet de vapeur sursaturée ( ^ ) , à suivre exactement la marche
de cette poussière, et à en constater l'existence autour du
corps électrisé négativement toutes les fois qu'il perdait
( ^ ) Hallwachs, Ueber den Einfiuss des Lichtes auf electrostatisch geladene
Kôrper {Annales de Wiedemann, t. XXXIII, p. 301; 1888). — Ueher denZu-
sammenhang des electrischen Electricîtatsverlustes durch Beleuchtung mit
der Lichtabsorption {Ibid., t. XXXVII, p. 666; 1889).
{') Lenard et Wolf, Zerstâuben der Kôrper du?'c/i des ultraviolette
Licht {Annales de Wiedemann, t. XXXVII, p. 443; 1889).
(') M. Aitken et, après lui, R. von Helmholtz, ont démontré que l'air peut
se sursaturer très fortement d'humidité, à la condition d'être complètement
dépourvu de poussières ; la condensation qui se produit sur les noyaux
préexistants est d'autant plus rapide que les particules en suspension sont
plus abondantes.
M. Aitken a utilisé le premier ce phénomène pour déduire, de l'aspect du
jet de vapeur, le nombre moyen de centres de condensation existant dans
l'unité de volume d'air.
"■Il PREMIKRb; PARTIE.
rapidement sa charge sous l'action de la radiation. De tous
les métaux, c'est l'argent qui s'est montré le plus facile à
pulvériser par la radiation. Viennent ensuite l'or (i), le
fer, le plomb, l'étain, le cuivre, le platine, le mercure et
le zinc (^).
Le quartz lui-même perd, à la surface opposée à la
source de lumière, des poussières qui s'échappent nor-
malement à son plan. MM. Lenard etWolf, qui ont étudié
le phénomène de très près, pensent que les particules quit-
tant le cristal sont composées de silicate de soude; ce sel,
absorbant la lumière ultra- violette, doit subir son action
et prendre un état vibratoire qui le détache de la masse
où il est enfermé. Les expériences sur l'électrolyse du
verre que nous rapporterons dans le Chapitre 111 enlèvent
à cette hypothèse ce qu'elle pourrait avoir d'invraisem-
blable à première vue.
La pulvérisation des métaux n'est pas, du reste, le seul
mode d'action de la lumière ultra- violette sur les décharges
(') La pulvérisation des métaux s'observe, apparemment du moins, en de-
hors de l'action de la lumière ultra-violette; M. Pellat a démontré, par l'étude
des foi'ces électromotrices de contact, que deux plaques de métal en regard
font échange de matière.
L'évaporation du métal a été fréquemment observée, soit dans l'emploi des
tubes à vide où la pulvérisation peut être ramenée à l'action de la lumière
ultra-violette, soit dans les lampes à incandescence où cette action est moins
évidente. M. Goldstein signala, en 1880, la présence, sur les cathodes, de fi-
gures d'une forme particulière, attribuables à une corrosion du métal en des
endroits bien déterminés par la forme des électrodes et celle du tube.
M. Fleming a indiqué l'un des premiers, en 1883, l'évaporation des attaches
dans les lampes à incandescence. L'ampoule se recouvre intérieurement de
poudre métallique abandonnée par les flls qui amènent le courant à la fibre
de charbon. Cette dernière projette une ombre bien nette dans le miroir mé-
tallique, ce qui montre que les particules arrachées aux électrodes se
meuvent en ligne droite, sans doute avec une grande vitesse.
(^) On remarquera que les deux métaux les plus sensibles à l'action sont
ceux qui, d'après Kundt et M. Shea, sortent de la bande d'absorption au
commencement de l'ultra-violet. Il serait intéressant de voir si l'argent
employé comme cathode dans les tubes de Crookes favorise la production
des rayons cathodiques.
CllAP. II. — LA LUMIÈRE. 23
électriques. M. Svante Arrhenius a montré, dans une série
de beaux travaux ( ' ) , que les gaz sont dissociés par cette
radiation, et il attribue le surcroît de conductibilité aux
ions libres qui se trouvent alors répartis dans la masse.
Si les radiations de faible longueur d'onde exercent une
action chimique sur les gaz, il est naturel que ceux-ci les
absorbent en notable quantité, et c'est peut-être la raison
pour laquelle on ne trouve pas, au fond de l'atmosphère,
de radiations de très faible longueur d'onde dans le spectre
solaire.
En résumé, les vibrations rapides de l'éther commu-
niquent aux particules matérielles une énergie cinétique
souvent suffisante pour en détruire la cohésion. Cette
action est particulièrement énergique lorsque le corps
possède une charge d'électricité négative.
Nous ajouterons que cette propriété des radiations ultra-
violettes est partagée à un certain degré par la lumière
ordinaire, à la condition que le récepteur y soit sensible.
MM. Elster et Geitel ont trouvé que les métaux alcalins sont
dans ce cas.
Ces propriétés, caractéristiques de certaines radiations,
jouent probablement un rôle très important dans les phé-
nomènes que nous étudierons plus loin ; elles donneront
peut-être le moyen de décider entre les diverses théories
que l'on a proposées pour expliquer l'existence des rayons
de M. Rôntgen.
8. Analogies acoustiques. — Il est certains phénomènes,
peu accessibles au calcul, que l'on peut élucider partielle-
ment par une analogie suffisamment serrée; c'est ainsi que
C) Sv. Arrhenius, Ueber das Leitungsvermôgen der phosphorescirenden
Luft (Mémoires de l'Académie des Sciences de Suède, t. XIII, 14 sept. 1887).
— Ueber das Leitungsvermôgen beleuchteter Luft (Ibid., 11 janvier 1888).
24 PREMIÉUE PARTIE.
les phénomènes de l'Acoustique, dans l'étude desquels on
opère sur des longueurs mesurables, permettent de prévoir
en gros les transformations que les particules matérielles
feront subir aux vibrations de l'éther qui produisent la
lumière. Sans doute, l'analogie n'est pas complète, puisque
les ondes sonores sont longitudinales et les ondes lumi-
neuses transversales. De plus, il y a similitude parfaite
entre l'énergie que dissiperont les particules moléculaires
et celle qu'elles reçoivent d'un faisceau lumineux, tandis
que les parcelles de matière qui absorbent les vibrations de
l'air sans les transmettre dégradent l'énergie et la dis-
sipent sous une forme différente de celle qui les a mises
en mouvement. Malgré cela, l'analogie est encore assez ser-
rée pour que l'on puisse tirer quelque bénéfice de son étude.
Considérons un système matériel composé d'un grand
nombre d'organes semblables — des timbres d'appel, par
exemple, — susceptibles de vibrer sans qu'un amortisse-
ment sensible se produise par consommation d'énergie dans
leur masse. Si un son continu frappe l'ensemble, chacun
des corps qui le composent se mettra à vibrer suivant sa
période propre, et l'amplitude de la vibration sera d'au-
tant plus grande que cette période sera plus voisine de celle
de la source. Supposons que le milieu soit excité à l'unis-
son des timbres qui le composent ; chacun d'eux prendra
un mode vibratoire dont l'amplitude augmenterait jusqu'à
la rupture, si, à leur tour, ces timbres ne communiquaient
à l'air une portion de leur énergie. Si la vitesse de la trans-
mission à l'intérieur de chacun de ces timbres est infé-
rieure à la vitesse de propagation du son dans l'air, cette
dernière ne sera que peu affectée par la traversée de l'en-
semble. Mais, si cette vitesse est plus grande, le mouve-
ment s'accélérera en traversant le milieu artificiel, et il
en résultera une plus grande vitesse du son au travers de
CIIAP. II. — LA LUMIÈRE. 25
l'ensemble qu'à l'air libre. L'expérience ne serait pas trop
difficile à réaliser. Elle donnerait une image très exacte
de ce qui se passe lorsqu'un faisceau de lumière mono-
chromatique traverse un corps qui l'absorbe par résonance.
Nous avons vu qu'alors la vitesse de propagation du mou-
vement lumineux peut être augmentée, sans cependant
l'être toujours (6).
Les phénomènes sont sensiblement différents lorsque
l'onde sonore traverse un milieu composé d'un gaz et de
particules solides peu élastiques et n'ayant pas un mode
vibratoire bien défini. Un espace ainsi constitué sera opti-
quement l'analogue d'un milieu trouble, ou même d'un
ensemble de molécules, si les vibrations del'éther ont une
très faible longueur d'onde. Si les corps ainsi disséminés
dans l'espace n'en occupent qu'une très faible partie, la vi-
tesse du son n'en sera pas affectée. En revanche, elle sera
modifiée si les particules étrangères occupent, dans l'air,
une portion importante de l'espace total.
Un physicien russe, M. Hesehus, a cherché à déterminer
les modifications que subit le son à la traversée d'un mi-
lieu de ce genre (^). Le mode d'investigation consistait à
déterminer la distance focale d'une lentille en treillis de fil
de fer, remplie de copeaux d'ébonite que l'on pouvait tas-
ser plus ou moins. L'expérience a montré que la vitesse
du son était modifiée d'autant moins que la longueur d'onde
était plus petite. Pour les grandes longueurs d'onde, le mi-
lieu, qui est, de sa nature, indifféremment absorbant,
agit comme s'il était continu, et la propagation ne se fait
pas. Au contraire, lorsque la longueur d'onde diminue,
les inégalités du milieu deviennent apparentes, et la pro-
(') Hesehus, Sur la réfraction et la vitesse du son dans les corps poreux
(Journal de la Société physico-chimique russe, t. XXII, p. 233 ; 1890).
26 PREMIÈRE PAUTIE.
pagation se fait dans les interstices pleins d'air. Par
exemple, lorsque la portion remplie par les copeaux est
de 3 à 4 pour 100 du volume total, la vitesse de propaga-
tion des sons dont la longueur d'onde est de 24""" atteint
261"' par seconde. Elle tombe à 146"' par seconde pour une
densité de 0,14 et une longueur d'onde de 60""".
La diminution de vitesse du son tend à s'annuler à me-
sure que diminuent la portion de l'espace occupée par le
corps solide indifférent et la longueur d'onde de la vibra-
tion sonore. Autant qu'on peut en juger, le rapport des lon-
gueurs d'onde utilisées par M. Hesehus aux dimensions des
particules solides comprises dans l'espace en expérience est
du même ordre de grandeur que celui des longueurs d'onde
du spectre visible ou ultra-violet aux dimensions molécu-
laires. Le rapport des pleins aux vides dans les corps est plus
difficile à déterminer; mais l'opinion lapins répandue est
que la molécule proprement dite n'occupe qu'une petite
partie de l'espace qui la sépare des molécules voisines.
9. Phosphorescence et fluorescence. — Les phénomènes
lumineux singuliers que présentent certains corps dans des
conditions particulières, et auxquels M. E. Wiedemann a
donné le nom général de phénomènes luminescents, jouent
un rôle important dans l'ensemble des radiations récem-
ment découvertes.
Dans une enceinte fermée et isotherme, tous les éléments
de surface ont le même éclat, à la condition qu'aucun
d'eux ne présente des propriétés luminescentes. D'après
le principe de Prévost, complété par Kirchhoff [voir 5), cet
éclat est même indépendant du pouvoir émissif de chaque
élément de la surface interne de l'enceinte. Il n'en est pas
de même lorsque celle-ci contient un corps luminescent.
Ce dernier se détache de son entourage par une teinte dif-
cil A p. II. — LA LUMIÈRE. 27
férente correspondant à un déplacement de la répartition
de l'énergie dans le spectre.
La luminescence peut être ramenée à deux groupes bien
distincts de phénomènes. D'une part, certains corps, exci-
tés par la lumière ou par d'autres agents, sont sujets à se
décomposer partiellement comme nous venons de le voir.
Ils tendent alors à revenir à leur état d'équilibre en don-
nant naissance à des ondes lumineuses. Ils émettent ainsi
des radiations pendant tout le temps que dure leur retour
aux liaisons rompues par l'agent extérieur. Les corps
susceptibles de donner naissance à ces phénomènes sont
dits phosphorescents. Ils sont caractérisés par le fait que
leur émission dure un temps appréciable après que l'exci-
tation a cessé de se produire.
D'autres corps transforment immédiatement l'excitation
qu'ils reçoivent en une vibration d'une nature différente.
Leur molécule, sans éprouver de décomposition, participe
au mouvement lumineux et change sa nature. La durée
d'extinction ne dépasse pas alors le temps que met la mo-
lécule à reprendre ses mouvements ordinaires après la fln
de l'excitation. Cette durée de l'extinction est tellement
courte qu'elle n'a pas pu être mise en évidence. Les corps
qui transforment ainsi la lumière sont dits fluorescents.
La distinction, en apparence artiflcielle, entre les corps
ayant une durée d'extinction appréciable et ceux pour
lesquels elle est au-dessous de toute durée mesurable a
été établie par E. Becquerel. Nous voyons que cette classi-
fication des phénomènes correspond, en réalité, à deux
classes bien tranchées de modifications dans la molécule.
La phosphorescence est surtout importante dans les
corps faciles à décomposer. Certains sels sont dans ce cas;
mais on peut augmenter beaucoup le phénomène en faci-
litant la décomposition des corps sous l'action de l'agent
28 PREMIÈRE l'AUTIE.
excitant. L'un des meilleurs procédés consiste à faire ce
que M. Van t'Hoff nomme une solution solide, c'est-à-dire un
mélange intime de deux sels, dont l'un, ajouté en très faible
quantité à l'autre, est prêt à se décomposer partiellement,
et à former, avec une partie du second, une très petite pro-
portion d'un troisième corps généralement moins stable
que les deux premiers.
On peut, par exemple, obtenir un corps phosphorescent
de cette nature, en mélangeant un peu de sulfate de ma-
gnésie à du sulfate de calcium. Pour cela, on commence
par dissoudre le premier de ces corps dans de l'acide sul-
furique, qui sert ensuite à précipiter une solution de chlo-
rure de calcium. Dans certains cas, il est préférable de
dissoudre les deux corps que l'on veut mélanger, et de
faire évaporer la solution.
Souvent, le troisième corps formé est assez stable pour
se conserver indéfiniment à la température ordinaire ; on
provoque alors sa décomposition en chauffant le sel, et
le retour au premier état est généralement accompagné
d'un dégagement abondant de lumière.
La manière dont se comportent les mélanges artificiels
de deux substances solides conduit à penser que, dans un
grand nombre de cas, les corps phosphorescents ne doivent
cette propriété qu'à la présence de traces d'un autre corps
dans la masse. On a pu déceler fréquemment, du reste,
l'existence du corps répandu dans le dissolvant.
L'excitant le plus ordinairement employé pour produire
la luminescence des corps est la lumière visible ou ultra-
violette. Mais les rayons cathodiques, que nous allons
étudier, produisent des effets beaucoup plus énergiques ( ^ ) .
(') On doit à M. E. Wiedemann une série d'études du plus haut intérêt
sur l'ensemble de la question. Dans plusieurs Mémoires récents, M. Wiede-
mann donne le résultat de l'examen d'un grand nombre de corps présen-
CEI A p. II. — I, \ lujMièiil:. 29
La fluorescence, ou réflexion épipolique, découverte par
Brewster, a été étudiée surtout par sir G.-Gr. Stokes. On
sait que les spectres d'émission des corps solides possèdent
un maximum d'énergie qui se déplace vers les faibles lon-
gueurs d'onde, à mesure que la température de la source
s'élève. Si la réflexion épipolique se produisait de ma-
nière à diminuer toutes les longueurs d'onde de la vibration
primaire, l'énergie étant conservée dans les radiations,
la température virtuelle de la radiation serait augmentée ;
donc, suivant le principe constant de la dégradation, ou
de l'augmentation de l'entropie, la transformation doit se
faire en remontant vers les grandes longueurs d'onde.
C'est ce qu'avait trouvé Stokes, et l'on put croire un mo-
ment que cette règle était tout à fait générale ; elle a été
contestée depuis lors par M, Lommel, qui en a fait une
étude expérimentale et théorique.
L'application que l'on avait faite du principe de Carnot
n'était peut-être pas parfaitement correcte. Si, dans l'en-
semble des radiations transformées, il s'en trouve dont la
longueur d'onde est plus grande que celle de la radiation
incidente, il se produit dans le cycle une dégradation qui
peut compenser l'augmentation du potentiel d'une partie
de la radiation. Nous reviendrons plus tard à cette idée.
tant des phénomènes de phosphorescence. Quelques-uns de ces corps
avaient déjà été étudiés par M. Lecocj de Boisbaudran.
La lumière développée est particulièrement brillante pour les sulfates
ou les carbonates des terres alcalines, additionnés d'une petite quantité
des sels correspondants d'un métal tel que le cuivre, l'urane, le manga-
nèse, la magnésie. Les effets les plus brillants sont obtenus soit directe-
ment avec des sels de chaux additionnés de manganèse, soit seulement
par une élévation de la température. Ces études prennent en ce moment une
grande importance pratique, en connexion avec l'observation des rayons de
Rôntgen. [Voir E.WiEDEMANN et G. -C. Schmidt, Ueber Licminescenz (An-
nales de Wiedemann, t. LIV, p. 604) ; Ueber Luminescenz von festen Kôrpern
und festen Lôsungen (Ibid., t. LVI, p.201)].
30 PREMIliaE PAKTIK.
10. L'énergie et la vision. — La petitesse des actions chi-
miques qui se produisent dans la plupart des corps phos-
phorescents a pu faire douter de la théorie que nous venons
d'exposer. Cependant, si l'on compare l'énergie dégagée par
les actions chimiques les plus ordinaires à celle qui est
nécessaire pour impressionner un œil reposé, on arrive à
la conclusion tout opposée.
D'après les mesures de M. Tumlirz, une hougie envoie,
à 1'" de distance, sur une pupille de 3""" d'ouverture, une
quantité d'énergie du spectre visible qui atteindrait une
petite calorie en 450 jours. A 12 kilomètres, cette hougie
aurait l'éclat d'une étoile de sixième grandeur, et serait à
la limite de visibilité ; à cette distance, elle fournirait à
la pupille une petite calorie en 180 millions d'années. Cer-
taines lumières phosphorescentes, mieux utilisées, possè-
dent, pour une énergie égale, un pouvoir éclairant cinq ou
six fois plus considérable. Donc, l'énergie de la vibration
de l'éther, suffisante pour donner pendant un an, à un œil
reposé, la sensation lumineuse, ne serait pas supérieure à
un milliardième de petite calorie.
1 gramme de charbon donnant, par sa combustion, plus
de 8000 petites calories, il suffirait, pour nous procurer la
sensation lumineuse pendant une seconde, de l'énergie
fournie parla combustion, convenablement utilisée, d'une
masse de charbon de 1 gramme divisé par un nombre de
20 chiffres.
La sensibilité de la plaque photographique est du même
ordre de grandeur.
ciiAP. III. — i.'klectroi.yse. 31
CHAPITRE III.
L'ÉLECTROLYSE.
11. Liquides. — Pendant longtemps, la conduction élec-
trolytique parut liée à l'état liquide, dans lequel elle a été
le plus étudiée. Dans ces dernières années, ce phénomène
a été trouvé aussi dans les solides et dans les gaz, comme
nous le verrons tout à l'heure.
La théorie primitive de Grotthus, qui admet l'échange
des atomes entre les molécules voisines, a été complétée et
modifiée par les idées de Van t'PIoff et d'Arrhenius, qui ont
introduit celte notion de la dissociation électroly tique, et
de l'existence d'ions libres dans la solution. Nous renver-
rons, pour le développement de cette théorie, à laquelle
nous n'emprunterons que l'idée fondamentale, aux nom-
breux Mémoires publiés depuis quelques années surtout,
par les chimistes de l'Ecole de Leipzig.
Nous nous bornerons à rappeler ici, à propos del'électro-
lyse des liquides, une curieuse expérience de M. Arons (*).
Si l'on place, en travers d'une auge électrolytique, une
plaque de verre percée d'un trou, on n'observe aucune
diminution du courant lorsqu'on ferme l'ouverture par
une feuille de métal très mince.
Les recherches poursuivies par M. Daniel ont renseigné
(') L. Arons, Versuc/ie ûber elektrolytische Polarisation (Société de Phy-
sique de Berlin, séance du 11 mars 1892).
32 PKliMIliRE PARTIL.
très complètement sur la valeur de la polarisation sur les
deux faces de la feuille de métal pour diverses épaisseurs
et différentes densités de courant (*).
Dans l'eau acidulée, la feuille d'or ne montre aucune
polarisation lorsque son épaisseur est inférieure kO^',A.
De même, la feuille de platine jusqu'à 2^, la feuille d'alu-
minium jusqu'à 0^, 5, même pour une densité de courant
de 0,1 ampère par centimètre carré, ne se polarisent pas.
Pour les épaisseurs un peu supérieures à celle où la pola-
risation commence à se faire sentir, son intensité est pro-
portionnelle à la densité du courant.
Ces expériences nous montrent que l'équilibre s'établit
à travers un septum suffisamment mince de métal, et, sui-
vant lès. idées actuelles sur l'électrolyse, ■ on en conclura
que les ions traversent sans résistance appréciable une
faible' épaisseur des métaux étudiés. Lorsque la couche
augmente, la traversée devient plus difficile, mais -elle
est loin d'être complètement empêchée par des épaisseurs
bien mesurables. Ainsi, pour une intensité de courant de
0,004 ampère par centimètre carré, la force 'électromotrice
de polarisation aux deux faces d'une feuille d'or de 4!^ n'est
que de 0,37 volt.
12. Solides. — 11 n'existe aucune démarcation bien tran-
chée entre l'état solide et l'état liquide. Certains corps,
comme la glu marine, pourraient, avec autant de raison,
être rangés sous l'un ou l'autre des deux états; le plomb
est plus franchement solide, et le cuivre présente une co-
hésion encore plus grande ; cependant, Tresca a montré que
(') s. Daniel, Ueber galvanische Polarisaiionserscheinungen an einei'
dunnen metallischen Scheidewand in einem Voltameter {Annales de Wiede-
mann,t. XLIX, p. 281; 1S93).
(;h.\p. ih. — l'électrolyse. 33
ces corps se comportent absolument comme les liquides
sous une pression un peu forte.
, D'une manière générale, l'état solide ou liquide n'est
défini que si l'on indique la pression sous laquelle on en-
visage le corps en question. Lorsque les efforts deviennent
très considérables, la cohésion des corps que nous consi-
dérons comme solides n'intervient pas plus que la cohésion
de l'eau soumise à l'action de la pesanteur. C'est pour cela
qu'il est oiseux de se demander siFintérieur de la Terre est
solide ou liquide; quelle que soit sa composition, il est
forcément liquide, eu égard aux pressions auxquelles il est
soumis.
D'ailleurs, les molécules des corps éprouvent des dépla-
cements considérables, tout autres que des oscillations sur
place, comme on le croit communément. M. Walthère
Spring a formé des alliages dans une couche d'une cer-
taine épaisseur au contact de deux métaux, bien au-dessous
du point de fusion de chacun d'eux; il se produit, à la sur-
face de contact, une pénétration réciproque qui fait dispa-
raître toute limite tranchée entre les deux blocs primitive-
ment séparés. M. Roberts-Austen a trouvé, de même, que
l'or se diffuse dans le plomb bien au-dessous de la tempé-
rature de fusion de ce métal.
Il n'est pas surprenant dès lors que, par l'emploi de forces
agissant dans une direction déterminée, on obtienne un
transport de matière, comme dans l'électrolyse du verre
pratiquée j)ar M. Foussereau, M. Warburg, M. Barus,
M. Roberts-Austen. .^-j^ jj^.^^
L'expérience est facile à réaliser; on remplit de mercure
ou d'acide sulfurique une éprouve tte de verre que l'on
place dans un bain de même nature ; pour augmenter la
mobilité des molécules, on porte le tout à une température
élevée, mais bien inférieure à la fusion du verre, 100°
G. 3
34 • PREMIÈRE PARTIE.
OU 200° par exemple. Le courant électrique traverse sans
peine les parois de l'éprouvette, jusqu'à ce qu'il se soit
formé, du côté positif, un dépôt de silice qui devient abso-
lument isolant lorsqu'il atteint une certaine épaisseur. En
revanche, l'expérience peut se prolonger indéfiniment
lorsqu'on remplace, à l'anode, le mercure par un amalgame
alcalin ; la surface du verre se dépolarise alors et cesse
d'isoler.
Toutefois, il faut, pour que l'expérience réussisse, que
l'alcali ajouté au mercure n'ait pas un volume atomique
plus considérable que celui de l'alcali du verre; dans le
cas contraire, son passage est assez difficile. Si son volume
atomique est plus faible, le verre perd de sa transparence
et de sa cohésion.
M. Barus a trouvé que, en exerçant une traction longi-
tudinale sur l'éprouvette, sa conductibilité augmente dans
le sens de l'épaisseur ; on en conclut que les atomes se
fraient plus facilement un passage à travers la masse,
lorsque, par un moyen quelconque, on augmente la
distance des particules de matière entre lesquelles elles
doivent passer (*).
13. Gaz. — On s'est peu occupé jusqu'à ces derniers
temps de l'électrolyse des gaz et des vapeurs. L'expérience
présente, en effet, quelques difficultés, en raison du mé-
lange spontané qui se produit rapidement par diffusion des
produits de l'électrolyse. On doit au professeur J.-J. Thom-
son d'importants travaux sur cette question d'une grande
actualité. Nous en extrairons deux expériences typiques
(') Carl Barus, Résistaiice électrique du verre comprimé {Journal de
Physique, t. IX, p. 522, analyse par M. B. Brunhes). — Ch.-Éd. Guillaume,
La résistance électrique du verre soumis à une déformation mécanique
(Ibid., t. X, p.39; 1891).
CHAP. III. — l'électrolyse, 35
que nous décrivions, il y a quelques mois, dans les termes
suivants (^) :
« Un tube en U.- d'une ouverture aussi faible que pos-
sible, reçoit le gaz à examiner. Les extrémités de ce tube,
recourbées à angle droit {fig.2],d.e manière à rester paral-
lèles entre elles, portent les électrodes, et peuvent être
Fig. 2.
amenées dans le champ d'un spectroscope, qui servira
à l'analyse des produits de l'électrolyse. La décharge est
fournie par une bobine de Ruhmkorff.
» Prenons comme type des expériences, celles qui ont
été faites sur l'acide chlorhydrique : elles présentent
l'avantage de donner deux spectres bien nets, l'un rouge,
correspondant à l'hydrogène, l'autre vert, produit par le
chlore.
» Le gaz étant à une faible pression dans le tube, les
premières décharges l' éclairent en gris verdâtre, puis, peu
à peu, le phénomène change, l'anode s'entoure d'une au-
réole d'un beau vert, tandis que le gaz prend une teinte
rouge autour de la cathode. L'intensité des deux colora-
tions augmente graduellement, puis les deux couleurs pé-
nètrent l'une dans l'autre, s'estompent, et finalement la
(') Travaux récents en Électricité (analysés dans l'Industrie électrique
du 25 décembre 1895),
36 PREMIÈRE PARTIE.
teinte rouge domine dans toute la longueur du tube, mon-
trant qu'il s'est produit une diffusion, et que l'hydrogène
participe seul à la décharge.
» Une autre expérience, dont le résultat est en quelque
sorte contraire à celui que nous venons d'indiquer, con-
siste à introduire d'abord de l'hydrogène pur dans un tube,
en vérifiant que son spectre s'y trouve seul, sans aucune
trace d'un spectre étranger; puis à ajouter au contenu du
tube une très petite quantité de chlore. Au bout d'un in-
stant, les décharges révèlent la présence du chlore à l'élec-
trode positive, tandis que l'autre ne montre que le spectre
de l'hydrogène. En renversant le courant, on voit les
spectres se fondre l'un dans l'autre, après avoir brillé
pendant quelques secondes d'un vif éclat, et enfin, les gaz
ont échangé leurs places respectives par transports oppo-
sés. Ce renversement peut se reproduire un nombre de
fois indéfini.
» Ces deux expériences, diffusion des produits de l'élec-
trolyse, et transport constant des gaz introduits séparément
dans le tube, nous montrent que ces corps existent à deux
états différents suivant leur provenance. »
Les faits que nous venons d'énumérer nous enseignent
en résumé, que les corps peuvent être électrolysés, quel
que soit leur état d'agrégation, et que, sous certaines in-
fluences particulières, les solides sont aisément traversés
par des particules matérielles. Les ions libres, en particu-
lier, voyagent sans difficulté au travers des corps les plus
imperméables.
SECONDE PARTIE.
CHAPITRE IV.
LES DÉCHARGES DANS LES GAZ,
PREMIÈRE PÉRIODE.
14. Phénomènes lumineux dus aux décharges dans
les gaz raréfiés. — On doit à Faraday (^) les premières
recherches systématiques sur les phénomènes qui accom-
pagnent le passage de l'électricité à travers un gaz sous
faible pression. Ces expériences ont été souvent répétées,
avec divers dispositifs, et en employant soit le courant des
machines statiques, soit celui de fortes batteries de piles,
soit, surtout, les décharges d'induction fournies par les
bobines.
Lorsqu'on met les deux bornes A et B de l'appareil
(fig. 3) en communication avec une source d'électricité de
très haut potentiel, on voit, sous la pression ordinaire,
éclater, entre les boules, des étincelles dont la fréquence
dépend du débit de la source. Si l'on abaisse graduelle-
ment la pression, les étincelles diminuent d'éclat en même
( ' ) Faraday, Expérimental Researches, 13* série, 1838.
38
SECONDE PARTIE.
temps que leur fréquence augmente. Peu à peu, elles se
transforment en aigrettes d'apparence continue, qui dis-
paraissent à leur tour pour faire place à de simples lueurs
entourant les deux pôles. Généralement, ces lueurs sont de
couleurs différentes, comme nous l'avons déjà indiqué à
Fig. 3.
propos de l'électrolyse des gaz. Elles se distinguent encore
par une autre propriété mise en évidence par Hittorf : la
lueur négative communique seule au verre qu'elle ren-
contre un éclat particulier qui peut être très vif.
Dès l'année 1843, Abria porta son attention sur une par-
ticularité de la décharge qui resta longtemps mystérieuse.
Dans la plupart des cas, la lueur qui se produit dans le
CHAP. IV. — DÉCHARGES DANS LES GAZ, PREMIÈRE PÉRIODE. 39
tube est divisée en strates, éguidistants dans les tubes cy-
lindriques. M. Spottiswoode et, après lui, M. Fernet appli-
quèrent à ce phénomène le procédé d'investigation du mi-
roir tournant, qui permit d'étudier leur mouvement. Il fut
ainsi possible de déceler l'apparence stratifiée de la dé-
charge même dans le cas où le tube semblait, à la vue
simple, rempli d'une lueur uniforme.
Gassiot observa le même phénomène en se servant d'une
pile de 3520 éléments remplis d'eau de pluie. Hittorf, en
revanche, le fit disparaître par l'emploi d'une batterie
de 1600 éléments Bunsen (*), Les divisions du tube repa-
raissaient lorsqu'on intercalait, dans le circuit, une très
forte résistance. Elles devenaient particulièrement nettes
lorsqu'un condensateur était mis en dérivation sur le tube.
Hittorf en conclut que les stratifications sont dues à des
interruptions du courant produites par un défaut de débit
de la source.
La même question fut étudiée plus tard par Hertz (-),
qui a décrie ses expériences dans un Mémoire auquel nous
reviendrons au Chapitre suivant. Opérant avec une batterie
de 1000 accumulateurs, il reconnut, par plusieurs procédés,
que la décharge était parfaitement continue.
L'une des méthodes d'investigation employées par Hertz
consistait à mettre simultanément, dans le circuit du
tube, un galvanomètre et un électrodynamomètre, que l'on
fermait ensuite sur une forte résistance métallique; on
ramenait le galvanomètre à sa première indication et l'on
(') Hittorf, Ueber die Electricil&tsleitung derGa.se (Annales de Poggen-
dorf, t.CXXXVI, p. 1 ; 1869. — Jubelband, p. 430; 1874. — Annales de Wiede-
manu, t. VII, p. 553 ; 1879).
Voir aussi dans les Annales de Chimie et de Physique (4° série, t. XVII,
p. 4S7 ; 1869 ) Tanalyse très étendue du premier Mémoire d'Hittorf , par Berlin.
(') Hertz, Versuche ûber die Glimmentladung [Annales de Wiedemann,
t. XIX, p, 782; 1883).
40 SECONDE PARTIE.
déterminait celle de l'autre instrument, qui s'est toujours
trouvée identique à la déviation mesurée dans le premier
circuit. Cette égalité est un indice non douteux de la
constance du courant.
Dans d'autres expériences, Hertz plaçait, en dérivation
sur le tube, un condensateur dans le circuit duquel un fil
métallique était disposé de façon à ce que sa température pût
être aisément mesurée. Le fil conserva sa température,
d'où l'on conclut qu'il n'était pas traversé par un courant,
comme cela se serait produit si la décharge avait été inter-
mittente.
Lorsqu'on augmentait beaucoup la résistance du circuit,
on apercevait des stratifications, et, au même instant, le
tube commençait à donner un son musical. D'ailleurs, le
passage de l'un à l'autre des modes de décharge est
brusque, sans aucun état transitoire.
15. Cas des gaz très raréfiés. — C'est aussià Hittorf que
l'on doit les premières recherches sur les décharges dans
les gaz sous très faible pression. Mesurant la résistance
du circuit par un procédé particulier, il trouva que, au-
dessous d'une certaine pression (O^^jS pour l'hydrogène),
cette résistance ne dépend plus de la distance des élec-
trodes. On observe, en effet, que, pour ces pressions très
faibles, la décharge qui reliait auparavant les électrodes
part directement de la cathode.
Ce fait est une conséquence nécessaire du phénomène
suivant : « La lueur négative est formée de rayons rectili-
gnes, car un corps solide quelconque, isolant ou conduc-
teur, l'interrompt sans l'infléchir et porte ombre sur les
parois du tube. Sa direction est indépendante de la posi-
tion de l'électrode positive. Ainsi, quand l'électrode néga-
tive est dirigée en sens contraire de la première, la lueur
CHAP. IV. — DÉCHARGES DANS LES GAZ, PRE.MIÈRE PÉRIODE. 41
bleue ne se recourbe pas pour se tourner vers le pôle po-
sitif (») ».
Cette propriété de la décharge négative est rendue évi-
dente à l'aide de l'appareil que représente la fig. 4. A
gauche, les trois électrodes filiformes sont en communica-
tion avec le pôle positif de la source, tandis que l'électrode
en forme de cuvette reçoit le courant du pôle négatif.
Sous une pression notable, la cathode a est reliée aux trois
') Analyse de Bertia.
42 SECONDE PARTIE.
autres électrodes par des traits de lumière, tandis que, si la
raréfaction a été poussée très loin, le flux partant de a' cesse
de se diriger vers 6, c, d; il s'échappe normalement à la ca-
thode, et forme, sur le verre opposé, une tache lumineuse.
Hittorf a démontré du reste que la cathode joue, dans le
phénomène, un rôle prépondérant. La résistance du tube
dépend surtout de sa superficie et très peu de celle du pôle
positif.
La formation de la lueur négative a donné lieu à de
curieuses remarques. Lorsque, par exemple, les deux élec-
trodes sont formées de fils qui débouchent en regard l'un
de l'autre dans un étranglement du tube, la décharge se
fait de préférence par un conduit latéral, si une portion
quelconque des électrodes est comprise dans un espace
ouvert communiquant avec ce conduit. Sinsteden et Gassiot
avaient déjà observé que l'on fait disparaître la lueur lors-
qu'on entoure la cathode d'un tube étroit ouvert vers l'in-
térieur de l'espace évacué.
16. Passage de la décharge dans un champ magnétique.
— Davy observa, en 1821, que l'arc électrique est sensible
à l'action de l'aimant; il prend la forme d'un dard comme
celui d'un chalumeau, propriété utilisée, dans ces der-
nières années, pour diriger l'action calorifique de l'arc
vers un point déterminé.
En 1849, A. de la Rive observa la même déviation de la
décharge dans les gaz raréfiés; il donna à cette expérience
une forme très démonstrative, en plaçant dans l'œuf élec-
trique une tige de fer doux, que l'on aimantait à volonté
à l'aide d'une bobine. La tige de fer est entourée, sauf à
son extrémité, d'un tube de verre qui l'isole. L'effluve
descend alors parallèlement à l'aimant et se met à tourner
autour de lui lorsqu'il est excité.
CHAP. IV. — DÉCHARGES DANS LES GAZ, PREMIERE PÉRIODE. 43
MM. Sarasin et L. de la Rive ont analysé de près le
phénomène. Ils ont montré aussi que la nappe lumineuse
est capable de produire des actions mécaniques. Si l'on
dispose, à l'intérieur de l'œuf, un moulinet à ailettes très
mobiles, on le voit prendre un mouvement giratoire sous
l'action de celui que l'aimant produit dans la décharge.
Hittorf a étudié le même phénomène dans les gaz très
raréfiés. Il se servait, dans ce but, d'une ampoule sphé-
rique, dans laquelle les électrodes débouchaient à angle
droit. Il trouva que la lueur se déplaçait sous l'action de
l'aimant, exactement suivant la loi de Laplace.
17. Expériences de M. Crookes. — C'est à M. Grookes que
l'on attribue généralement la majeure partie des recher-
ches de la première heure sur les décharges dans les gaz
sous très faible pression. La raison de celte opinion réside
dans le fait qu'il a donné à plusieurs de ces expériences
une forme très propre à frapper l'imagination, et plus en-
core peut-être à l'idée théorique par laquelle il a cherché
à relier les faits qu'il avait étudiés (*).
Nous venons de voir qu'un grand nombre des propriétés
de la décharge dans les gaz très raréfiés avaient déjà été
découvertes par Hittorf. M. Goldstein, dont nous analyse-
rons plus loin les travaux, a aussi plusieurs antériorités
importantes sur M. Grookes. Toutefois, comme, dans cette
période de la plus grande production des deux savants
physiciens, l'ordre chronologique est assez difficile à éta-
blir, nous analyserons successivement leurs travaux les
plus importants.
(') W. Crookes, On the Illumination oflines ofmolecular pressure, and
the Trajectory of Molécules (Proceedings of the Royal Society, t. XXVIII,
p. 103, 30 novembre 1878.) L'ensemble des expériences de M. Crookes a été
présenté à l'Association Britannique, en 1879. La plupart de ses Mémoires
ont été analysés dans le Journal de Physiqucm
44 SECONDE PARTIE.
M. Crookes vérifia, par un grand nombre d'expériences,
le fait que la décharge s'échappe de la cathode normale-
ment à sa surface ; ainsi, dans l'emploi d'une électrode
négative cylindrique, la lueur qui frappe le verre [fig. 5)
se compose d'une nappe limitée aux plans passant par
l'axe du cylindre et ses génératrices extrêmes. Il donna à
ses tubes des formes élégantes, très propres aux démonstra-
tions publiques, comme celle de là fig. 6, où les rayons
partis de a dessinent sur le fond c du tube (l'anti-cathode,
comme le nomment MM. BenoistetHurmuzescu) l'ombre d
d'une croix servant d'anode.
M. Crookes a trouvé que les rayons échappés de la ca-
CIIAP. IV. — DÉCEIARGES DANS LES GAZ, PRE.MIÈRE PÉRIODE. 45
thode transportent une notable quantité d'énergie, qu'ils
perdent en partie en frappant les obstacles. Ils sont sus-
ceptibles de produire une forte élévation de température,
qui, dans le cas où leur foyer est de peu d'étendue, est
suffisante pour fondre du platine. Les foyers qui se forment
Fi-. 6.
sur la surface du verre le ramollissent et mettent le tube
rapidement hors d'usage.
La décharge produit directement une action méca-
nique ; elle met en marche un moulinet porté sur deux
paliers de verre [fig.l], et fait même tourner par réac-
tion un moulinet à axe vertical, par les ailettes duquel
s'échappe la décharge négative; il suffit pour cela qu'elles
présentent une certaine courbure, ou qu'une de leurs
faces soit isolante.
Les études spectroscopiques exécutées par M. Crookes à
l'aide de tubes à vide sont aussi fort importantes. La ma-
tière qui reçoit les rayons partis de la cathode donne en
général un spectre continu avec quelques raies plus bril-
lantes ; parfois, il est franchement discontinu.
Les effets lumineux découverts par M. Crookes sont
46 SECONDE PARtiE.
parmi les plus frappants qu'il ait constatés. Dirigeant la
décharge négative sur un certain nombre de corps phos-
phorescents, des sulfures alcalino-terreux, des cristaux,
tels que le rubis ou le diamant, il leur communiqua un
vif éclat indépendant du reste de leur température.
C'est dans la direction de ces dernières expériences que
Fig. 7.
M. Tesla et, après lui, plusieurs physiciens ont cherché la
solution pratique de l'éclairage rationnel, par la produc-
tion d'ondes uniquement lumineuses. A l'aide d'appareils
spécialement étudiés en vue d'un grand rendement, M. Tesla
a fait entrevoir la possibilité d'obtenir, par les procédés
de M. Grookes, une lumière parfaitement appropriée aux
besoins de l'éclairage.
18. Idées de M. Crookes. — Gomme nous venons de le
dire, les recherches de M. Grookes ont été guidées par une
théorie précise, devenue rapidement populaire sous le nom
de Théorie du bombardement.
L'éminent physicien pense que, dans le vide très poussé
qu'il obtient dans ses tubes, les molécules gazeuses pos-
sèdent un degré de liberté suffisant pour que l'on puisse
les envisager comme complètement indépendantes les
unes des autres. Le vide parfait est isolant, comme l'avait
CHAP. IV. — DÉCHARGES DANS LES GAZ, PREMIÈRE PÉRIODE. 47
déjà démontré Masson; les recherches les plus récentes
n'ont pu, du reste, que confirmer ce résultat déjà ancien;
et, puisque la présence d'une petite quantité de matière
est nécessaire à la conduction de l'électricité, M. Grookes
en conclut que cette matière en est le support, et que la
déperdition de l'électricité à la cathode est convective. Les
molécules gazeuses sont attirées par l'électrode, se chargent
et sont repoussées. L'élévation de température qui se pro-
duit au foyer de l'électrode est due au choc des particules,
qui perdent, au contact, une partie de leur énergie ciné tique.
La déviation par l'aimant achève de corroborer cette
théorie; on sait, en effet, qu'un corps électrisé, animé d'un
mouvement rapide, agit comme un courant, et se comporte
de même sous l'action d'un aimant.
M. Grookes a exposé ses idées dans une lettre adressée à
sir (j.-G. Stokes, alors secrétaire de la Société Royale de
Londres. Il nous semble intéressant d'en transcrire les
passages les plus saillants (*) :
« Gonsidérons une molécule isolée dans l'espace. Est-elle
solide, liquide ou gazeuse? Solide, elle ne peut pas l'être,
parce que l'idée de solidité entraîne certaines propriétés
qui n'existent pas dans la molécule isolée (^). En réalité,
une molécule seule est une entité inconcevable, soit que
nous essayions, comme Newton, de nous la représenter
comme un corpuscule sphérique dur, soit que nous la
considérions avec Boscovich et Faraday comme un centre
{') Crookes, On a forth State ofMatter (Proc. Rotj.Soc.,t. XXX, p. 469; 1880).
{') Cette assei'tion de M. Crookes n'est peut-être pas parfaitement exacte.
La théorie de l'association moléculaire, développée dans ces derniers temps
surtout par M. Ramsay, admet, au contraire, que la molécule isolée peut
varier en grandeur et former des conglomérats plus ou moins complexes ;
la molécule moyenne différerait suivant la température et l'état du corps;
il se peut que la molécule isolée conserve cette propriété à un degré atténué ;
elle sera ainsi, par elle-même, apte à former, avec d'autres molécules de
même espèce, un corps solide, liquide ou gazeux.
48 SECONDE PARTIE.
de force, soit enfin que nous adoptions l'atome tourbillon
de sir William Thomson. Mais, si la molécule individuelle
n'est pas solide, a fortiori elle ne peut pas être considérée
comme liquide ou gazeuse, car ces deux états résultent de
chocs intermoléculaires plus encore que l'état solide. La
molécule individuelle doit, par conséquent, être classée
pour son propre compte dans une catégorie spéciale.
» Le même raisonnement s'applique à un nombre quel-
conque de molécules contiguës, pourvu que leur mouve-
ment soit dirigé de sorte qu'il ne se produise aucune col-
lision.
»... Un souffle moléculaire peut toujours être envisagé
comme le résultat du mouvement de molécules isolées, de
la môme manière que la décharge d'une mitrailleuse con-
siste en projectiles séparés.
» La matière, dans son quatrième état, est le résultat
ultime de l'expansion des gaz ; en raison de l'extrême ra-
réfaction, la trajectoire libre des molécules est allongée au
point que les chocs deviennent négligeables en comparai-
son du parcours total, et la plupart des molécules peuvent
alors suivre leur propre mouvement sans être dérangées;
si le chemin moyen est comparable aux dimensions du
vase, les propriétés qui constituent l'état gazeux sont ré-
duites à un minimum et la matière atteint l'état ultra-
gazeux.
» Mais le même état de choses peut être obtenu si, par
un moyen quelconque, nous isolons une quantité limitée
de gaz et si, par une force extérieure, nous introduisons
de l'ordre dans les mouvements apparemment désordon-
nés des molécules dans toutes les directions. »
19. Expériences de M. Goldstein. Ses objections. — Les
premières publications de M. Goldstein sur le sujet qui
ClIAP. n. — DÉCHARGES DANS LES GAZ, PREMIÈRE PÉRIODE A9
nous occupe datent de 1871 ; il est revenu à plusieurs
reprises sur la question des décharges dans les gaz très
raréfiés, notamment en 1876, avant les premières publica-
tions de M. Crookes dont il combattit les conclusions dans
des travaux ultérieurs ( ^ ) .
M. Goldstein a résumé ses premières recherches dans
une série de propositions dont voici les principales :
La production de la lumière par les rayons électriques partis
du pôle négatif dans un gaz très raréfié n'a lieu que lorsque
ce rayon rencontre un obstacle solide.
Cette lumière ne se produit que. lorsque le rayon est inter-
cepté par V obstacle.
Ainsi, un écran phosphorescent introduit dans le pin-
ceau des rayons parallèlement à sa propagation ne donne
aucune lueur appréciable.
La cause de la production de la lumière est purement
optique [-].
Cette conclusion est déduite de l'identité de couleur que
prennent les corps les plus divers soumis au « rayon
électrique » et à la lumière du soleil ou aune source quel-
conque riche en radiations ultra-violettes.
Le caractère optique de ces radiations est confirmé,
suivant M. Goldstein, par leur action pholochimique ; ils
noircissent le papier photographique, et agissent de même
sur le bichromate de potasse, le chlorure d'argent et l'oxa-
late de fer.
(') Voir, en particulier, le Mémoire d'ensemble de M. Goldstein, inséré
dans les Monulsberichte de l'Académie de Berlin (janvier 1880).
C-] N'oublions pas que le Mémoire de M. Goldstein a été écrit avant que la
théorie électromagnétique de la lumière fût populaire. Le mot « optique n
est employé ici dans un sens restreint.
G. 4
50 SECONDK l'ARTlE.
La transformation de l'extrémité des rayons se produit non
seulement lorsqu'ils frappent la paroi fluorescente, mais en
quelque endroit qu'ils rencontrent une substance solide.
Ainsi, le quartz ou le mica, qui ne s'illuminent pas sous
l'action des rayons, rendent lumineux, par leur radiation,
les corps phosphorescents placés dans leur voisinage, dès
qu'ils coupent un faisceau de rayons électriques.
Enfin, en ce qui concerne la nature optique du phéno-
mène : « // n'est pas douteux que, avec la lumière positive ou
la lumière négative, nous avons affaire à une transformation
de radiations très réfrangibles dont les vibrations sont chan-
gées en vibrations plus lentes, comme dans le phénomène de la
phosphorescence et de la fluorescence. Des expériences anté-
rieures ayant montré que l'éclat des corps solides excé-
dait la durée de l'excitation, j'ai été conduit à admettre
que les apparences observées étaient dues au premier de
ces phénomènes, et non au second, comme je l'avais dit
d'abord. Parmi les nombreuses substances soumises à
l'expérience, il n'en est aucune qui se soit montrée trans-
parente aux radiations électriques, même sous une épais-
seur aussi faible que possible. Ni des lames très minces de
verre, ni des lames de spath ou de quartz, que M. Mascart
a trouvées si transparentes pour les radiations très réfran-
gibles, n'ont laissé passer la moindre trace de ces rayons.
» La paroi d'un tube qui montrait une vive phospho-
rescence sous l'action des rayons fut recouverte de collo-
dion à l'aide d'une goutte d'une solution éthérée très
étendue. Même cette couche, dont l'épaisseur ne dépas-
sait pas quelques centièmes de millimètre, projetait sur
le verre une ombre noire comme de l'encre, tout comme si
elle avait été formée d'une substance métallique opaque.
Sans qu'il me soit possible de donner des valeurs numé-
CII.\l>. IV. — DÉCllARGKS DANS LES GAZ, PREMIÈRE PÉRIODE. 51
riques, on peut conclure de ces expériences que la limite
des radiations éthérées que l'on peut qualifier de lumière
est au-dessous de celle qu'avait déjà indiquée M. Fizeau. »
On comprendra sans peine le grand intérêt que pré-
sentent les expériences de M. Goldstein. Ces propriétés de
la lumière cathodique, qui sont traitées souvent dans son
Mémoire au point de vue purement descriptif, deviennent
très caractéristiques, considérées avec nos idées actuelles.
On conviendra qu'il a frôlé de près la découverte toute
moderne des applications pratiques de ces radiations.
Déjà en 1876, M. Goldstein avait étudié les ombres por-
tées par les obstacles situés sur le trajet des rayons, et
montré que, si ces écrans sont reliés à la terre ou à la
cathode par un fil de très forte résistance, leur ombre s'é-
largit; il attribue ce phénomène à la répulsion qu'exerce
la cathode sur les rayons cathodiques.
Dans un Mémoire d'ensemble publié postérieurement à
ceux de M. Crookes, M. Goldstein apporte de nombreuses
expériences dont le résultat semble nettement opposé aux
idées du physicien anglais. Nous retiendrons deux argu-
ments particulièrement importants ; le premier est tiré de
la théorie des gaz. Dans un tube de OO*^'" de longueur, dans
lequel la pression est de l'ordre du centième de millimètre,
la paroi anticathodique brille encore d'un vif éclat. La
théorie cinétique enseigne que le chemin moyen des mo-
lécules dans le tube en question était d'environ 6""". Le
bombardement se serait donc propagé à une distance
150 fois plus grande que le parcours libre moyen. Or, la
probabilité qu'une seule molécule traverse cet espace est
de l'ordre de 10"*^^; elle est pratiquement nulle, si grand
que soit le nombre des molécules contenues dans le tube.
C'est probablement à cette objection que répondait
52 SECO.NDK l'AUTIE.
M. Crookes dans la lettre dont nous avons donné quelques
extraits, lorsqu'il disait que l'on peut produire artificiel-
lement un état semblable à celui des molécules isolées
en donnant au mouvement moléculaire une direction dé-
terminée.
M. Goldstein conteste, du reste, la généralité du fait
indiqué par M. Crookes, que les rayons s'échappent tou-
jours normalement à la cathode. On peut, en effet, déplacer
le foyer d'une cathode en forme de calotte sphérique, en
intercalant des étincelles dans le circuit extérieur.
Un autre argument de M. Goldstein est tiré du fait que les
rayons cathodiques ne présentent pas à un degré appré-
ciable le phénomène de Doppler, c'est-à-dire le déplacement
des raies spectrales qui est une conséquence nécessaire du
mouvement des corps lumineux. Lord Kelvin (^) a répondu
beaucoup plus tard à cette objection par un calcul appro-
ché, d'où il conclut que la vitesse des particules gazeuses,
dans l'hypothèse de Crookes, est trop faible pour donner
lieu à un déplacement mesurable.
Des expériences, sur lesquelles nous reviendrons, ont
montré que le calcul de lord Kelvin, basé sur l'estimation
de l'énergie perdue par les rayons sur les parois du tube,
est certainement erroné ; il avait fait entrer dans ce calcul
la masse entière du gaz contenu dans le tube ; nous verrons,
au contraire (21), que le rayon cathodique ne forme qu'une'
faible partie de la décharge ; les vitesses réelles des rayons
sont ainsi très supérieures à celles que l'illustre physicien
avait admises; nous verrons toutefois que la critique de
M. Goldstein n'est pas sans réplique. Pour le moment, nous
abandonnerons la discussion pour la reprendre lorsque
C) On the velocity of Crookes' cathode slreo.m {Proceedings of the Royal
Society, t. LU, p. 331; 1892).
CHAI'. IV. — DÉCHARGES DANS LES GAZ, PREMIÈRE PÉRIODE. 53
nous aurons décrit d'autres phénomènes découverts ulté-
rieurement.
M. Goldstein est revenu fréquemment à ses études sur
le phénomène cathodique. Il a vérifié, dans un nouveau
travail, la diffusion des rayons frappant une surface quel-
conque, conductrice ou isolante, faisant ou non partie d'un
circuit électrique; il a montré que, dans tous les cas, ces
rayons réfléchis sont susceptibles de produire de la phos-
phorescence sur les corps qu'ils frappent (^). Toutefois, on
voit, d'après le titre du Mémoire de M. Goldstein, qu'il con-
sidérait le phénomène comme une simple réflexion diffuse,
et non comme une transformation de rayons d'une certaine
espèce en une radiation d'un genre tout différent.
Nous dirons, en terminant, que M. Goldstein (') a étudié
le phénomène des rayons électriques en insérant dans un
tube cylindrique une cathode qui le fermait exactement
et portait un certain nombre de petites ouvertures; il a
trouvé plusieurs différences importantes entre les radia-
tions du côté de l'anode et celles qui se produisaient dans
la partie opposée du tube. Ces dernières ne sont pas déviées
dans un champ magnétique, et n'excitent pas, d'une ma-
nière appréciable, la luminescence du verre.
(') E. Goldstein, Ueber die Reflexion elehtrischer Strahlen ( Monatsbe-
ridite de Berlin, 1881, p. 775).
(') Ueler eine noch nicht untersuchte Slrahlungsform an der Cathode
inducirter Ladung {Ibid., 1886, p. 691 ).
54 SECONDE PARTIE.
CHAPITRE V.
LES DÉCHARGES DANS LES GAZ,
DEUXIÈME PÉRIODE.
20. Coup d'œil sur la théorie des phénomènes. — Dans
ses premiers Mémoires, Hittorf s'était tenu éloigné de
toute discussion concernant la cause des faits qu'il avait
découverts. Avec M. Crookes et M. Goldstein, la théorie se
dessine et la lutte commence aussitôt.
Les expériences ont montré que quelque chose part de la
cathode; le fait est incontestable. Mais, là, les opinions se
hifurquent. Selon M. Crookes, l'agent mis en mouvement
est matériel, tandis que, suivant M. Goldstein, il est une
forme de l'énergie. On trouve parfois un hon argument
pour l'une de ces deux opinions, mais les objections sont
plus nombreuses encore. Cependant M. Crookes a une
bonne avance. Son idée est précise, celle de ses adversaires
n'est encore que vaguement dessinée. La source de ma-
tière n'est pas difficile à découvrir dans le tube. Il contient
toujours un peu de gaz sans lequel le courant ne passe pas ;
et le tube une fois excité, la cathode fera au besoin tous
les frais de l'expérience, puisque la lumière ultra-violette
qui l'entoure la pulvérise abondamment.
D'autres faits, découverts par M. Goldstein, et que nous
avons rapportés dans le précédent Chapitre, cadrent moins
CIIAP. V. — DKCHARGES DANS LES GAZ, DEUXIÈME PÉRIODE. 55
bien avec les idées de M. Crookes. Nous allons voir les
difficultés s'amonceler autour d'elles. L'habile et patient
labeur de plusieurs physiciens allemands, parmi les plus
distingués, les bat en brèche à toute occasion.
La théorie énergétique du phénomène se précise. En
1883, nous voyons apparaître, dans un Mémoire de M. E.
Wiedemann (*), l'hypothèse que les rayons cathodiques,
comme on les nommera désormais, sont composés de ra-
diations de très faible longueur d'onde. Plus tard, M. Lenard
vient à cette idée, qu'il exprime d'une façon plus dubita-
tive, en disant que ces rayons se comportent, vis-à-vis de
la molécule, comme les radiations lumineuses par rapport
à un milieu trouble; il laisse ainsi le lecteur compléter sa
pensée en réduisant simultanément, et dans la même pro-
portion, la longueur d'onde et le milieu ambiant à des di-
mensions beaucoup plus faibles.
On aura dès lors une nouvelle base de discussion, et
la théorie énergétique du phénomène pourra, à son tour,
être attaquée sous une forme tangible.
On ne possède en réalité qu'un argument bien positif
contre la théorie purement optique du phénomène : c'est
la déviation des rayons cathodiques par l'aimant, mais
cette seule propriété, complètement isolée, suffit pour
rendre cette théorie fort douteuse.
C'est en grande partie pour cela que l'on vient, timide-
ment d'abord, puis avec plus d'insistance, à l'idée de la
vibration longitudinale de l'éther; ici, le terrain est neuf,
et l'on peut disposer encore d'un nombre suffisant de coeffi-
cients pour donner à cette vibration plusieurs des proprié-
tés des rayons cathodiques.
C) E. Wjedemann, Ueber eleclrisclie Entladungen in Gasen (Annales de
Wied.,t. XX, p. 7â6; 1883). — E. Wiedemann et H. Ebert, Electrische
Entladungen in Gasen und Flammen [Ann. de Wied.,t. XXXV, p. 209; 1888).
56 SECONDE PAKTIE.
Cependant, dès le début, une idée nouvelle se fait jour,
dont l'importance ne fera que grandir.
M. J.-J. Thomson fonde la théorie de la décharge dans
le tube sur l'hypothèse de la dissociation du gaz (^).
L'énergie du champ électrique est absorbée par les mo-
lécules, qui se transforment en ions libres, et dissipent les
charges électriques. Les relations connues entre la pres-
sion et la dissociation conduisent à penser que la conducti-
bilité doit d'abord augmenter avec la première dilution du
gaz; puis, lorsque les molécules existant dans le champ
ne suffisent plus pour épuiser son énergie, la résistance
augmente de nouveau pour devenir infinie dans le vide
parfait. Cette théorie s'adapte très exactement aux faits
d'expérience les plus évidents, et suffira pour en expli-
quer d'autres d'une nature plus délicate.
Cette théorie de M. J.-J. Thomson est bien d'accord avec
une expérience relatée par Hertz, d'après laquelle la cha-
leur développée dans les tubes à vide est proportionnelle
à l'intensité du courant, et non à son carré. L'éminent
professeur de Cambridge pense, en effet, que le développe-
ment de chaleur est dû à la recombinaison des ions disso-
ciés, dont le nombre est évidemment proportionnel à l'in-
tensité du courant.
Nous marquerons au passage plusieurs faits d'une grande
importance théorique, dans le résumé que nous allons es-
sayer de donner des recherches de la deuxième période,
celle de la lutte entre les deux théories.
21. Les actions électromagnétiques et électrostatiques
des rayons cathodiques; réciprocité. — Dans les idées de
(') J.-J. Thomson, On a theory of the electric discharge in gases (Pliilo-
sophical Magazine, 5° série, t. XV, p. 427; 1883).
CIIAP. V. — DLCIIARGI'S DANS LES GAZ, HEUXIÈME PÉRIODE. 57
M. Grookes, l'acLion d'un champ magnétique sur les rayons
cathodiques est identique à l'effet Rowland, dans lequel
une particule électrisée animée d'un mouvement rapide
agit comme un courant électrique (3). Si tel est le cas, il
semble que l'action doive être réciproque.
L'action inverse des rayons sur un aimant a été étudiée
d'abord par Hertz, à l'aide du dispositif suivant ( * ) . Dans un
tube cylindrique, la cathode est percée en son centre, situé
sur l'axe du cylindre; elle est traversée par un tube de
verre contenant le fil positif qui en débouche au ras de la
cathode. Dans ces conditions, les rayons cathodiques se
produisent comme à l'ordinaire, normalement à l'électrode
négative, tandis que, s'il existe un courant entre les pôles,
il est centré sur l'axe du tube, et se ferme complètement
de manière à n'exercer aucune action magnétique à l'exté-
rieur. Un petit aimant, suspendu auprès du tube, dans le
voisinage du passage des rayons cathodiques, n'éprouve
aucune action mesurable, tandis qu'il accuse immédiate-
ment une forte déviation si l'on prend comme anode un
fil situé dans la portion du tube opposée à la cathode.
Hertz chercha ensuite à déterminer la marche du cou-
rant dans un conducteur à deux dimensions. H construisit,
pour cela, un tube plat, sorte de caisse, au-dessus de la-
quelle il traça les lignes de courant à l'aide d'un aimant très
court, presque astatique, suspendu en un point fixe, tandis
que l'on déplaçait le tube dans deux directions horizon-
tales. Il obtint ainsi des courbes qui représentaient, pour
plusieurs positions respectives des électrodes, les lignes
de propagation de l'électricité. Dans tous les cas, l'anode
était placée latéralement par rapport à la cathode, d'où
(') Hertz, Versuche ûber die GlimmenHadung (Annales de Wiedemann,
t. XIX,p. 782;1S83).
58 SECONDE PARTIE.
les rayons émergeaient normalement. 11 trouva que les
lignes de propagation croisent en tous sens les rayons, et
que ceux-ci ne peuvent être envisagés comme les points
de passage du courant. Hertz en conclut que la déviation
des rayons, qu'il considère aussi comme dus à une vibra-
tion, tient à une modification de l'espace dans lequel ils se
propagent, et nullement à une action directe de l'aimant.
On contournerait cette conclusion en admettant que les
rayons ne forment qu'une petite partie de la décharge ;
remarquons toutefois que le résultat de Hertz est en con-
tradiction avec celui de Hittorf, qui avait trouvé dans les
tubes une résistance indépendante de la distance des élec-
trodes, dés que se forment les rayons cathodiques (15).
D'ailleurs, suivant Hertz, les rayons ne deviennent
visibles que lorsque le mouvement auquel il les attribue
rencontre une substance quelconque ; enfermant, dans un
tube, une goutte de mercure, il la vaporise de façon à ar-
rêter les rayons par un milieu gazeux relativement dense ;
or, partout où les rayons rencontrent la vapeur, il se dé-
gage une vive lueur qui pénètre seulement à une faible
profondeur dans ce nouveau milieu.
Quelle peut être la modification du milieu éthéré invo-
quée par Hertz? Il a été bien difficile de le dire jusqu'ici,
et c'est là, com.me nous l'avons vu, le point vulnérable de
la théorie énergétique du rayon.
L'action du champ a été soumise à une étude appro-
fondie par M. Lenard; nous ne séparerons point cette
question de l'ensemble de ses recherches sur les rayons
cathodiques, dont nous rendrons bientôt compte (22).
M. Crookes avait conclu de ses recherches à une répul-
sion des rayons cathodiques parallèles, ce que l'on pouvait
attribuer à un effet électrostatique des particules électri-
sées, supérieur à leur effet électrodynamique. Dans un
CIIAI>. V. — DikllAllGES DANS LES GAZ, DEUXIÈME PÉRIODE. 59
tube cylindrique, muni à une extrémité de deux cathodes,
M. Crookes avait placé un écran de mica percé de deux
fenêtres s'ouvrant en regard des cathodes; l'appareil était
monté de telle sorte que, lorsqu'on les produisait séparé-
ment, les deux rayons venaient couper l'axe du tube près
de l'extrémité où se trouvait l'anode. Lorsque, au contraire,
on actionnait simultanément les deux cathodes, les deux
rayons se redressaient et parcouraient le tube parallèle-
ment à son axe.
MM. Wiedemann et Ebert (*) ont eu l'idée de disposer,
devant l'une des fenêtres, un petit volet que l'on pouvait
ouvrir ou fermer à volonté [fig. 8). L'expérience montra
Fig. 8.
/■'
que le rayon passant par la fenêtre f n'était nullement
influencé par le passage de l'autre rayon. Que la fenêtre f
fût ouverte ou fermée, sa direction ne dépendait que de
l'excitation de la deuxième cathode G. On serait en droit
d'en conclure que la répulsion des rayons n'existe pas à
un degré appréciable, et que le phénomène se borne à une
réaction exercée par la cathode sur un rayon quelconque,
émané d'elle-même ou d'une autre électrode négative.
Sous cette forme, le phénomène avait déjà été décrit par
M. Goldstein (19).
Cependant, certaines expériences anciennes conduisent
à penser qu'il ne faudrait pas donner au résultat de
MM. Wiedemann et Ebert une valeur trop absolue. Si les
(') E. Wiedemann et H. Ebert, Ueber die angebliche Abstossung paral-
leler Kathodenstrahlen {Annales de Wiedemann, t. XhYI, p. 158; 1892).
60 SECONDE PAlirii;.
rayons cathodiques n'exerçaient les uns sur les autres
aucune action réciproque, ceux qui émanent d'une cathode
en forme de calotte sphérique devraient converger en un
point et diverger ensuite, de façon à donner en quelque
sorte une image renversée de la cathode. Au contraire,
M. L. Weher a montré, en 1880, qu'un écran placé sur le
trajet des rayons, au voisinage de la cathode, donne, sur
la paroi opposée, son ombre redressée. Il semble en résul-
ter que les rayons forment un simple faisceau fortement
étranglé, mais qui diverge sans qu'il se produise un croi-
sement (^).
22. Les expériences de M. Lenard (-). — Les expériences
exécutées à Bonn parM.Ph. Lenard forment l'ensemble le
plus important de recherches de la seconde période. Un
nouveau moyen d'investigation avait été découvert par
Hertz; alors que M. Goldstein avait cru pouvoir conclure de
ses recherches que les corps, sous la plus faible épaisseur,
étaient opaques aux rayons cathodiques. Hertz reconnut
que ces derniers traversent des épaisseurs appréciables de
divers métaux (^). Ainsi, un morceau de verre d'urane, re-
couvert, du côté de la cathode, par une feuille d'or, présente
les phénomènes de phosphorescence avec une intensité au
moins égale à celle qu'on observe sans la feuille d'or ; les
rayons cathodiques peuvent, en effet, n'être que très peu
(') L. Webër, Bemerhungen zu den Croohes'schen Versuchen {CarCs
Repertorium, t. XVI, p. 240; 1880).
(*) Ph. Lenard, Ueber Kathodenstrahlen von atmosphârischem. Druch.
und im àussersten Vacuum {Annales de Wiedemann, t. LI, p. 225; 1894). —
Ueber die magnetische Ablenhung der Kathodenstrahlen (Ibid., t. LU, p. 23 ;
1894). — Ueber die Absorption der Kathodenstrahlen {Ibid., t. LVI, p. 255,-
1895). — Voir aussi l'analyse que nous avons donnée des travaux de M. Le-
nard dans la Nature (n° 1104; 28 juillet 1894).
(') H. Hertz, Ueber den Durchgang der Kathodenstrahlen durch dûnne
Metallschichten {Annales de Wiedemann, t. XLV, p. 28; 1892).
CHAP. V. — DÉCHARGES DANS LES GAZ, DEUXIÈME PÉRIODE. 61
affaiblis au passage du métal, tandis que la lumière
engendrée dans le verre s'y réfléchit en majeure partie et
produit un renforcement de l'éclat. De petits fragments de
mica collés sur la feuille d'or projettent une ombre intense,
mais qui se diffuse dans le verre.
MM. Wiedemann et Ebert (* ) avaient reconnu, à la même
époque, la transparence, pour les rayons cathodiques, d'un
dépôt de platine formé à l'intérieur de l'ampoule et com-
plètement opaque à la lumière.
Cette découverte de la perméabilité de minces feuilles de
métal pour les rayons cathodiques permit à M. Lenard de
Fig. 9.
séparer entièrement l'étude des rayons des conditions de
leur production. Fermant un tube par un septum métal-
lique, il en fit sortir les rayons cathodiques, qu'il put étu-
dier dans divers milieux, tandis que, jusque-là, ils étaient
liés à un espace fortement évacué.
La fig. 9 représente le premier appareil de M. Lenard.
(M E. Wiedemann et II. Ebert, Ueber electrische Entladungen [Société
physico-médicale d'Erlangen, 14 décembre 1891).
(32 SECONDE PAUÏIE.
La cathode circulaire G est placée dans l'axe du tube ;
l'anode est composée d'un cylindre A, centré de même sur
le tube ; elle est située en retrait de la cathode. Le tube T
lui-même n'est plus scellé, comme dans les précédentes
recherches ; il est fermé par une armature percée en son
centre d'une fenêtre F de l""",? de diamètre, sur laquelle
on a collé une feuille d'aluminium de 3!^ d'épaisseur. Une
capsule disposée à l'intérieur de l'armature protège la
fenêtre contre les actions électrostatiques ; l'appareil entier
est enfermé dans une caisse en métal E, en contact avec
l'armature, et mise à la terre.
Avec ce dispositif, il est aisé de reconnaître que les
rayons sortent du tube par la fenêtre et se répandent dans
l'atmosphère, où leur présence se révèle par les actions
phosphorescentes déjà connues (^), et par plusieurs autres
qu'il est désormais aisé de découvrir.
Pour l'étude optique du parcours des rayons, M. Lenard
se sert d'un écran de papier de soie enduit de pentadécyl-
paratolylcétone; ce sel donne une belle luminescence verte
sans résidus appréciables; l'écran permet de reconnaître
que les rayons se répandent dans l'air à plusieurs centi-
mètres de la fenêtre, en une radiation fortement diffusée.
Un grand nombre d'autres corps deviennent lumineux
dans les mêmes conditions, et les expériences, qui peuvent
maintenant s'étendre aux liquides, montrent la belle lumi-
nescence bleue du pétrole.
Les actions photographiques des rayons, que M. Gold-
stein avait déjà reconnues, se révèlent très énergiques; à
une petite distance de la fenêtre, le papier sensible se
noircit comme à la lumière d'un soleil légèrement voilé.
(') La fenêtre eUe-même devient luminescente, dès qu'il s'est formé un
peu d'alumine à sa surface.
C1IA1>. V. — DÉCHARGES DANS LES GAZ, DEUXIEME PÉRIODE. G3
Le Pxouveau dispositif permet enfm à M. Lenard de décou-
vrir une action encore inconnue des rayons : le pouvoir de
décharger rapidement les corps électrisés. Un électroscope
placé dans le voisinage de la fenêtre se décharge instanta-
nément, et l'action est encore sensible à SO'^"' de l'appareil.
Le procédé d'investigation employé de préférence par
M. Lenard était le procédé optique; moins sensible peut-
être que les deux autres, il présente l'avantage d'être in-
stantané. On observe, en effet, que, sous l'action des dé-
charges, les tubes se modifient en un temps plus ou moins
long, et il est indispensable, pour les mesures comparatives,
de se servir d'un tube non altéré. Dans les expériences de
mesure, M. Lenard n'opérait que pendant quelques se-
condes, ce qui, joint à l'exiguïté de sa fenêtre, l'a empêché
de constater les effets surprenants découverts plus tard par
M. Rôntgen.
M. Lenard recommande aussi de mettre, en dérivation
sur le tube, un excitateur à étincelles, qui permet de con-
trôler le degré d'évacuation par la distance explosive. Les
meilleurs résultats ont été obtenus lorsque cette distance
était de 3'™. D'ailleurs, le tube n'était jamais séparé de la
pompe à mercure, de telle sorte que l'on pouvait revenir
aux conditions initiales après chaque série d'expériences.
L'emploi de l'écran luminescent exige certaines précau-
tions. S'il n'est pas protégé, du côté du tube, par un corps
opaque, la phosphorescence de l'air, que l'on observe à
travers le papier de soie, fausse le résultat. C'est pourquoi
M. Lenard recouvrait son écran, vers l'arrivée des rayons,
d'une mince feuille d'aluminium complètement opaque à
la lumière ordinaire. Il attribue à cette précaution la pré-
cision de ses résultats.
Nous avons vu que M. Goldstein avait trouvé complète-
ment opaque aux rayons cathodiques une mince pellicule
G4
SECONDE PAHTIE.
de collodion. M. Lenard pense que ce résultat négatif est
attribuable à l'abondance de la lumière dans le tube, qui
masquait les faibles radiations émanées du verre à l'abri
du collodion.
Outre l'appareil que nous venons de décrire, M. Lenard
a construit deux autres tubes pour l'observation des rayons
dans des milieux divers.
L'un d'eux, U [fig. 10), destiné aux observations dans un
vide très parfait, portait des électrodes BB servant à contrô-
ler la pression par la résistance du gaz restant dans le
tube. Il fut mastiqué en regard de la fenêtre du tube pro-
ducteur, et permit de déterminer les lois de la propagation
des rayons dans des conditions absolument indépendantes
de leur nature.
Muni de ces appareils ^ M. Lenard a d'abord étudié l'ab-
sorption des rayons dans divers gaz; il put constater qu'ils
se propagent dans le vide aussi parfait que puissent le pro-
duire les trompes à mercure, en prenant la précaution de
condenser encore les vapeurs mercurielles par un mélange
réfrigérant. Dans ces conditions, la production des rayons
CHAP. V. — DÉCHARGES DANS LES GAZ, DEUXIEME PÉRIODE. 65
est impossible, et M. Lenard en conclut qu'ils sont com-
plètement indépendants de la matière gazeuse, puisqu'ils
peuvent en être séparés.
La tache luminescente D était encore parfaitement nette
à plus de 1™ de la fenêtre, et correspondait exactement à la
projection de l'ouverture de l'écran, la fenêtre étant le
point d'émission.
Voici quelques-uns des résultats de M. Lenard, pour des
rayons de même nature (^) :
Pression. Pouvoir Masse _ .. .
mm absorbant, spécifique. uuoiient.
Hydrogène 3,30 0,00149 0,368] 4040
Air 0,78 0,00416 1,25 10-^ 3330
Hydrogène 760 » 0,476 84,9 ) 5610
Air 760 » 3,42 1,23 ; 2780
Anhydride sulfureux.. 760 » 8,51 2,71 ( 3110
Gollodion 3310 1,10 3010
Papier 2690 1 , 30 2070
Verre 7810 2,47 3160
Aluminium 7150 2,70 2650
Mica 7250 2,80 2590
Feuille de clinquant.. 23800 8,90 2670
Argent 32200 10,5 3070
Or 55600 19,3 2880
Moyenne 3200
Les nombres de la dernière colonne sont remarquable-
(' ) Soit io l'intensité des rayons dans un milieu non absorbant à une dis-
tance 1 de la source. Dans un milieu absorbant, l'intensité à la distance r
sera
M. Lenard déterminait la distance R pour laquelle l'intensité I donnait
i
une luminescence percei^tible. La quantité ^ étant considérée comme con-
stante, on l'élimine à l'aide de l'équation relative au vide
T }o_
On trouve alors a, en cm ~ * , l^s longueurs étant exprimées en centimètres .
G. 5
66 SECONDE PARTIE.
ment concordants, étant donnée surtout l'incertitude iné-
vitable des observations. L'hydrogène seul possède un
pouvoir absorbant relatif plus grand que les autres corps
examinés par M. Lenard. A cette exception près, on peut dire,
avec une assez grande approximation, que le pouvoir absor-
bant des corps pour ces rayons, que nous nommerons encore
cathodiques, est proportionnel à leur masse spécifique.
FiR. H.
L'action du champ magnétique a donné lieu à des obser-
vations non moins intéressantes. Dans l'appareil qui a
servi à ces recherches [fig. 11 ), le rayon, à sa sortie de la
fenêtre, était limité dans le tube U par deux écrans suc-
cessifs, et traversait le champ magnétique après son passage
à travers l'ouverture du second. Les mesures préliminaires
sur la tache lumineuse M ont été faites à l'aide de l'appareil
que représente notre figure ; dans des recherches plus
précises, le récepteur était placé contre l'une des parois du
tube, et portait une échelle divisée.
Ldi, fig. 12, reproduite en fac-similé d'après le Mémoire de
CHAP. V. — DÉCHARGES DANS LES GAZ, DEUXIÈME PÉRIODE. 67
M. Lenard, représente quelques-unes de ses observations.
On voit, dans la colonne de gauche, A, une série de taches
produites sur le récepteur par des rayons non déviés. Au
centre d'un halo diffus, se distingue un contour parfaite-
ment limité, à l'intérieur duquel la lumière, rendue ici en
Fig. 12.
P^ : -> r": ;. .TiHS^^Èa^pfpîçZï^J?^^ - ': ' ■ ■ d
noir, est particulièrement intense et à peu près uniforme.
Deux de ces taches n'ont aucun halo.
La seconde colonne, B, montre le phénomène après le
passage des rayons dans le champ magnétique. Ces taches
présentent une particularité remarquable. Le halo seul est
dévié, la lumière nettement délimitée n'est pas affectée
paril'aimant. Parfois, la lumière diffuse se sépare entière-
ment de la tache; on peut même la faire apparaître là où
rien ne la décelait dans l'image non déviée.
M. Lenard conclut de ces expériences que la diffusion et
68 SECONDE PARTIE.
la déviation sont deux propriétés communes aux mêmes
rayons, et que ceux-ci peuvent les posséder à des degrés
très divers. Il semble toutefois y avoir une démarcation
bien tranchée entre des rayons possédant ces deux pro-
priétés à un degré quelconque, et les rayons ne les possé-
dant pas du tout. Nous discuterons plus loin cette idée.
Dans son premier Mémoire, M. Lenard décrit l'expérience
suivante, qui prend aujourd'hui une grande importance :
une plaque sensible était disposée da^is une boîte d'aluminium
entièrement fermée ; sa moitié de droite était couverte d'une
mince feuille d'aluminium, sa moitié inférieure, d'une lame
de quartz de 0™",5, de sorte que le quart inférieur droit était
protégé par les deux écrans.
On put constater que l'aluminium ne projetait qu'une
ombre très faible ; le quartz, au contraire, arrêtait absolu-
ment les rayons; toutefois, la lumière phosphorescente de
l'air le traversait, et la plaque n'était indemne que sous
les deux écrans,
23. Les rayons de décharge ; expériences de M. E. Wiede-
mann. — Dans un travail présenté au Congrès de la Société
électrochimique [^]^ dans sa session de juin 1895, M. Eilhardt
Wiedemann décrit des expériences dans lesquelles il a
été conduit à distinguer, dans l'ensemble des radiations
émanées d'une étincelle ou d'une cathode, une nouvelle
espèce de rayons doués de propriétés particulières. Un
écran thermoluminescent, soumis à une chauffe, préalable
destinée à le débarrasser des dernières traces des modifi-
cations dues à des travaux antérieurs, est couvert partiel-
lement d'une lame de quartz ou mieux encore d'une lame
C) E. WiEDEMAN.N', Uebev eine neue, in Funhen und elehtrischen Entla-
dungen, enthaltene Art von Strahlen (Entladungsstrahlen) {Zeitschrift fur
Eleklrochemie, n° 8, p. 159; 1895).
GHAP. V. — DÉCHARGES DANS LES GAZ, DEUXIÈME PÉRIODE. 69
de spath fluor (^). On expose ensuite le tout à la radiation
d'une étincelle, ou bien on le dispose à l'intérieur d'un tube
à vide ; on chauffe ensuite l'écran de manière à faire appa-
raître ses modifications. Les parties transformées brillent
alors d'un éclat plus ou moins vif. Voici le résultat de ces
expériences : Un grand nombre d'écrans thermolumines-
cents révèlent exactement la même transformation dans les
parties nues et dans les portions protégées parle spath fluor ;
quelques-uns, au contraire, restent absolument sombres
aux endroits protégés, tandis qu'ils s'illuminent brillam-
ment dans les portions demeurées découvertes. Les sub-
stances les plus remarquables à ce point de vue sont le
sulfate, le carbonate ou le nitrate de calcium, additionnés
d'une petite quantité des mêmes sels de manganèse.
a Ces expériences montrent que l'étincelle contient une
espèce spéciale de rayons qui ne traversent pas le spath
fluor; les décharges dans les gaz raréfiés donnent aussi
naissance à ces rayons. Je n'ai pas encore pu constater une
action quelconque de raimant sur ces rayons. »
L'idée de M. Wiedemann est que les nouveaux rayons
sont produits par des mouvements tourbillonnaires de
l'éther.
ce L'observation des rayons de décharge, conclut-il, pré-
sente un intérêt général en ce qu'elle nous montre que,
même dans des domaines souvent explorés, des formes
encore inconnues de l'énergie, en quantité très appré-
ciable, se cachent aussi longtemps qu'on n'a pas trouvé un
mode d'observation capable de les déceler. »
Si les « rayons de décharge » de M. Wiedemann ne sont
pas les rayons X de M. Rôntgen, on conviendra qu'ils
leur ressemblent singulièrement.
(') Voir note p. 106.
70 SECONDE PAnXlE.
24. Vitesse des rayons cathodiques. — La vitesse des
rayons émanés de la cathode est un important critérium
de leur nature ; elle permet, en effet, de décider s'ils peuvent
être considérés comme dus au mouvement de la matière,
ou s'il faut ahandonner cette hypothèse (^).
Nous avons dit déjà que M. Goldstein avait appliqué la
méthode Doppler-Fizeau à leur investigation et n'avait pas
pu déceler un mouvement quelconque du gaz luminescent
dans le tube. M. Tait avait fait, à la même époque, une
constatation analogue. Plus tard, MM. Wiedemann et Ebert
trouvèrent que la vitesse des particules lumineuses autour
de la cathode ne pouvait pas dépasser 5 kilomètres par
seconde (^).
Toutefois, ces expériences ne nous disent rien sur la véri-
table vitesse des rayons cathodiques. Nous avons vu (21)
que l'effet lumineux est toujours produit par le choc de
ces rayons sur des particules matérielles, ou, plus pro-
bablement (9), par la recombinaison des éléments dissociés
par le choc ; on peut donc seulement en conclure que, au
moment où elles émettent de la lumière, ces particules ne
sont pas douées d'une vitesse considérable.
Les expériences récentes de M. J.-J. Thomson ne sont
pas soumises à cette objection (^). Deux récepteurs lumi-
nescents sont disposés respectivement à 15""' et 25'^™ de la
cathode d'un tube cylindrique. Celui-ci est recouvert de
noir de fumée que l'on a enlevé suivant deux lignes paral-
(') Si l'on trouvait, par exemple, une vitesse du rayon égale à celle de la
lumière, la nature optique du phénomène deviendrait évidente. Un gramme
de matière doué de cette vitesse posséderait une énergie cinétique égale à
celle que fournirait un cheval-vapeur travaillant pendant près de 2000 ans,
ce que l'on peut difficilement admettre.
(') E. Wiedemann et H. Ebert, Ueber electrische Entladungen (Annales
de Wiedemann, t. XXXVI, p. 643; 1889).
D J.-J. Thomson, On the Velocity of the cathode-rays [Philosophical Ma-
gazine, t. XXXVIII, p. 358; 1894).
CHAP. V. — DÉCHARGES DANS LES GAZ, DEUXIÈME PÉRIODE. 71
lèles à l'axe du tube, situées au-dessus des récepteurs. Un
ensemble de six miroirs tournants fixés sur le même tam-
bour renvoie l'image des fentes dans un objectif de grand
diamètre. On a disposé, sur le trajet d'un des faisceaux, un
prisme de très faible ouverture qui amène l'image des deux
fentes dans le prolongement exact l'une de l'autre. Avec les
moyens ordinaires d'excitation du tube, l'image des fentes
s'étale beaucoup lorsque le miroir tourne rapidement, de
sorte que l'observation perd toute précision.
Le dispositif employé finalement par M. Thomson
consiste en une forte bobine fermée sur les armatures ex-
térieures de deux condensateurs dont les armatures inté-
rieures sont réunies par le primaire d'une seconde bobine
noyée dans l'huile. Le secondaire de cette bobine donne
des étincelles de 20'^" environ. Le tube est en verre d'urane.
Dans ces conditions, le premier bord de l'image est par-
faitement net, tandis que le second est estompé en raison
de la durée de la luminescence. Il convient donc de
rapporter les résultats au début de l'effet lumineux. On
pourrait objecter à ces mesures que, si l'on observe un
intervalle appréciable entre l'apparition des deux images,
il peut être dû au fait que la deuxième, produite par une
excitation moins intense, atteint plus lentement un éclat
perceptible. M. Thomson avait prévu cette objection et
s'en était garanti par un examen du phénomène sur lequel
nous n'insisterons pas.
La vitesse des rayons cathodiques trouvée par M. J.-J.
Thomson est de 200 kilomètres par seconde. Cette vitesse
est parfaitement justifiée par le potentiel réciproque de la
cathode et d'un atome gazeux qui s'en échappe. Elle est beau-
coup plus faible que la vitesse de la décharge elle-même,
qui est environ moitié moindre que celle de la lumière,
d'après les mesures faites aussi par le professeur Thomson.
72 SECONDE PARTIE.
On revient ainsi, par une voie nouvelle, à ce principe qui
ressort des expériences de Hertz, que les rayons catho-
diques, s'ils contribuent à la décharge dans les gaz, n'en
forment qu'une partie. La vitesse de 200 kilomètres par
seconde est inconnue jusqu'ici pour les perturhations de
l'éther; il est donc vraisemblable que, si les rayons catho-
diques sont dus à un phénomène de cet ordre, comme le
veut la théorie des physiciens allemands, on se trouve en
présence d'un principe nouveau.
On peut rattacher à la vitesse des rayons cathodiques la
question des modifications que ces rayons font subir à
l'éther dans lequel ils se déplacent.
MM. Wiedemann et Ebert ont mesuré l'indice de ré-
fraction d'un espace dans lequel on produisait, par inter-
mittences, des rayons cathodiques; ils ont trouvé que la
présence de ces rayons ne modifie pas l'indice et, par
conséquent, la vitesse de la lumière d'une quantité supé-
rieure à S7 ouu) limite de la précision de leurs mesures.
25. Convection de rélectricité par les rayons catho-
diques. — Le transport des charges électriques par les
rayons cathodiques a été rendu évident par Texpérience
suivante due à M. Perrin (^).
Une cage de Faraday, placée à l'intérieur d'un tube à
vide, contient une feuille cylindrique de papier d'étain
réunie à un électroscope. La cage elle-même, qui sert d'a-
node, est à la terre et son ouverture, très petite, est en
regard de la cathode. Lorsque les rayons tombent sur
l'entrée de la cage, l'électroscope se charge négativement.
L'action électrique cesse lorsqu'on dévie les rayons à l'aide
C) J. Perrin, Nouvelles propriétés des rayons cathodiques (Comptes ren-
dus des séances de l'Académie des Sciences, t. CXXI, p. 1130; 1895).
CHAP. V. — DÉCHARGES DANS LES GAZ, DEUXIÈME PÉRIODE. 73
d'un aimant. Le phénomène inverse se produit si l'on ren-
verse les pôles de la bobine.
La conclusion que M. Perrin tire de celte expérience est
que les ions, formés au voisinage de la cathode par la
rupture des molécules gazeuses, jouent le rôle de support
de charges électriques qu'ils perdent dans une enceinte
dans laquelle ils entrent.
26. Pénétration des gaz dans le verre. — Les tubes à
vide présentent, après un emploi un peu prolongé, un
aspect mat qui peut faire croire à une dévitriflcation.
M. Gouy (^) a reconnu que la couche superficielle du verre
située à l'intérieur du tube contient une foule de petites
bulles gazeuses invisibles à l'œil nu, mais bien reconnais-
sablés au microscope. Si l'on chauffe le verre, les bulles
deviennent plus apparentes; on peut même les rendre
visibles à l'œil nu lorsqu'elles se sont suffisamment agglo-
mérées. Elles se trouvent réparties à une très petite pro-
fondeur dans le verre. « Ce phénomène ne se produit dans
aucun autre cas. 11 semble en résulter, dit M. Gouy, que
les rayons cathodiques font pénétrer dans le verre les
gaz du tube, qui restent ensuite occlus jusqu'à ce que le
ramollissement du verre les mette en liberté. »
(') G. Gouy, Sur la, "pénétration des gaz dans les parois de verre des tubes
de Croohes {Comptes rendus, t. CXXII, p. 775; 1896).
»gB»'^
74 SECONDE PARTIE.
CHAPITRE VI.
LES RAYONS X.
27. Analyse du Mémoire de M. Rbntgen. — C'est dans une
séance désormais mémorable de la Société physico-médi-
cale de AVûrtzboLirg que le professeur Rôntgen annonça
pour la première fois sa brillante découverte.
Le point de départ de ses recherches est l'observation
fortuite de la phosphorescence de quelques paillettes de
platinocyanure de baryum au voisinage d'un tube de
Hittorf , complètement enfermé dans une enveloppe de car-
ton noir, opaque aux rayons lumineux ordinaires et aux
radiations ultra-violettes connues. Les premières expé-
riences ayant montré que l'écran s'illuminait encore,
quoique faiblement, derrière un livre de 1000 pages, une
planche de bois ou une plaque d'aluminium de 15°""
d'épaisseur, il devint évident que l'on se trouvait en pré-
sence d'un agent sinon entièrement nouveau, du moins
mal connu jusqu'alors. M. Rôntgen s'attacha à en recon-
naître les principales propriétés. Il trouva d'abord que la
densité est un facteur important de l'opacité des corps;
toutefois il n'est pas le seul : « On le prouve en employant
comme écrans des lames d'égale épaisseur de spath d'Is-
lande, de verre, d'aluminium et de quartz. Le spath
d'Islande se montre beaucoup plus transparent que les
CHAP. VI. — LES RAYONS X. 75
autres corps, bien qu'il ait approximativement la même
densité. Je n'ai pas remarqué, dit le professeur Rôntgen,
que le spath d'Islande présentât une fluorescence (9) con-
sidérable relativement à celle du verre.
» En augmentant l'épaisseur, on augmente la résistance
offerte aux rayons par tous les corps i>
« Des morceaux de platine, de plomb, de zinc et d'alu-
minium en feuilles ont été préparés de façon à obtenir le
même affaiblissement de l'effet. Le Tableau ci-joint donne
les épaisseurs relatives et les densités de feuilles de métal
équivalentes :
Épaisseur. Épaisseur censitô.
relative.
Platine 0,018 1 21,5
Plomb 0,050 3 11,3
Zinc 0,100 6 7,1
Akiminium 3,500 200 2,6
» Il résulte de ces valeurs que l'opacité n'est pas propor-
tionnelle au produit de la densité par l'épaisseur d'un
corps. La transparence augmente beaucoup plus rapide-
ment que le produit ne décroît (^). »
M. Piôntgen a cherché, sans y réussir, à déceler une
action calorifique des rayons X; cette action existe évidem-
ment, puisque nous avons affaire à une forme de l'énergie
susceptible de se transformer ; mais l'énergie des rayons
peut être très faible.
L'œil ne perçoit pas ces rayons. M. Rontgen pense que
la cause en est dans l'insensibilité de la rétine; nous ver-
rons, toutefois, que les milieux de l'œil sont opaques pour
(') Les expéinences faites sur l'aluminium et môme sur le zinc nous pa-
raissent peu propres à renseigner sur le rôle de la densité, à cause des
phénomènes de luminescence que présentent les oxydes de ces deux mé-
taux. ( Voir Chap. IX. )
76 SECONDE PARTIE.
les rayons X, et que, si même la rétine y était sensible,
ils resteraient invisibles.
La propriété la plus remarquable des rayons décou-
verte par M. Rôntgen est leur propagation tellement recti-
ligne, qu'il n'est pas parvenu à trouver aucune déviation
dans le passage à travers un prisme. Quelques mesures
semblent donner un indice plus grand que l'unité, mais
l'observation est douteuse. Il est un moyen, sinon précis,
du moins très sensible, de mettre en évidence la réfrac-
tion à la surface des corps : c'est de diriger le rayon sur
une poudre dont chaque grain contribue à la réfraction
irrégulière du faisceau et à sa diffusion. Cette diffusion
était insensible dans les expériences de M. Rôntgen. Le
faisceau éprouvait, en traversant une colonne de sel
gemme, de zinc ou d'argent pulvérisés, la même absorption
qu'au passage d'une masse égale des mêmes solides en
morceaux compacts. La même expérience montre que la
réflexion à la surface des corps est extrêmement faible.
11 a semblé possible que la disposition géométrique des
molécules modifiât l'action qu'exerce un corps sur les
rayons X; s'il en était ainsi, le spath d'Islande, par
exemple, pourrait présenter des phénomènes différents,
suivant l'orientation de la radiation par rapport à l'axe du
cristal. Des expériences faites sur le quartz et le spath
d'Islande n'ont donné aucun résultat.
M. Rôntgen pense que le point d'émission des rayons X
est l'endroit du tube où les rayons cathodiques frappent le
verre. A partir de ce point, l'intensité de leur effet diminue,
en raison du carré de la distance, l'absorption par l'air
étant si faible qu'elle peut être négligée, au moins en pre-
mière approximation. De plus, on déplace la source des
rayons X en agissant, à l'aide d'un aimant sur les rayons
cathodiques, de manière à les amener en un autre endroit
CHAP. VI. — LES RAYONS X. 77
du tube. On provoque aussi la formation des nouvelles
radiations en arrêtant les rayons cathodiques à l'aide d'une
plaque d'aluminium.
M. Rôntgen ne pense pas que les nouveaux rayons soient
identiques à ceux qui émanent de la cathode ; ils en dif-
fèrent par plusieurs propriétés importantes, en particulier
par leuj' insensibilité à l'action de l'aimant.
« La déviation des rayons cathodiques par l'aimant est
une de leurs caractéristiques spéciales ; Hertz et Lenard
ont observé qu'il existe plusieurs espèces de rayons catho-
diques, qui diffèrent par leur propriété d'exciter la phospho-
rescence, leur facilité d'absorption et leur degré de dévia-
tion par l'aimant; mais on a observé une déviation notable
dans tous les cas étudiés, et je pense que cette déviation
constitue un caractère qu'on ne peut pas négliger facile-
ment. »
M. Rôntgen reconnut ensuite qu'un certain nombre de
substances s'illuminent sous l'action des rayons X ; puis
il étudia leur action photographique. Il put ainsi éliminer
mieux les causes d'erreurs.
« J'ai confirmé de la sorte, dit-il, beaucoup d'observa-
tions faites d'abord en regardant l'écran fluorescent. C'est
ici que la propriété que présentent les rayons X de passer
à travers le bois ou le carton devient utile. La plaque pho-
tographique peut être exposée à leur action sans qu'on ait
à enlever le volet du châssis, ni aucune boîte protectrice,
de sorte que l'opération n'a pas besoin d'être conduite dans
l'obscurité. Il est clair que les plaques qui ne sont pas en
expérience ne doivent pas être laissées dans leur boite au
voisinage du tube.
» Il resterait à savoir si l'impression sur la plaque est
7« SECONDE PARTIE.
un effet direct des rayons X, ou un résultat secondaire dû
à la fluorescence de la matière de la plaque. Des pellicules
peuvent être impressionnées aussi bien que les plaques
sèches ordinaires. »
Les applications que M. Rôntgen a faites le premier de
sa découverte sont connues de tous ; il a montré comment
on pouvait, par leur moyen, dessiner le profil des parties
les plus denses à l'intérieur d'un organisme vivant, pro-
jeter l'ombre d'un objet enfermé dans une boîte en bois,
déceler les inégalités de structure d'une lame de métal
préalablement soumise au laminage.
Nous reviendrons, dans un autre Chapitre, sur les appli-
cations de la méthode. Il nous paraît plus intéressant de
donner ici l'opinion de M. Rôntgen sur la nature même de
sa découverte. Après avoir cherché, sans succès, à repro-
duire, à l'aide de ses rayons, les phénomènes classiques
de l'Optique, tels que l'interférence et la polarisation, il
abandonna l'idée que les rayons X puissent être de la
lumière, et il eut recours à une autre hypothèse. Nous
rendons la parole à M. Rôntgen :
« Que sont donc ces rayons? Puisque ce ne sont pas des
rayons cathodiques, on pourrait supposer, d'après leur fa-
culté de produire la fluorescence et l'action chimique,
qu'ils sont dus à la lumière ultra-violette. Un ensemble
imposant de preuves est en contradiction avec cette hypo-
thèse. Cette lumière nouvelle possède, en effet, les proprié-
tés suivantes :
» [a) Elle ne se réfracte pas en passant de l'air dans l'eau,
dans le sulfure de carbone, l'aluminium, le sel gemme, le
verre ou le zinc.
» [b) Elle ne peut se réfléchir régulièrement à la surface
des mêmes corps.
CHAP. VI. — LES RAYONS X. 79
» (c) Elle n'est polarisée par aucun des milieux polari-
sants ordinaires,
y) [d] Elle est absorbée par les différents corps, surtout
en raison de leur densité.
» Ce qui revient à dire que les nouveaux rayons doivent
se comporter tout autrement que les rayons visibles ou in-
fra-rouges et les rayons ultra- violets déjà connus. Gela pa-
rait assez invraisemblable pour que j'aie cherché à faire
une autre hypothèse.
» Il semble y avoir une sorte de relation entre les nou-
veaux rayons et les rayons lumineux; tout au moins la
production d'ombres, de fluorescence et d'actions chi-
miques semble l'indiquer. Or, on sait depuis longtemps
qu'en outre des vibrations qui rendent compte des phéno-
mènes lumineux, il est possible que des vibrations lon-
gitudinales se produisent dans l'éther; certains physi-
ciens pensent même que ces vibrations doivent exister.
Toutefois, il faut convenir que leur existence n'a jamais
été mise en évidence et que leurs propriétés n'ont pas été
établies par l'expérience. Ces nouveaux rayons ne de-
vraient-ils pas être attribués à des ondes longitudinales
de l'éther?
» Je dois avouer qu'à mesure que je poursuivais ces re-
cherches, je me suis accoutumé de plus en plus à cette
idée et je me permets de l'énoncer, sans me dissimuler
que l'hypothèse demande à être établie plus solidement. »
28. Rayons cathodiques et rayons X. — Avant de pousser
plus avant l'étude des nouvelles radiations, il nous reste
un point à faire ressortir d'une façon nette : c'est la diffé-
rence essentielle entre les rayons cathodiques et les rayons
découverts par M. Rôntgen. A première vue, la synthèse
des expériences de M. Lenard et de M. Rôntgen pourrait
80: SECONDE PARTIE.
laisser subsister quelque doute à cet égard. Nous avons
vu, en effet, que les rayons cathodiques possèdent, à des
degrés divers, la faculté d'être absorbés par les milieux
matériels ou déviés dans le champ magnétique. On peut dès
lors se demander s'il n'existe pas des rayons cathodiques
ne possédant ces deux propriétés à aucun degré.
S'il en était ainsi, les rayons de Rôntgen devraient partir
de la cathode, traverser en ligne droite les parois du tube,
et continuer à se propager dans la même direction. Or il
n'en est rien ; leur point d'émission se déplace sous l'in-
fluence de l'aimant, et, si l'on opère avec un tube sphé-
rique, entièrement illuminé, chacun de ses points est un
centre d'émission envoyant sa radiation en tous sens.
La loi de diminution avec le carré de l'a distance, énon-
cée par M. Rôntgen en termes assez vagues (la distance
étant indiquée, dans son Mémoire provisoire, à partir du
tube], a été vérifiée avec plus de précision par d'autres ob-
servateurs aidés par des moyens nouveaux. La loi du carré
a été retrouvée à partir d'un point précis de la paroi du
tube, ou, plus généralement, de la première surface qui
arrête les rayons cathodiques.
Si maintenant nous retournons aux travaux de M. Gold-
stein, de M. Lenard et de M. Wiedemann, nous y verrons
partout la trace des nouveaux rayons. On se souvient que
M. Goldstein (19) avait interprété comme une réflexion dif-
fuse la production du phénomène par l'interposition d'une
lame de mica sur le trajet des rayons cathodiques. De son
côté, M. Lenard avait séparé nettement par l'expérience le
phénomène en deux radiations distinctes (22) , l'une diffusée
dans la matière et déviée par l'aimant, l'autre soustraite à
ces deux actions.
Si nous ajoutons à cela que M. Lenard, soucieux avant
tout de la conservation de ses tubes pour des expériences
CHAP. VI. — LES RAYONS X.
81
comparatives, ne les actionnait que pendant des durées
limitées à quelques secondes, et qu'il opérait avec une
fenêtre de très faibles dimensions, on admettra sans peine
que quelques-unes des propriétés des nouveaux rayons
dussent lui échapper. M. Wiedemann est allé plus loin ; il
a vu, dans les « rayons de décharge », une nouvelle forme
de l'énergie; il n'a négligé que l'essai des corps opaques.
Ce point de vue simplifie singulièrement l'interprétation
des phénomènes; les impossibilités que l'on opposait à la
théorie matérialiste des rayons cathodiques s'évanouissent
d'elles-mêmes si l'on se limite aux phénomènes dans le
tube ou au voisinage immédiat de la fenêtre. Nous revien-
drons sur cette affirmation, qu'il n'était pas inutile d'énon-
cer dès maintenant.
29. La propagation des rayons X. Réfraction et ré-
flexion. — La propriété physique la plus remarquable des
rayons de Rôntgen est leur propagation rectiligne. M. Rônt-
Fig. 13.
gen avait énoncé le fait comme approximativement exact.
Il convenait de le vérifier avec précision. C'est ce qu'a fait
M. J. Perrin, au laboratoire de l'École Normale, à Paris (*).
(^) La plupart des travaux dont nous parlerons dans la suite ont été insé-
rés aux Comptes rendus de l'Académie des Sciences ou analysés dans Nature
G. 6
g2 SECONDE PARTIE.
L'appareil [fig. 13) consistait essentiellement en deux
écrans percés de fentes étroites F, F', placées parallèlement,
et délimitant un pinceau plan et très net de rayons. Le fais-
ceau tombait sur une plaque sensible enfermée dans un
châssis. Au déJveloppement, on trouva l'image absolument
nette de la fente, sans aucune frange de diffraction. En
opérant, au contraire, à châssis ouvert, de façon à per-
mettre à la lumière verte du tube de frapper directement
la plaque, on releva des lignes d'interférence bien carac-
térisées.
Ce résultat peut être dû à deux causes distinctes. Il est
possible que le phénomène, s'il est périodique de sa na-
ture, soit trop irrégulier pour que des raies d'interférence
soient susceptibles de se produire, ou bien que la longueur
de l'ondulation qui l'engendre soit extrêmement courte.
M. Perrin étudia ensuite, à l'aide du même dispositif, la
réfraction à travers des substances diverses ; un prisme de
la substance à étudier était placé entre la deuxième fente
et la plaque. Un écran horizontal séparait les fentes en
deux, de manière à éviter les rayons obliques. Dans ces
conditions, on trouva l'image des deux demi-fentes T dans
le prolongement exact l'une de l'autre lorsque le prisme P
était en cire ou en paraffine. Pour quelques métaux, les
deux demi-fentes montraient un léger déplacement qui,
s'il n'est pas dû à une absorption dissymétrique, conduit
à admettre, pour l'aluminium par exemple, un indice de
réfraction égal à 0,9996. La concentration des rayons
devrait donc être faite à l'aide de lentilles concaves. Mais
l'indice est trop faible pour qu'il puisse y avoir aucun
intérêt pratique à cet artifice, l'absorption compensant
outre mesure la concentration.
La possibilité de réfléchir les rayons X est fort discutée.
M. Rôntgen lui-même cite deux expériences qui semblent
CHAP. VI. — LES RAYONS X, 83:
conduire à des résultats contradictoires. M. Perrin n'a
obtenu aucune trace de réflexion sur des miroirs d'acier
ou de flint.
Au contraire, MM. Battelli et Garbasso ( ' ), à Pise, MM. Im-
bert et Bertin-Sans, à Montpellier, pensent pouvoir conclure
de leurs expériences que ces rayons éprouvent une sorte
de réflexion diffuse lorsqu'ils frappent certains corps ; mais
aucun de ces observateurs n'est parvenu à mettre en évi-
dence une réflexion régulière sur les miroirs polis. Les
premiers plaçaient l'ampoule dans un tube de zinc courbé
à angle droit, le coude étant occupé par le miroir. La ra-
diation était reçue par une plaque photographique que l'on
trouva impressionnée dans toute la région en regard de
l'intérieur du tube.
Les résultats de MM. Imbert et Bertin-Sans varient sui-
vant les corps employés et ne semblent pas être en relation
directe avec l'opacité aux rayons X. La réflexion la plus
vigoureuse a été obtenue avec une armature d'un conden-
sateur d'OEpinus.
Il nous semble que la phosphorescence a pu jouer, dans
toutes ces expériences, un rôle dont il n'est pas encore
possible d'apprécier l'importance, mais qui est loin d'être
nul. Il faudrait, dans toutes les recherches de cette nature,
éviter avec le plus grand soin les oxydes métalliques sur
le parcours des rayons.
M. Gouy, M. Fonséré et d'autres physiciens ont observé
une réflexion sur du mercure ; ces expériences ne semblent
pas soumises à l'objection que nous avons faite aux pré-
cédentes ; mais il faudrait encore s'assurer que la surface
de mercure agit bien comme un miroir et non comme un
(' ) A. Battelli et A. Garbasso, Sopra i raggi del Rôntyen [Nuovo Cimento,
4° série, t. III, janviei- 1896).
84 SECONDE PARTIE.
foyer secondaire de prodaction des rayons. Plusieurs des
premiers observateurs ont opéré avec des poses de quelques
heures; il est probable que, dans ces conditions, le tube
était très affaibli. Toutes les expériences faites jusqu'ici
devront être reprises lorsque les meilleures conditions de
l'emploi des tubes auront été définitivement fixées.
30. Interférence et polarisation. — Nous venons de voir
que M. Perrin avait reconnu la marche extrêmement rec-
tiligne des rayons X, mais sans fixer de limite aux phéno-
mènes de diffraction. M. Sagnac, au contraire, a cherché à
reproduire avec un réseau les phénomènes d'interférence
que l'on vérifiait immédiatement à l'aide d'un faisceau de
lumière jaune. Les rayons X n'ont présenté ces phéno-
mènes à aucun degré, la certitude de l'interprétation des
clichés étant telle que des interférences produites par des
ondes quatorze fois plus courtes que celles de la raie D
seraient devenues apparentes. On en conclut que, si les
rayons X sont dus à des vibrations transversales de l'éther,
leur longueur d'onde est inférieure à 0!^,04.
Les expériences de polarisation ont la plus grande im-
portance pour fixer la théorie du phénomène. Les premiers
résultats positifs dans cette direction ont été obtenus par
le prince Galitzine et M. de Karnojitzky. Voici comment ils
décrivent l'expérience :
a Nous avons fait préparer trois petites plaques de tour-
maline très minces (0"'°',5 environ d'épaisseur). Sur la
plus grande se posaient les deux autres, une parallèlement,
Tautre perpendiculairement à la première. S'il y a polari-
sation là où les plaques sont croisées, on doit s'attendre
à voir l'action des rayons X affaiblie. Il va sans dire que
l'action de la lumière ordinaire a été exclue, et qu'on
a changé plusieurs fois la position relative des petites
CHAP. VI. — LES RAYONS X. 85
plaques, afin d'éliminer toute influence d'inégale épaisseur
ou de manque d'homogénéité. Dans les huit épreuves
obtenues, on peut distinguer que là où les plaques ont été
croisées, l'action photochimique des rayons X a été
moindre. »
Les épreuves ont dû être renforcées par la superposition
de plusieurs pellicules semblables, ce qui indique en tous
cas une polarisation extrêmement faible.
Ce résultat a été contesté ; M. A.-M. Mayer, opérant avec des
cristaux d'hérapathite (sulfate d'iodoquinine), M. H. Bec-
querel, se servant de tourmalines, enfin M. Sagnac, qui
a eu recours à divers corps cristallisés, n'ont observé au-
cun effet appréciable. M. Becquerel a comparé les résultats
obtenus avec les rayons X à ceux que donnent les radia-
tions émanées des corps phosphorescents; ces dernières
se laissent polariser d'une façon évidente.
L'ensemble de ces expériences ne nous fournit aucun
argument définitif pour la théorie des rayons X. D'une
part, on pourrait admettre que les appareils de MM. Mayer,
Becquerel, Sagnac, manquaient de sensibilité; d'autre
part, on serait autorisé à croire que MM. Galitzine et de
Karnojitzky ont été induits en erreur par un phénomène
secondaire. 11 serait imprudent de se prononcer entre ces
deux opinions.
31. Actions lumineuses et photographiques. — Les
rayons X illuminent un grand nombre de substances; le
platinocyanure de baryum, qui les a fait découvrir, et les
platinocyanures en général sont parmi les plus sensibles
à leur action.
Si l'on examine au spectroscope la lumière émanant d'un
de ces écrans, on y reconnaît les raies du métal formant la
base du sel en question, ce qui est l'indice d'une décom-
SECONDE PARTIE.
position de ce sel. Cette observation a été faite pour la
première fois, croyons-nous, depuis la découverte des
rayons X, par M. Jackson, sur un écran de platinocyanure
de potassium qui est, d'après M. Silvanus-P. Thomson,
douze fois environ plus sensible aux rayons X que le sel
correspondant de baryum. M. Wiedemann avait déjà eu
recours aux sels de chaux, à l'aide desquels on peut pré-
parer, à peu de frais, des écrans aussi sensibles et même
plus sensibles qu'en se servant de platinocyanures.
Dans ses études antérieures sur les « rayons de dé-
charge », M. E, Wiedemann avait trouvé, après avoir étudié
un très grand nombre de substances diverses, que « les
sels de chaux additionnés des sels correspondants de man-
ganèse donnent, sous l'action des rayons, soit directement,
soit seulement pendant une chauffe subséquente, une lu-
mière très vive et de très belles colorations. » Il avait déjà
constaté, du reste, le fait découvert par M. Jackson.
M. Edison a annoncé que le tungstate de calcium dépas-
sait en sensibilité tous les autres sels connus. Les essais
faits en Europe sur du tungstate pur ont donné des résul-
tats assez médiocres. Il nous semble probable que le
tungstate employé par M. Edison contenait du tungstate
de manganèse, qui s'y trouve presque toujours comme
impureté; les sels de chaux qui n'ont pas subi une purifi-
cation préalable contiennent généralement une petite
quantité de manganèse.
L'état du sel a la plus grande influence sur sa lumino-
sité ; certains sels ont une grande sensibilité à l'état cris-
tallin, et la perdent lorsqu'on les pulvérise ; d'autres doivent
être employés à l'état amorphe ou tout au moins d'extrême
division.
Il semble probable, du reste, que certains sels convien-
nent surtout à certains tubes, et que la sensibilité d'un
CHAP. VI. — LESRAYONSX. 87
^cran ne peut être définie qu'en connexion avec un tube
.déterminé ; nous avons vu déjà que, parmi les mélanges
étudiés par M. Wiedemann, les uns deviennent lumineux
sous une lame de spath fluor, tandis que d'autres restent
absolument inertes dans ces conditions.
On ne sait pas encore si l'action photographique des
rayons X est primaire ou secondaire. M. Rôntgen avait
déjà cherché à résoudre la question, et avait opéré, comme
nous l'avons vu, avec des pellicules, pour éviter la trans-
formation des rayons dans le verre. Mais la gélatine peut
être elle-même luminescente, et l'on ne serait mieux fixé
qu'en opérant avec des halogènes sans support. Dans toute
la Photographie, le support joue, du reste, un rôle beau-
coup plus considérable qu'on ne le croit communément.
Une expérience qui semble confirmer cette opinion, en
ce qui concerne les rayons X, est due à MM. Eder et Va-
lenta. Les habiles photographes de Vienne ont trouvé que
les plaques au collodion sont insensibles à ces rayons.
Nous venons de voir que les rayons X agissent sur les
écrans luminescents en décomposant le sel dont ils sont
formés. Il semble donc naturel qu'une action semblable
puisse se produire dans la plaque photographique, le sel
d'argent étant pour ainsi dire ionisé par les rayons.
M. Albert Londe a constaté que les diverses émulsions se
rangent, en ce qui concerne leur sensibilité aux rayons X,
dans le même ordre que pour leur sensibilité à la lumière
blanche, et ce résultat a été confirmé par MM. A. et L. Lu-
mière. Ces derniers ont trouvé aussi qu'au bout de
dix minutes de pose, les rayons X avaient impressionné
150 feuilles de papier au gélatinobromure. En prolongeant
la pose, ils ont impressionné de même 250 feuilles : les
papiers sensibles sont à peu prés deux fois plus opaques
que les mêmes feuilles non recouvertes d'émulsion.
SECONDE PARTIE.
32. Propriétés électriques des rayons X. — MM. Be-
nôist et Hurmuzescu, à Paris, M. Dufour, à Lausanne,
M. J.-J. Thomson, à GamlDridge, ont successivement an-
noncé que les rayons X, tombant sur un électroscope, le
déchargent rapidement. Les premières expériences ont
Fig. 14. .
été faites avec un électroscope à feuilles d'or; cet instru-
ment a été remplacé, pour les recherches quantitatives de
MM. Benoist et Hurmuzescu, par l'électromètre à deux
aiguilles que représente notre fig. 14.
Les aiguilles sont enfermées dans une caisse en laiton,
que des expériences préliminaires avaient révélé remar-
quablement opaque pour les radiations de Rôntgen. Du
côté du tube, la caisse est percée d'une fenêtre circulaire,
fermée par une feuille d'aluminium ; la face opposée au
tube porte une autre fenêtre munie d'une vitre.
L'électromètre est donc dans une cage de Faraday,
empêchant tout accès à l'air électrisé, et fermée électri-
quement, à l'exception d'une petite surface opposée au
tube.
Trois séries distinctes d'expériences peuvent être faites
PI. I.
RADIOGRAPHIE D'UNE MAIN CONTENANT UNE BALLE
DE REVOLVER.
Epreuve de M. Albert Londe.
PI. II.
RADIOGRA.PHIE DES OS DE LA MAIN
OBTENUE AVEC UN TUBE A FOYER DE PLATINE.
Eprouve de M. J. Chappuis.
CHAP. VI. — LES RAYONS X. 89
à l'aide de cet instrument. Il conviendra d'abord de recher-
cher si la rapidité de la décharge dépend de la nature du
métal qui reçoit la radiation. Pour cela, on placera, der-
rière la fenêtre, des plaques épaisses de divers métaux P,
réunies à l'aiguille fixe de l'électromètre E, l'autre aiguille
étant à la terre en même temps que la cage. On étudiera
ensuite la transparence des corps en les plaçant, en lames
plus ou moins épaisses, devant la fenêtre. Enfin, on cher-
chera à reconnaître l'influence du milieu ambiant.
Ce procédé présente, sur la méthode photographique,
l'avantage d'être beaucoup plus rapide et d'offrir moins
d'arbitraire dans l'interprétation des résultats. Bien que
son mécanisme soit encore insuffisamment connu, c'est,
pour le moment, la meilleure méthode d'étude quantita-
tive des rayons de Rôntgen.
La rapidité de la décharge dépend du récepteur; MM. Be-
noist et Hurmuzescu ont trouvé que l'électricité se perd
d'autant plus vite que le corps est plus opaque aux rayons;
ainsi, le platine se décharge environ deux fois plus vite que
l'aluminium dans un môme milieu gazeux; le zinc amal-
gamé perd encore plus vite sa charge, mais il faut observer
que, lé récepteur étant semi-liquide, les phénomènes
d'évaporation ou de désagrégation ont pu être plus abon-
dants. Pour des plaques très minces, l'action augmente
avec l'épaisseur jusqu'à une certaine limite.
MM. Benoist et Hurmuzescu ont trouvé que, si l'on a soin
d'enfermer tout l'appareil, et de soustraire les isolants à
des actions extérieures, la décharge de l'électromètre est
complète, quel que soit le signe de la charge initiale.
M. Righi, au contraire, pense qu'il reste toujours dans
l'électromètre une charge positive. Il nous semble que ses
expériences ont pu être faussées par l'action du diélec-
trique.
90 SECONDE PAUTIE.
Comme MM. Benoist et Hurmuzescu, M. J.-J. Thomson
trouve une décharge complète de l'électroscope, quel que
soit le signe de la charge. En laissant le tube en commu-
nication avec la pompe, il a reconnu que la décharge com-
mence au moment précis où, le vide étant poussé assez
loin, on voit apparaître les véritables rayons cathodiques.
Cette action des rayons de Rôntgen ne se produit pas
seulement dans l'air; un corps entièrement noyé dans la
paraffine, et conservant indéfiniment sa charge dans les
circonstances ordinaires, la perd rapidement lorsqu'on en-
voie un faisceau de rayons Rôntgen sur l'isolant.
Deux paires d'électrodes furent noyées dans de la paraf-
fine, formant les quatre angles d'un carré ; le bloc étant fixe,
ainsi que tout l'appareil, on chargea successivement les
deux paires d'électrodes à des potentiels différents; le tout
était orienté de telle façon que les rayons traversaient la
paraffine parallèlement à la ligne joignant l'une des paires
d'électrodes. Dans ces conditions, il n'a pas été possible
de déterminer une influence de l'orientation du rayon sur
le phénomène.
D'une manière générale, tous les diélectriques semblent
devenir conducteurs pendant le passage des rayons Rônt-
gen. M. J.-J. Thomson s'explique nettement sur la cause
probable de cette action. Des expériences particulières lui
ayant montré que la perte, dans un gaz, est proportion-
nelle à la racine carrée de sa densité, il en conclut que la
décharge est due à l'ionisation du gaz, dissocié par les
rayons. Les lois de la dissociation ont, en effet, une allure
semblable à celle qui a été trouvée pour la déperdition
des charges (^) ; lorsque la dissociation est faible, le nombre
( ' ) M. Riglii est arrivé à un résultat analogue en ce qui concerne la
marche générale du phénomène.
CHAP. VI. — LES RAYONS X. 91
des ions est proportionnel à la racine carrée de la densité.
Suivant M. Thomson, la déperdition est plus rapide dans
l'acide carbonique que dans l'air, et moins rapide dans
l'hydrogène; elle est très rapide dans les halogènes et la
vapeur de mercure.
M. Thomson a trouvé, en outre, qu'une masse d'air tra-
versée par les rayons X conserve pendant un instant la
faculté de décharger les corps électrisés. On le montre en
mettant l'électromètre à l'abri des rayons, tandis que l'on
dirige sur son récepteur l'air qu'ils traversent.
La symétrie des propriétés des gaz, par rapport aux deux
'électricités, montre bien qu'il s'agit ici d'une modification
de la molécule, et non d'une charge électrique. Il serait
particulièrement intéressant, à ce point de vue, de répéter
l'expérience avec des gaz monoatomiques.
MM. Benoist et Hurmuzescu ont retrouvé, par des expé-
' riences encore inédites, la loi de la racine carrée de la
densité pour un même gaz; mais ils en ont singulièrement
étendu la portée en démontrant qu'elle reste vraie pour
différents gaz ; elle peut donc être énoncée dans les termes
suivants :
Quel que soit le milieu gazeux entourant un même récepteur
des rayons X d'une qualité et d'une intensité données, la vi-
tesse de déperdition des charges électriques est proportionnelle
à la racine carrée de la densité du gaz.
Dans l'idée de MM. Benoist et Hurmuzescu, la déperdition
des charges se fait par convection, sans ionisation; les
phénomènes étudiés par M. Piltchikofî et par M. Lafay se
ramèneraient ainsi plus facilement peut-être à l'ensemble
de ceux que l'on connaît. Du reste, ces phénomènes ne
sont pas isolés; on leur rattacherait aisément ceux que
présentent les corps soustraits à l'action des rayons X, et
92 SECONDE PARTIE.
qui prennent un potentiel limite dans chaque gaz. Mais ces
phénomènes sont encore insuffisamment connus, et l'on
ne pourra en faire la synthèse qu'après de nombreuses
expériences.
Les diélectriques sont aussi déchargés par les rayons.
M. Righi l'a montré par l'expérience suivante : Une plaque
d'ébonite ou d'un autre corps isolant est d'abord électrisée
uniformément, puis soumise à l'action des rayons avec
interposition partielle de corps opaques. La plaque est
ensuite saupoudrée du mélange classique de soufre et de
minium; suivant le signe de l'électrisation primitive, l'une
ou l'autre de ces substances s'attache aux portions proté-
gées par l'écran et dessine son contour. En revanche,
suivant M. Piltchikoff, les couches doubles d'électricité
sont très peu affectées par les rayons.
Nous avons rappelé (7) que la lumière ultra- violette
traversant un gaz lui communique la propriété de déchar-
ger les corps électrisés, en même temps qu'elle produit sa
dissociation partielle. Il existe toutefois, entre les deux phé-
nomènes, une différence dont il n'est pas encore possible
d'estimer l'importance : les rayons de Rôntgen agissent
indifféremment sur les deux électricités; la lumière ultra-
violette, au contraire, ne semble avoir d'action que sur
les charges négatives.
33. Électrisation de la trajectoire des rayons. — On
peut rattacher aux propriétés que nous venons de signa-
ler de curieuses expériences de M. Lafay concernant le pas-
sage des rayons X à travers une plaque de métal électrisée.
Une feuille mince d'argent, fermant la fente d'une
plaque de plomb, porte en son axe un fil de platine. Le
faisceau des rayons X, tombant sur la lame, est limité
par une première fente. On s'assure d'abord que le passage
CHAP. VI. — LES RAYONS X. 93
des rayons entre les pôles d'un électro-aimant, au sortir
de la seconde plaque, ne déplace pas l'image du fil de pla-
tine, puis on électrise la lame d'argent; on obtient alors
une déviation de l'image qui change de sens avec celui
du champ et le signe de l'électrisation.
Les rayons sont également déviés si l'on place le champ
magnétique en amont de la lame électrisée.
M. Lafay pense que les rayons électrisés reprennent les
propriétés des rayons cathodiques qu'ils avaient en partie
perdues à la traversée des parois du tube. La dernière
expérience conduirait plutôt à penser que le filet suivant
lequel passe les rayons devient conducteur, et que les ions
sont transportés par les rayons suivant le principe connu.
On sait, en effet, que les radiations exercent sur tout corps
qui les absorbe ou les réfléchit partiellement un effort
proportionnel à la puissance arrêtée par le corps et inver-
sement proportionnel à la vitesse de propagation du rayon.
Il faut convenir, toutefois, que cette théorie semble insuffi-
sante. Celle de MM. Benoist et Hurmuzescu est plus simple.
34. Durée de l'extinction des rayons. — MM. J. Ghap-
puis et E. Nugues ayant installé sur la tige d'un interrup-
teur Foucault, monté en trembleur rapide, une fente
étroite derrière laquelle on recevait, sur une plaque pho-
tographique, les rayons émanés d'un tube placé à une
distance de 16"=™, on reconnut qu'après 36000 passages de
la fente, l'image photographique était parfaitement nette.
Si l'on admet que l'on puisse commettre, sur l'estimation
de la position des bords de la fente, une erreur de 0"'"\2, on
conclut de cette expérience, étant données les constantes
de l'appareil, que la durée d'extinction des rayons est infé-
rieure à un dix-millième de seconde.
Nous savons, par les mesures de M. J.-J. Thomson sur
94 SECONDE PARTIE.
les rayons cathodiques, que la durée de la période initiale
de l'excitation lumineuse dans les tubes peut être réduite
au-dessous d'un millionième de seconde, par un dispositif
convenable, la durée d'extinction de l'émission visible
étant toujours beaucoup plus considérable. La durée d'ex-
tinction des écrans actionnés par les rayons X n'a pas
encore été mesurée.
Nous savons, en tout cas, par ces expériences, que l'ac-
tion primaire des rayons est très subite. On se trouverait
alors dans les conditions où, suivant le capitaine Abney, on
augmenterait l'action photographique dans une proportion
beaucoup plus forte que l'éclairement de la plaque.
35. Transmission des rayons X. — Les trois réactions
caractéristiques des rayons X — actions lumineuses, pho-
tographiques et électriques — ont été employées à l'étude
de la transmission de ces rayons dans les corps. Chacune
des méthodes possède des avantages particuliers. La pre-
mière donne avec une grande simplicité des résultats
qualitatifs. La seconde sera employée avec avantage pour
l'étude des lois de la réfraction et de la réflexion des rayons.
La troisième, qui est en rnôme temps la plus sensible et la
plus propre aux mesures, servira surtout à déterminer les
facteurs qui influent sur la transmission des rayons dans
les corps, ou, plus généralement, dans tous les cas où les
recherches porteront particulièrement sur l'intensité des
phénomènes.
M. Chabaud a confirmé la grande opacité du platine aux
rayons X; il a trouvé que le mercure se comporte d'une
façon à peu près identique, tandis que la plupart des
autres métaux présentent une transparence appréciable.
D'après M. Chabaud, les verres à luminescence jaune ou
verte sont assez transparents, tandis que le cristal à base
CHAP. VI. — LES RAYONS X. 95
de plomb, dont la luminescence est bleue, est doué d'une
très grande opacité. Cette propriété suffit pour expliquer le
peu d'action des tubes en cristal. Le verre d'urane possède
une transparence comprise entre celles du verre ordinaire
et du cristal.
M. Meslans a trouvé que le carbone et ses composés, avec
l'hydrogène, l'oxygène et l'azote, sont généralement très
transparents ; mais l'addition d'un métal ou d'un métalloïde
à une molécule organique augmente beaucoup son opacité.
Ces résultats ont été confirmés par toutes les recherches
ultérieures. On s'explique ainsi pourquoi les chairs sont
aisément traversées par les rayons, alors que les os le sont
beaucoup moins. La seule différence de densité est, en
effet, loin de rendre compte de la différence de transpa-
rence de ces organes.
Il faut toutefois faire exception pour les substances qui
composent les milieux de l'œil, si transparents aux rayons
du spectre visible. D'après MM. de Rochas et Dariex, ces
milieux présentent aux rayons X des opacités diverses,
mais assez fortes. On sait, du reste, que l'opacité du
cristallin limite seule le spectre visible du côté du violet.
On pouvait conclure des mesures de MM. Meslans et
Ghabaud que le diamant et le jais, qui n'est autre chose
qu'un lignite, sont beaucoup plus transparents que leurs
imitations obtenues en général avec un cristal à l'oxyde
de plomb. MM. Gascard et Buguet ont confirmé cette idée
par des expériences directes, qui ont révélé une grande
différence d'opacité entre les diamants vrais ou faux, les
jais naturels ou imités.
Les mêmes principes permettent de déceler un grand
nombre de falsifications de substances organiques dont il
suffit de posséder de très petites quantités. M. Ranwez a
pu, par ce moyen, reconnaître immédiatement l'adulte-
96 SECONDE PARTIE.
ration du safran par du sulfate de baryum; on trouverait,
de la même façon, la teneur du caoutchouc ou des soies
en substances minérales qu'on y incorpore pour en aug-
menter la masse.
MM. Girard et Bordas ont employé les rayons de Rôntgen
à révéler la structure d'engins explosibles divers, sans
danger pour l'opérateur chargé de cette besogne, particu-
lièrement délicate dans le cas d'appareils secrets ; ils ont
pu, non seulement découvrir des cavités suspectes dans des
objets d'apparence inoffensive, mais encore caractériser,
par leur opacité, certains explosifs, tels que les poudres
chloratées, les nitro-celluloses, ou le fulminate de mercure.
Enfin, MM. Battelli et Garbasso, qui ont examiné un grand
nombre de corps, ont reconnu, à peu d'exceptions près, que
l'ordre des opacités était aussi celui des densités; mais la
première de ces propriétés varie beaucoup plus vite que
la seconde. On remarquera toutefois que le cristal, le
spath fluor, le quartz, qui sont très opaques, ne figurent
pas dans leur Tableau, dont ils troubleraient certainement
l'ordonnance.
C'est dans la poursuite de ces études combinées avec
l'examen des diverses radiations émanées du tube que l'on
trouvera sans doute les applications pratiques les plus
fructueuses de la méthode.
36. Composition des rayons X. — Cette propriété si im-
portante des rayons n'a été que peu étudiée jusqu'ici;
toutefois, les expériences faites avec des tubes différents
ou avec le même tube montrent que ces rayons ne pos-
sèdent pas tous au même degré le pouvoir de traverser
les corps semi-transparents. Ainsi, MM. Benoist et Hurmu-
zescu ont trouvé, pour un même tube, que la proportion
de la radiation transmise par l'aluminium, ramenée à une
CHAP. VI. — LES RAYONS X. 97
lame de 0'"™,!, variait suivant l'épaisseur d'où elle était
déduite, en supposant la loi d'absorption représentée par
une seule exponentielle. Ils ont trouvé, pour un même
tube, des coefficients de transmission de l'aluminium
compris entre 0,85 et 0,9, l'unité de longueur étant O'""^,!.
Un autre tube a donné un coefficient égal à 0,78. En-
fin, M. Rôntgen ayant obtenu un effet mesurable au tra-
vers d'une plaque d'aluminium de 15""\ il paraît certain
que les rayons recueillis derrière la jjlaque avaient un
coefficient de transmission encore plus considérable. En
supposant que ce coefficient fût égal à 0,9 pour les rayons
dont parle M. Rôntgen, on n'aurait dû retrouver, derrière
la plaque, que le dix-millionième environ de la radiation
primitive; l'action aurait sans doute été insensible.
MM. Benoist et Hurmuzescu en concluent que les rayons X
forment un ensemble hétérogène, comme une sorte de
spectre ; cette conclusion était probable a priori. Il en ré-
sulte que les coefficients de transmission ne sont compa-
rables que s'ils se rapportent à des rayons identiques.
Nous avons indiqué déjà, comme un fait probable, que
la sensibilité relative des écrans phosphorescents varie
suivant le tube au moyen duquel on les actionne. Plusieurs
observateurs ont trouvé, en outre, des différences analogues
entre l'action lumineuse et l'action photographique. Les
tubes doivent être adaptés spécialement à l'un ou l'autre
des effets que l'on veut obtenir. S'il est vrai que les rayons X
soient de même nature que les « rayons de décharge » étu-
diés par M. Wiedemann, leur complexité résulterait déjà
de ses expériences.
98 SECONDE PARTIE.
CHAPITRE VII.
ESSAI DE THÉORIE.
37. Rayons cathodiques. —Nous considérerons mainte-
nant comme suffisamment établi que, dans l'ensemble des
phénomènes que nous venons de décrire, les rayons ca-
thodiques jouent simplement le rôle d'excitateurs des
rayons X, mais possèdent des propriétés bien distinctes de
celles de ces derniers. Si donc on se borne à étudier la
nature du phénomène sans remonter à ses causes, on
pourra séparer entièrement la théorie de ces deux espèces
de rayons.
Quelques-unes des objections faites à la théorie maté-
rialiste des rayons cathodiques provenaient de ce qu'ils
avaient été souvent mélangés de rayons Rôntgen. Gela ne
parait pas douteux pour certaines expériences de M. Gold-
stein et de M. Lenard que nous avons rapportées.
Les faits positifs qui ont conduit à la théorie du bom-
bardement sont suffisamment établis pour que nous
n'ayons pas à y revenir. Il nous suffira de réfuter quel-
ques-unes des objections faites à cette théorie.
Nous avons montré déjà (24) que les arguments tirés de
l'absence d'un déplacement des raies ne conduit pas à
admettre qu'il n'y ait pas un mouvement rapide des mo-
lécules au voisinage de la cathode; suivant M. Goldstein,
CHAP, VII. — ESSAI DE THÉORIE. 99
l'effet lumineux ne se produit que lorsque les rayons, pri-
mitivement invisibles, rencontrent un obstacle solide (19).
Hertz a étendu cette idée à une vapeur localisée dans le
tube (21). Enfin, M. Lenard a montré que la luminescence
pouvait aussi se produire dans l'air autour de la fenêtre
de l'appareil (22). Les solides frappés par les rayons
n'effectuent certainement aucun mouvement d'ensemble.
Quant aux gaz possédant une densité appréciable à l'en-
droit où ils absorbent les rayons, ils se comportent sui-
vant les principes de la théorie cinétique. Les premières
molécules frappées par les rayons prennent une grande
vitesse de translation, qui se répartit, sur un espace très
court, entre les molécules voisines.
Hertz avait pensé pouvoir conclure de ses expériences
suri' action électromagnétique que la décharge ne passe pas
par les rayons cathodiques. Modifions cette conclusion en
disant qu'il se dissipe, par ces rayons, une très petite partie
de la charge de la cathode ; nous serons alors également
d'accord avec le résultat négatif de Hertz et les expériences
positives de M. Perrin; ces dernières sont, en effet, seule-
ment qualitatives, et la faible capacité d'un électromètre
permet de déceler le transport convectif d'une très petite
quantité d'électricité; la charge relativement considérable
des ions libres permet de supposer que cette électricité est
liée à une quantité de matière prodigieusement faible.
On pourrait objecter aux conclusions de M. Perrin les
arguments que fournissent les rayons X eux-mêmes, dont
l'action électrique est bien nette ; le changement de la dé-
charge produite par ces rayons en une charge observée
par M. Perrin s'expliquerait à la rigueur par une pertur-
bation. Mais alors on ne pourrait plus rendre compte du
fait que le phénomène disparaît lorsqu'on éloigne les
rayons cathodiques de Ventrée de la cage.
100 SECONDE PARTIE.
L'énorme vitesse des rayons ne doit pas surprendre;
M. J.-J. Thomson a montré, par un calcul élémentaire,
qu'elle résulte des forces très considérables en jeu au voi-
sinage de la cathode.
D'autre part, il est suffisamment établi que les gaz peu-
vent être électrolysés, et que, même en dehors de toute
action électrique, la lumière ultra- violette provoque leur
décomposition et la rupture de la molécule en ions libres.
Ce n'est donc plus à la molécule que nous avons affaire,
mais bien à l'atome isolé. La théorie cinétique ne tient pas
compte de ce nouvel élément, et le calcul du chemin
moyen ne s'y applique pas. Il nous semble donc que l'ob-
jection de M. Goldstein, tirée du fait que. le rayon catho-
dique se propage bien au delà de ce que le calcul indique,
tombe d'elle-même du moment où l'on substitue l'atome à
la molécule.
La même substitution explique la facilité avec laquelle
les rayons cathodiques traversent les corps solides; la
remarquable proportionnalité, découverte par M. Lenard,
entre l'extinction et la masse traversée, sans action sélec-
tive, sera une conséquence de l'hypothèse mécanique.
Nous avons vu que, dans un électrolyte liquide, les ions
traversent sans résistance appréciable des feuilles minces
de métal; ici, la théorie matérialiste semble irréfutable.
On accordera dès lors sans peine aux ions tirés de la molé-
cule gazeuse les mêmes propriétés.
N'oublions pas que les atomes formant le support des
rayons cathodiques sont animés d'une vitesse de 200 kilo-
mètres par seconde, et que 1 gramme de matière doué de
cette vitesse posséderait la même énergie cinétique qu'une
locomotive de plus de 60 tonnes lancée à la vitesse de
80 kilomètres à l'heure. On admettra sans difficulté que
ces atomes traversent une feuille de métal imperméable
CII.VP. VII. — ESSAI DE THÉORIE. 101
aux molécules possédant seulement la vitesse moyenne
que leur assigne la théorie cinétique.
D'où provient cette dissociation des gaz contenus dans
le tube ? Il n'çst pas difficile d'en trouver la cause.
On sait, depuis longtemps, qu'il est des tubes de Hit-
torf récalcitrants, impossibles à actionner seuls, et qui de-
viennent lumineux sous l'influence d'une autre ampoule.
MM. Wiedemann et Ebert ont trouvé aussi que la lumière
ultra- violette a une action notable sur l'éclat d'un tube, au
début de l'expérience ; cette action va en s'afîaiblissant, et,
lorsque le tube est en pleine marche, elle cesse complète-
ment.
Ce phénomène s'accorde absolument avec lo fait que la
lumière ultra-violette ionise les gaz. Un tube est isolant
lorsqu'il ne contient pas un nombre suffisant d'ions libres.
Dès qu'on en a produit dans son intérieur, la décharge
passe, et le même état s'entretient de lui-même soit par
la lumière ultra-violette qui existe généralement dans le
tube, soit par les rayons de Rôntgen; nous savons, en
effet, sans préjuger de leur nature, qu'ils produisent l'io-
nisation des gaz qu'ils traversent.
Il ne nous reste que cjuelques mots à dire d'une ingé-
nieuse théorie émise par M. Jaumann, avant la découverte
de M. Rôntgen.
L'idée de M. Jaumann a pour point de départ l'obser-
vation qu'il fit, il y a quelques années déjà, d'une sorte de
surface d'interférence entre deux cathodes parallèles. Cette
surface occupe exactement le plan moyen entre ceux des
électrodes négatives lorsque les fils qui y conduisent ont
exactement la même longueur; le phénomène devient, au
contraire, diffus si les chemins sont différents. Les dimen-
sions de son appareil conduisent M. Jaumann à attribuer
102 SECONDE PARTIE.
aux rayons une durée d'oscillation de l'ordre du milliar-
dième de seconde.
M. Jaumann part ensuite de l'hypothèse que le pouvoir
inducteur spécifique et la perméabilité m^ignétique de
l'espace traversé par des décharges électriques sont va-
riables. Il est ainsi amené à ajouter aux équations de
Maxwell des termes qui contiennent les dérivées de ces
quantités, et que l'on avait considérés comme nuls.
L'une des conséquences de cette idée est précisément
l'existence d'ondes longitudinales dans les gaz raréfiés
soumis aux décharges électriques. Ces ondes seraient de
natures diverses, suivant les conditions de leur production,
et posséderaient quelques-unes des propriétés des rayons
cathodiques. Mais les hypothèses primitives de M. Jaumann
ne rendent pas compte de tous les phénomènes. Suivant
M. H. Poincaré, les équations de M. Jaumann représentent
des rayons qui suivraient les lignes de force et ne seraient
pas déviés par l'aimant.
M. Jaumann a cru pouvoir répondre à ces critiques. Mais
la discussion revêt un caractère mathématique trop spé-
cial pour qu'il soit possible d'en donner ici l'analyse.
38. Rayons X. — Les trois idées par lesquelles on a
cherché à expliquer les rayons cathodiques se retrouvent
dans la théorie des rayons X. Si invraisemblable que soit
la théorie matérialiste de ce phénomène, on y a encore eu
recours au début des travaux auxquels il a conduit ( ^ ) . Nous
(M Bans un article paru dans Electrlcal Review (11 et 18 mars 1896), où
il décrit de très remarquables expériences sur lesquelles nous reviendrons,
M. Tesla développe Fhypotlièse matérialiste des rayons X. Il voit la preuve
de cette idée dans le fait que ces rayons, traversant le cerveau d'une per-
sonne, produisent la somnolence avec une sensation de chaleur et l'impres-
sion que le temps s'écoule rapidement; il faut convenir que cette preuve est
bien détournée. M. Tesla pense, en outre, que l'on pourrait employer les
CHAP. VU. — ESSAI DE THÉORIE. 103
avons vu que l'on pouvait, en elFet, considérer, avec une
apparence de vraisemblance, les rayons X comme un cas
particulier des rayons cathodiques possédant un minimum
des propriétés qui les caractérisent. L'absence de déviation
par l'aimant, vérifiée avec beaucoup de soin par M. Oliver
Lodge, s'expliquerait par la décharge complète des parti-
cules électrisées traversant le tube de Crookes. Il nous
semble, toutefois, que la prodigieuse perméabilité des
corps pour ces rayons et l'absence de diffusion en dehors
du tube, alors qu'elle est complète dans ses parois, opposent
un insurmontable obstacle à leur théorie matérialiste.
Les vibrations longitudinales, telles que les a imaginées
M. Jaumann, ne s'adaptent pas mieux à plusieurs des pro-
priétés essentielles de ces rayons. Cependant, cette idée,
sous sa forme la plus générale, ne doit pas être rejetée
sans examen.
Bien que, dans le Mémoire provisoire de M. Rôntgen,
l'idée de l'oscillation longitudinale ne soit appuyée d'au-
cun raisonnement, le seul fait que l'éminent professeur l'a
émise comme possédant un certain degré de probabilité,
lui donne, en cette occasion, une très grande importance.
Comme le dit M. Lodge, « il faut écouter celui qui vit au
milieu des phénomènes, parce qu'il peut souvent sentir
intuitivement pkis qu'il ne pourrait justifier et établir lo-
giquement ». Jusqu'ici nous ne possédons guère que des
ébauches de théories de rayons X, basées sur l'hypothèse
des ondes longitudinales ; on ne peut, en effet, attribuer
rayons X pour faire pénéU-er, à l'intérieur du corps, des substances médi-
cinales ; le procédé des injections hypodermiques serait ainsi poussé à la
perfection; cette métliode est encore suspendue à un fil bien ténu. Les
expériences de M. Lafay ont ramené, pour un instant, à la théorie maté-
rialiste, mais le fait que le rayon est électrisé en amont de la plaque aussi
bien qu'après l'avoir traversée, rend fort improbables les conclusions que
l'on pensait pouvoir tirer des premières expériences
104 SECONDE PARTIE.
au milieu dans lequel elles sont engendrées que des pro-
priétés en concordance avec celles du phénomène dont on
veut rendre compte ; et il faut reconnaître que celui dont
nous nous occupons est encore bien mal connu.
M. J.-J. Thomson a montré récemment que les ondes
longitudinales peuvent prendre naissance dans un milieu
contenant des ions chargés en mouvement, ou bien aussi
dans tout autre milieu dans lequel l'éther se déplace ; la
longueur des ondes possibles est alors de l'ordre de gran-
deur des particules matérielles qui se trouvent dans ce mi-
lieu. Des ondes de cette espèce ne seraient pas réfractées ;
mais nous avons vu qu'il en serait de même de toutes les
ondes extrêmement courtes.
Nous ne poursuivrons pas davantage l'étude des ondes
longitudinales qui ont déjà fait de courtes apparitions dans
la Science, en présence d'un grand nombre de phénomènes
nouveaux (^).Il est une opinion, émise pour la première
fois par Newton, et qui a été reproduite à diverses re-
prises, c'est que les ondes de compression de l'éther se-
raient probablement capables d'expliquer la gravitation et
la cohésion, les plus mystérieux de tous les phénomènes
naturels. 11 serait donc prudent de garder en réserve ces
ondes encore inconnues tant que l'on pourra se dispenser
de les faire intervenir dans d'autres phénomènes. Le cas
des lumières nouvelles ne semble pas encore désespéré.
Quels sont les arguments que l'on oppose à l'idée que les
(') Après que Fresnel eut définitivement abandonné cette idée poui" l'expli-
cation des phénomènes lumineux, et fondé la théorie des ondes ti-ansversales,
Cauchy y revint le premier pour chercher à représenter l'énergie de la vibra-
tion de l'éther qui apparaît seulement sous forme de chaleur — la chaleur
rayonnante — qu'il considérait, avec tous ses contemporains, comme
différente de la lumière : « Puisque les vibrations transversales qui s'exé-
cutent sans que la densité varie représentent la lumière, il ne reste, pour
représenter la chaleur, que les vibrations longitudinales, ou, ce qui revient
au même, les vibrations accompagnées d'un changement de densité. »
PI. ITT.
OEUF DE POULE CONTENAi>JT UN POUSSIN.
RADIOGRAPHIE OBTENUE A L'AIDE D'UN TUBE A FOYER
DE PLATINE.
Epreuve de M. J. Chappuis.
PORTEFEUILLE CONTENANT DIVERS OBJETS.
Radiographie exécutée par M. E. Colardeau, au moyen du tube spécial fig. 18.
PI. IV.
J
BOITE EN BOIS ASSEMBLÉE AVEC DE PETITS CLOUS EN FER.
Photographie à la lumière ordinaire
et radiographie montrant le contenu de la boîte.
Epreuves de M. Albert Loiidi-'.
CIIAP. VII. — ESSAI DE THÉORIE. 105
rayons de Rontgen sont dus à des vibrations transversales
de très faible longueur d'onde?
En premier lieu, l'absence de réfraction et la transpa-
rence surprenante des corps considérés comme les plus
opaques à tout mouvement vibratoire.
Mais nous avons vu que la question d'opacité est très rela-
tive et semble soustraite à toute loi générale. L'eau est
opaque dans l'infra-rouge, l'argent est transparent dans
l'ultra-violet, tandis que le verre y est d'une remarquable
opacité. Les matières colorantes, telles que la fuchsine ouïe
rouge de Magdala, présentent une bande d'absorption bien
délimitée, à l'intérieur de laquelle elles sont très opaques,
pour redevenir transparentes de part et d'autre de cette
bande (6). En môme temps, l'indice de réfraction subit des
variations bien différentes de celles qu'indiquent les lois
ordinaires de la réfraction : augmentation régulière de
l'indice vers les faibles longueurs d'onde. Les expériences
et les théories connues avant la découverte des nouveaux
rayons prennent, à ce point de vue, unetrès grandeimpor-
tance; sans l'addition d'aucune hypothèse, elles montrent
que, pour les très faibles longueurs d'onde, les corps
doivent tendre vers la transparence, en même temps que
leur indice doit s'approcher de l'unité (^).
Quant à une relation quelconque entre la densité et
l'opacité, que M. Rontgen avait cru pouvoir déduire de
ses premières recherches, elle n'a pas été confirmée par
les expériences ultérieures. Sans doute, des corps très
denses, comme le platine ou le mercure, restent fortement
absorbants, mais cette coïncidence peut n'être que fortuite.
Ainsi, les verres à base de plomb dont la densité n'est pas
C) Cette remarque a été utilisée pour la première fois par M. C. Raveau
dans l'explication du phénomène qui nous occupe.
106 SECONDE PARTIE.
très élevée, sont aussi d'une assez grande opacité. Les ac-
tions sélectives, que M. Rôntgen avait déjà indiquées, sont
peut-être beaucoup plus importantes qu'il ne le pensait.
Cette propriété des corps donne lieu à des vérifications
inattendues, si l'on part de l'idée que les rayons X sont
dus à des oscillations transversales très rapides.
Le spath fluor, qui est d'une transparence parfaite dans
toute la région du spectre explorée jusqu'ici, présente une
grande opacité aux rayons X; or M. Carvallo, appliquant à
ce corps les équations de Ketteler, trouve une remarquable
concordance entre les résultats des mesures d'indice et
ceux du calcul, s'il admet que ce corps possède une
bande d'absorption voisine de la longueur d'onde Of^,l (^).
Sans vouloir, pour le moment, attribuer une importance
trop grande aux mesures de M. Perrin, qui, comme nous
l'avons indiqué, ont pu être troublées par l'absorption, on
remarquera que le sens de l'indice de l'aluminium pour les
rayons X concorde avec les prévisions de la théorie pour
ia lumière ultra-violette.
L'absence d'interférence semble, a priori, opposée à l'idée
d'un phénomène analogue à ceux de l'Optique. Mais il ne
faut pas oublier que les procédés employés pour découvrir
ces interférences ne les auraient pas fait apparaître dans
le cas de vibrations deux ou trois fois plus rapides que
celles avec lesquelles on a opéré jusqu'ici.
Nous avons vu, enfin, que la lumière ultra-violette,
comme les rayons X, décharge les corps électrisés, et que,
dans l'un et l'autre cas, on peut attribuer le phénomène à
C) E. Carvallo, Spectres calorifiques [Annales de Chimie et de Physique,
7" série, t. IV; p. 1, 1S93). Partant de la formule suivante :
n^ = a -1- -; ■ + d 1.',
M. Carvallo a trouvé c = + 0,0090, l'unité étant le micron.
CHAP. VII. — ESS.Vl DE ÏIIKORIE. 107
l'ionisation du gaz ambiant. Celte analogie, ajoutée aux
autres, est d'autant plus importante que cette action est
plus singulière. Il existe, sans doute, une certaine diffé-
rence dans le mode d'action des deux espèces d'énergie,
puisque, dans un cas, les corps isolés chargés négativement
sont seuls déchargés, alors que, dans l'autre, ils le sont
tous indifféremment. Toutefois, il ne faudrait pas s'arrêter
à de tels détails, tant que des différences de cette nature
resteront isolées. Ces propriétés des radiations pourraient
aller en s'accentuant à mesure que les longueurs d'onde
se rapprochent des dimensions moléculaires.
N'oublions pas que le mode d'action très différent des
ondes infra-rouges, visibles et ultra- violettes, sans parler
même des ondes électriques, avait conduit les anciens phy-
siciens à admettre l'existence de trois espèces distinctes
de rayons (1), et que la première preuve de leur identité
a été trouvée dans la coïncidence des raies dans les trois
spectres.
On a voulu voir un argument de plus dans le fait que les
rayons X provoquent la fluorescence; mais il ne faudrait pas
insister trop sur cette nouvelle coïncidence ; le phénomène
est, en effet, infiniment plus compliqué qu'on ne le pensait
d'abord. Les actions lumineuses des rayons X sont, du
reste, le plus souvent -phosphorescentes et non fluorescentes.
Quant à l'augmentation de conductibilité de certains
corps solides, sous l'action des rayons X, on peut la rappro-
cher des phénomènes présentés par le sélénium.
Les analogies entre les rayons X et la lumière sont si
nombreuses que l'on est tout naturellement conduit à
admettre l'identité de principe entre ces radiations qu'un
examen superficiel fait paraître si différentes.
On devra maintenant imaginer et réaliser les expériences
propres à mettre cette idée à l'épreuve. La répétition
108 SECONDE PARTIE.
des expériences ordinaires de l'Optique avec les nouveaux
rayons serait un bon argument en faveur de leur identité
avec les vibrations lumineuses. Les phénomènes ont été
sans aucun doute rendus diffus par le fait qu'on n'a utilisé
jusqu'ici les rayons X qu'en dehors du tube à vide. Mais
supposons que les rayons cathodiques, frappant un ob-
stacle quelconque à l'intérieur du tube, donnent naissance
à un spectre complet et très étendu; on ne percevra, à
l'extérieur, que les portions de ce spectre non absorbées
par le verre, c'est-à-dire les radiations visibles, avec les
premières radiations ultra-violettes, et les radiations de
très courte longueur d'onde pour lesquelles tous les corps
doivent être perméables.
On contrôlerait aisément cette idée en étudiant le spectre
à l'intérieur du tube; l'emploi des nouvelles ampoules à
foyer métallique intérieur, que nous allons décrire, ren-
drait ces études particulièrement commodes et fruc-
tueuses. M. Wiedemann a déjà reconnu que, parmi les
radiations existant à l'intérieur des tubes, les unes traver-
sent le quartz ou le spath fluor, d'autres sont arrêtées par
ces cristaux. C'est là, croyons-nous, l'ébauche des expé-
riences qui nous renseigneront sur la vraie nature des
rayons nouveaux.
Les recherches peuvent être longues et difficiles. Il ne
faut pas oublier, en effet, que l'Optique entière s'est écha-
faudée lentement, et que i^lus d'une découverte est due à
la circonstance fortuite que certains cristaux sont doués de
propriétés particulières. Supprimons tel corps de l'en-
semble de ceux que nous fournit la nature, on supprimera
du même coup la connaissance de tel phénomène impor-
tant : celui de Hall, par exemple.
CHAP. VIII. — APPLICATIONS. 109
CHAPITRE VIII.
APPLICATIONS.
39. Sources d'énergie électrique. — Les expériences de
recherches sur les tubes à vide ont été faites, le plus sou-
vent, à l'aide de la bobine d'induction. Certains] obser-
vateurs, toutefois, se sont servis de la machine statique,
ou de piles puissantes. Warren de la Rue et Hugo Mûller,
par exemple, au cours de leurs recherches classiques sur
les décharges dans les gaz, augmentèrent successivement
le nombre de leurs éléments au chlorure d'argent, jusqu'à
dépasser le chiffre de 14 000.
L'emploi de sources à courant continu et à débit relati-
vement grand présente de sérieux avantages pour les études
théoriques ; mais le potentiel exigé par les expériences sur
les nouveaux tubes rendrait, le plus souvent, ces sources
impraticables. Tous les opérateurs qui travaillent avec un
vide élevé se servent soit de bobines d'induction, soit,
très exceptionnellement, de machines statiques à grand
débit.
Dans la bobine d'induction, un circuit primaire, en gros
fil, agit sur un circuit secondaire d'un grand nombre de
spires de fil généralement très fin. L'ingénieux système
d'enroulement imaginé par Ruhmkorff permet d'éviter les
grandes différences de potentiel entre les points les plus
voisins à l'intérieur de la bobine.
HO SECONDE PARTIE.
Le courant, dans le circuit primaire, étant successive-
ment établi et interrompu, la même quantité d'électricité
traverse deux fois, en sens inverse, la bobine secondaire
lorsqu'elle est fermée sur un circuit métallique; mais,
grâce à l'induction propre du système, le courant de rup-
ture donne lieu à une variation de potentiel beaucoup plus
forte que le courant de fermeture; si le circuit de la bo-
bine contient un intervalle à étincelle ou tout autre organe
susceptible de développer une résistance de la nature
d'une force contre-électromotrice, le courant de faible po-
tentiel est arrêté, tandis que l'autre passe à chaque inter-
ruption. C'est ainsi que la bobine, bien que devant donner
des courants symétriques, possède une polarité, et envoie
en général des courants interrompus toujours de môme
direction, toutes les fois qu'elle est en circuit avec un in-
tervalle d'air suffisamment étendu ou un tube à vide.
Le courant, dans le circuit primaire, est interrompu par
un organe spécial, qui revêt des formes différentes suivant
l'usage auquel on le destine. Le plus anciennement em-
ployé se compose d'une roue avec des secteurs alternative-
ment conducteurs et isolants ; le corps de la roue est en
métal, et reçoit le courant d'un balai frottant sur son axe.
Un autre balai est à la périphérie. Cet interrupteur fonc-
tionne d'une façon parfaitement régulière, et permet d'at-
teindre les vitesses d'interruption les plus diverses. Il pré-
sente l'inconvénient d'exiger un moteur séparé, ce qui
augmente notablement le prix de la bobine.
Foucault a imaginé un autre interrupteur consistant
essentiellement en un ressort vertical portant un fléau
horizontal muni, d'un côté, d'une tige de platine, de l'autre,
d'un morceau de fer doux. Au repos, l'extrémité du fil de
platine se trouve à proximité d'une surface de mercure
recouverte d'alcool absolu bien propre. Pour actionner la
CHAP. VIII. — APPLICATIONS. 111
bobine, on plonge le fil de platine dans le mercure ; aussi-
tôt, le faisceau de fil de fer qui se trouve au centre de la
bobine est aimanté et attire l'extrémité du fléau. Celui-ci
se redresse brusquement et l'interruption se produit. Le
fléau, n'étant plus attiré, revient en arrière, le fil de pla-
tine plonge de nouveau dans le mercure, et ainsi de
suite.
On peut faire varier entre des limites assez étendues la
période de l'interrupteur en changeant, à l'aide d'une
masse mobile, son moment d'inertie; toutefois, l'inter-
rupteur Foucault est surtout destiné aux alternances peu
rapides.
L'interrupteur à marteau dérive du Foucault ; il en dif-
fère essentiellement en ce que le contact s'établit entre
une garniture de platine de la pièce mobile et une contre-
plaque métallique fixe.
Cet interrupteur permet les interruptions très rapides,
surtout sous la forme que lui a donnée M. Marcel Deprez,
et que construit M. Carpentier. Le plus gros défaut de
l'interrupteur à marteau réside dans l'usure rapide du
platine. Ce métal est brûlé par l'étincelle de rupture, et le
trembleur se dérègle rapidement. M. Gaiffe fait tourner la
contre-plaque au moyen d'une petite dynamo actionnée
par une dérivation du courant primaire. De cette manière,
l'usure est plus régulière et le réglage peut se conserver
longtemps.
Les interruptions les plus rapides sont obtenues à l'aide
d'une corde d'acier, actionnée par un électro-aimant dont
elle coupe elle-même le circuit. L'excitation est ainsi syn-
chrone au mouvement de la corde et exige une très faible
quantité d'énergie. On règle la vitesse en fixant, par un
chevalet, la longueur libre de la corde. L'interruption se
fait, comme dans le Foucault, à l'aide de deux petits go-
112
SECONDE PARTIE.
dets à mercure, dans lesquels plongent des tiges de xjlatine.
Cet interrapteur est dû à M. W. Wien.
Les oscillations électriques, dont l'étude a pris depuis
quelques années une si grande importance, peuvent aussi
être utilisées pour actionner les tubes à vide. Les pre-
miers appareils destinés à produire les courants oscilla-
toires de haute fréquence et de grande intensité ont été
construits par M. d'Arsonval et M. Tesla.
La fig. J5 montre le principe d'un de ces appareils. Une
bobine de Ruhmkorff A est en circuit avec une autre bo-
Fiff. 15.
bineB noyée dans l'huile; un excitateur à étincelles E est
mis en dérivation sur le circuit. La bobine A charge le
condensateur G qui se décharge à travers la bobine B et
l'excitateur. Si les constantes du deuxième circuit ont été
convenablement choisies, la décharge est oscillatoire, cha-
que courant envoyé par la bobine A donnant naissance à
une série d'oscillations rapides allant en s'amortissant.
Dans les appareils ordinaires, la fréquence de l'oscilla-
-tion dans le deuxième circuit est comprise entre 100000 et
CHAP, VIII. — APPLICATIONS. 113
1000000 par seconde. On recueille alors dans le secondaire
de la bobine des courants de très haut potentiel, oscilla-
toires comme ceux qui les excitent, et qui passent dans
les deux sens indifféremment lorsqu'on met un tube dans
le circuit. Ces courants, de très grande fréquence, pos-
sèdent la singulière propriété de produire des actions
physiologiques presque nulles.
40. Le tube. — Les premières ampoules employées pour
l'étude des rayons de Rôntgen ou pour leurs applications
étaient assez semblables au modèle le plus ordinaire" des
tubes de Grookes, connu sous le nom de tube à croix [fig.&].
La croix est montée sur une charnière, et peut être aisé-
ment rabattue ou relevée; on projette ainsi, à volonté,
une ombre sur la paroi anticathodique et l'on substitue
l'anode au verre pour la transformation des rayons catho-
diques en rayons X. C'est cette production accidentelle
des rayons [sur l'anode qui a pu faire croire à quelques
observateurs que ces rayons émanent, dans tous les cas, de
l'anode.
Les ampoules de la forme ordinaire présentent le défaut
d'avoir une surface d'émission trop étendue, ce qui oblige
à diaphragmer si l'on veut obtenir de la netteté ; mais alors
une partie des radiations sont produites en pure perte.
L'émission sur l'anticathode est rarement uniforme et
il convient, avant de la diaphragmer, de se rendre exacte-
ment compte de la distribution d'intensité de la source,
pour l'utiliser dans les meilleures conditions possibles.
Voici l'ingénieux procédé que préconisent, dans ce but,
-MM. Imbert et Bertin-Sans : on forme un faisceau de tubes
de 6"'" à 8°"^ de diamètre intérieur, dont on applique les
extrémités contre la surface du verre. On prend une épreuve
du champ éclairé à l'autre extrémité de ces tubes; l'image
G. 8
H4 ' SECONDE PARTIE.
se compose alors d'une série de circonférences à l'intérieur
desquelles l'impression est uniforme, tandis qu'elle diffère
d'un cercle à l'autre. On reconnaît ainsi, d'un seul coup
d'œil, les portions de l'ampoule qu'il convient d'utiliser,
en satisfaisant le mieux possible aux deux conditions
inverses d'intensité de l'action et de bonne définition des
détails. On limitera, à l'aide d'un diaphragme qui n'est
pas nécessairement circulaire, la partie la plus brillante
de l'anticathode, et l'on placera l'ampoule à une distance
de la plaque indiquée par les conditions de netteté et de
rapidité auxquelles on se propose de satisfaire.
On peut éviter cette manipulation par une construction
rationnelle des tubes ; le procédé le plus simple consiste à
créer un foyer de la cathode sur la paroi du tube lui-même ;
mais alors l'élévation de température qui se produit en cet
endroit met rapidement le tube hors d'usage.
M. Wood évite cet inconvénient à l'aide de l'ampoule
représentée dans la fig. \Q. La cathode, suspendue aune
Fig. 16.
sorte de poulie, envoie toujours sa radiation dans la même
direction ; mais, tandis qu'on opère, on fait tourner le tube
autour d'un axe horizontal, de façon à ce que la surface
du verre s'échange constamment au point où se forme le
foyer. Cet appareil présente quelques difficultés de con-
struction; mais on peut utiliser la propriété des rayons
cathodiques d'être déviés dans un champ magnétique pour
projeter toujours dans la même direction le flux émané
CHAP. VIII. — APPLICATIONS. 115
d'une calhode à axe horizontal [fig. 17). Les extrémités de
l'ampoule, étant munies de calottes de métal, peuvent être
montées entre deux pointes qui aiajènent le courant; on
communiquera de même une rotation lente à l'ampoule.
Fiff. 17.
JEÎ2 MiMiMOi
Dans ce dernier tube, la cathode peut être concave, mais
cela n'est pas absolument nécessaire. M. Meslin a montré
que, par l'emploi d'un champ magnétique non uniforme,
on peut concentrer les rayons tout en déviant l'ensemble
du faisceau; on amène ainsi, en un point de la paroi, le
flux primitivement cylindrique émané de la cathode.
M. Colardeau est parvenu à obtenir des épreuves d'une
remarquable netteté (celle du portefeuille reproduit par
notre PL III, par exemple), à l'aide de l'ampoule que repré-
sente la fig. 18. La cathode ferme exactement le tube ver-
tical, de manière à éviter tout foyer secondaire ; l'antica-
116 SECONDE PARTIE.
thode se réduit alors à une petite surface au point le plus
i)as. Ce tube a la forme et les dimensions d'une cigarette ;
mais, pour éviter les variations de la pression qui ne
manqueraient pas de se produire dans un espace aussi
restreint, on a réuni l'ampoule à un réservoir latéral de
plus forte capacité.
Les appareils que nous venons de décrire se prêtent
mal à l'emploi des courants de Tesla ; leur dissymétrie
provoque la formation de deux foyers qui projettent
deux images. On peut éviter cet inconvénient, en construi-
sant, à l'exemple de MM. Benoist et Hurmuzescu, le tube
Fis. 19.
symétrique de la fig. 19, Où les deux électrodes actionnent
successivement le même point de la paroi.
On peut aussi mettre le secondaire de la bobine de Tesla
en communication, d'une part, avec la douille d'une lampe
Gérard, L [fig. 15), de l'autre, avec une petite capsule en
celluloïd remplie d'eau, dans laquelle plonge la pointe de
la lampe. On place au-dessous de la capsule le récepteur
des rayons X. Ce dispositif a été employé avec succès par
M. d'Arsonval.
= Les tubes dont l'anticathode est en verre présentent
quelques inconvénients sur lesquels nous reviendrons;
c'est pourquoi on a cherché à produire les rayons X sur un
CIIAP. VIII. — APPLICATIONS. 117
écran de métal placé à l'intérieur de l'ampoule [fig. 20).
Ces tubes, connus en Angleterre et en Allemagne sous le
nom de focus ( tubes à foyer), donnent des effets très puis-
sants. L'anticathode est généralement en platine. Dans
l'idée de MM. Benoist et Hurmuzescu, l'emploi de ce métal
serait motivé surtout par le fait que, absorbant fortement
Fis. 20.
les rayons X, il doit les émettre en abondance ; cette ingé-
nieuse déduction pourrait toutefois ne pas être vérifiée
par l'expérience; nous devons admettre, en effet, que les
particules du métal, vibrant sous l'action de chocs ininter-
rompus, exécutent des oscillations forcées, sans période
définie, auxquelles les lois de la résonance cessent de
s'appliquer. Dans le tube à foyer métallique, l'anticathode
est généralement inclinée de 45° sur l'axe, de façon à par-
ticiper aussi bien à l'action de la cathode qu'à l'émission
dans les meilleures conditions de passage à travers la paroi.
MM. Benoist et Hurmuzescu ont observé les rayons X
en abondance à la face inférieure de l'anticathode en alu-
minium fermant l'entrée de la partie cylindrique du tube
représenté par la ftg. 21.
Dans les tubes à foyer de platine, il faut éviter soigneu-
sement l'emploi des courants alternatifs, et même s'assurer
toujours, au moment où l'on ferme le circuit de la bobine,
que l'anticathode ne deviendra pas une cathode. La volati-
lisation de la lame de platine mettrait le tube rapidement
hors d'usage.
118
SECONDE PARTIE.
Enfin, le professeur J.-S. Mac Kay, de Brooklyn, a con-
struit un tube fort employé aux États-Unis, et qui semble
donner des résultats très remarquables.
Ce tube, d'un diamètre de 20™"" à 30""°, et d'une longueur
totale de 15'='", contient deux électrodes de cuivre en regard,
à une distance de 3"'" seulement. Le vide a été poussé
Fig. 21.
aussi loin que possible, de telle sorte que l'étincelle passe
souvent d'un fil à l'autre par l'extérieur.
Ce tube chauffe très peu, et donne des effets puissants,
dont l'origine est dans saportion moyenne. Il est, du reste,
absolument sombre.
On peut admettre que les deux électrodes deviennent
tour à tour des points d'émission; comme elles sont très
voisines, il n'en résulte aucun inconvénient.
Le degré de vide a la plus grande influence sur le rende-
ment de l'ampoule. Les rayons X semblent faire leur appa-
rition au moment précis où, le vide étant poussé jusqu'à
quelques millièmes de millimètre de mercure, les rayons
cathodiques se manifestent par la première luminescence
des parois. Les deux phénomènes augmentent graduelle-
ment, à mesure que le vide devient plus parfait; bientôt
l'éclat visible atteint son maximum et commence à dé-
CHAP. VIII. — APPLICATIONS. 119
croître; au contraire, rémission des rayons X augmente
tandis que le potentiel explosif devient de plus en plus
grand ; puis l'émission de rayons X passe par un maximum
assez marqué, après lequel elle diminue très rapidement.
Le développement de l'émission est représenté, suivant
M. J. Ghappuis, par une courbe semblable à celle de la
Fig. 22.
fig. 22, l'abscisse étant le degré de vide ou l'inverse de la
pression.
Le phénomène pourrait, semble-t-il, s'expliquer de la
manière suivante. Aussitôt que le bombardement molécu-
laire atteint les parois, l'émission commence dans toute
l'étendue du spectre. La vitesse des atomes augmentant en
même temps que la chute de potentiel, toute l'émission
croît pendant un moment; puis le nombre des particules
atteignant la paroi devient de plus en plus petit; les effets
dus à la quantité décroissent tandis que ceux qui résultent
de la grande vitesse des particules vont encore en augmen-
tant; c'est ainsi que les mouvements lents des particules
du verre diminuent, alors que les mouvements rapides
croissent, puis le phénomène cesse lorsque le courant ne
met plus en mouvement de masses appréciables.
41. L'emploi du tube. — L'ampoule étant séparée delà
trompe à mercure et scellée ne conserve pas un vide con-
120 SECONDE PARTIE.
stant. En général, surtout si l'anticathode est en verre, la
pression monte peu à peu, et l'émission revient vers l'ori-
gine de la courbe. D'autres fois, surtout dans le cas des
foyers métalliques, le gaz s'échappe ou est absorbé, de
telle sorte que le courant ne passe plus.
Plusieurs procédés peuvent être employés pour remettre
les tubes en état de servir; le meilleur consiste évidem-
ment à les laisser en permanence sur la trompe; mais il
ne peut être recommandé qu'aux opérateurs ayant déjà
une certaine pratique des appareils de physique.
Lorsqu'un tube se vide, ce qu'on reconnaît à ce que
l'étincelle passe à l'extérieur, il suffit souvent de le chauffer
sur une flamme d'alcool (et non sur celle d'un Bunsen, qui
est trop vive) pour lui rendre ses qualités premières. Les
gaz sont ainsi, tour à tour, absorbés et dégagés par le verre,
et le tube est périodiquement détruit et remis en état. On
peut aussi enfermer dans l'ampoule une substance capable
soit d'absorber les gaz, soit de les rendre. M. Chabaud con-
struit, depuis quelque temps, des ampoules contenant un
fragment de potasse caustique et que l'on rince avec de
l'acide carbonique avant de les vider. Les résidus de gaz
sont absorbés par la potasse et restitués lorsqu'on chauffe
le carbonate ainsi formé.
On pourrait avoir recours à d'autres gaz ; toutefois, sui-
vant les idées de MM. Benoist et Hurmuzescu, il y a intérêt
à se servir d'un corps ayant une masse moléculaire élevée.
Le courant lui-même, convenablement gradué, permet
de rendre aux tubes leurs qualités premières.
Voici quelques indications sur la manière d'en obtenir
un service prolongé. Il convient d'abord de débuter par
un courant peu intense, que l'on peut augmenter graduel-
lement ; on le contrôlera soit par un galvanomètre dans
le circuit primaire, soit par un excitateur à étincelles
PI. V.
RADIOGRAPHIE D'UN RAT PAR LES RAYONS DE RONTGEN.
Epreuve de M. Albert Londe,
PI. VI.
IMAGE D'UN RAT OBTENUE A LA LUMIERE ORDINAIRE.
Epreuve de M. Albert Londe.
CHAP. VIII. — APPLICATIONS. 12Ï
en dérivation sur l'ampoule. Un tube manié avec pré-
caution commence, en général, par s'améliorer. Au mo-
ment où il faiblit, on le ranime en renversant, pendant
un instant, le sens de la décharge. Un autre procédé, indi-
qué par M. Garpentier, consiste à rapprocher l'excitateur
à étincelles et à maintenir le tube en dérivation pendant
un temps plus ou moins long sur un intervalle d'éclate-
ment restreint, l"^"", par exemple. Au bout d'un moment,
on peut écarter de nouveau progressivement les boules et
obtenir des effets égaux et même supérieurs à ceux que
donnait le tube neuf.
Il paraît certain que les alternances de courant intense
et modéré ont modifié en sens inverse la pression du gaz
dans le tube. C'est aussi l'idée de M. Tesla; il pense même
que le bombardement seul explique la sortie des gaz,
tandis qu'on les fait rentrer dans d'autres conditions, par
exemple en mettant les ampoules dans un champ électrique
variable, sans que les électrodes soient en communication
directe avec la source.
Indépendamment du gaz, le verre de la paroi anticatho-
dique s'altère assez rapidement. Si même on ne déplace
pas le foyer durant une expérience, il y a grand intérêt à
changer, d'une expérience à l'autre, le point d'impact des
rayons cathodiques à l'aide d'un aimant; peu à peu le
verre se ternit et prend une teinte brunâtre. A ce moment,
l'ampoule est définitivement hors d'usage.
Plusieurs observateurs pensent que certaines substances
phosphorescentes, placées sur le trajet des rayons X, en
augmentent l'effet. M. Piltchikoff a, l'un des premiers,
obtenu des actions énergiques en plaçant les substances
phosphorescentes dans des ampoules. M. Silvanus-P.
Thompson recommande de recouvrir la paroi anticatho-
dique d'un émail contenant du sulfure de calcium.
122 SECONDE partit:.
Toutefois, ce procédé est peu employé dans les tuLes
nouvellement construits, et il ne semble pas qu'il donne
tout ce qu'on en attendait. D'une manière générale, l'action
des substances phosphorescentes est très irrégulier, comme
nous le verrons plus loin.
42. Applications photographiques. — Les lois des ac-
tions photographiques sont encore assez mal connues ; on
sait bien, cependant, que l'action photographique d'une
radiation donnée n'est pas seulement une fonction de la
quantité totale de lumière qui a atteint le récepteur;
l'énergie nécessaire pour impressionner une plaque est
d'autant plus grande que l'éclairement est plus faible; en
d'autres termes, si la lumière frappant la plaque est ré-
duite au niônie ^q ga, valeur, le temps de pose devra être
augmenté plus de n fois.
De plus, un éclairage intermittent a moins d'action qu'un
éclairage continu de même durée totale. Cet eiîet est d'au-
tant plus marqué que l'éclairement de la plaque est plus
faible. Or, nous avons vu, d'après les recherches de M. Chap-
puis, que l'extinction des rayons X est extrêmement ra-
pide ; si leur intensité est faible, l'action est fortement ré-
duite. On peut en conclure qu'un tube se fatiguera moins,
pour un effet donné, si l'action est rapide que si elle est
lente ; on aura ainsi tout intérêt à pousser les ampoules et
à réduire le temps de pose (').
Nous avons indiqué déjà des ai^plications diverses de la
Photographie à des cas particuliers. Nous signalerons en-
core des essais qui ont été faits pour découvrir des pailles
ou des soudures dans les plaques métalliques, et qui ont,
^ (*) Suivant MM. Campanile et Stromei (Académie de iVapies, 7 mars 1896),
on augmente l'action en intercalant un intervalle à étincelles du côté de
l'anode.
CHAP. yill. — APPLICATIONS. 123
paraît-il, donné de bons résultats. Mais c'est surtout dans
l'étude des organismes vivants que la méthode s'est mon-
trée efficace. C'est même par la photographie des os de la
main que M. Rôntgen a rendu la méthode si rapidement
populaire. Notre PL I, due à M. Albert Londe, le très habile
chef du service photographique de la Salpêtrière, montre
ce qu'on peut en attendre dans le cas de lésions chirur-
gicales peu profondes. On savait qu'une balle se trouvait
logée dans la main; mais, d'après le docteur Delbet, la
palpation la plus attentive ne révélait la présence d'aucun
corps étranger. La photographie nous montre qu'il en
existe deux, la balle s'étant peut-être partagée sur le troi-
sième métacarpien, à moins qu'une lésion n'ait déterminé
une exostose. Dans le cas actuel, où la blessure remontait à
douze ans, l'ablation n'était pas nécessaire; mais, si elle
avait été indiquée, à défaut de l'examen photographique,
on se serait contenté d'enlever l'un des deux fragments
de la balle, l'autre étant resté insoupçonné.
La méthode n'est limitée ni à des corps aussi volumi-
neux qu'une balle, ni à des parties charnues aussi minces
que la main. On a pu déterminer, par le nouveau procédé,
la position exacte d'une aiguille ou d'un petit éclat de
verre dans la main, la nature d'une fracture du bras ou de
la jambe.
La position exacte d'un corps étranger se mesure aisé-
ment à l'aide de deux foyers dirigés successivement ou si-
multanément sur la même plaque, ou de deux épreuves
formant entre elles un certain angle. MM. Imbert et Bertin-
Sans, par exemple, laissent le tube sur la normale à la
plaque photographique, et inclinent l'objet à photographier,
lequel est appuyé sur une lame de métal percée d'une
large ouverture, en regard de la région à étudier. Une pre-
mière épreuve ayant été ainsi obtenue, on fait glisser la
124 SECONDE PARTIE.
plaque photographique, et l'on incline l'objet en sens in-
verse. La double épreuve, examinée au stéréoscope, donne
la sensation très nette du relief, et permet, à la simple in-
spection, d'apprécier la position du corps étranger.
La détermination de la position d'un calcul dans un
viscère peut présenter un grand intérêt, là où la palpation
ou l'examen optique ne laissent espérer aucune indication.
Le rein et la vésicule biliaire sont dans ce cas. Les épreuves
tentées sur le vivant n'ont donné aucun résultat, bien que,
suivant M. 0. Lodge, un écran phosphorescent s'illumine
après la traversée de deux personnes adultes. En revanche,
on doit à M. J. Ghappuis des études préparatoires fort intéres-
santes sur ces recherches. Le rein est relativement opaque ;
il l'est sensiblement plus que le muscle, à cause de la pré-
sence de chlorures, de phosphates et d'urates dans sa
masse. Mais les calculs qu'il renferme sont formés aussi
de phosphates et d'urates avec de l'acide urique non dis-
séminés comme dans le reste de l'organe. Ils sont moins
perméables que l'ensemble du rein, et révèlent leur exis-
tence par une ombre bien marquée.
: Il n'en est pas de même de la vésicule biliaire, qui con-
tient diverses substances opaques, alors que ses calculs
sont formés de cholestérine pure, substance relativement
transparente, qui donne à l'espace occupé par le calcul
l'apparence d'une cavité.
Ces recherches de M. James Ghappuis ont confirmé les
expériences de M. Meslans sur la transparence des sub-
stances organiques et l'opacité qu'elles acquièrent par l'ad-
dition d'une molécule inorganique.
Nous signalerons, parmi les résultats les plus remar-
quables obtenus jusqu'ici : la photographie admirablement
nette d'un enfant nouveau-né, montrant tout le squelette
et les principaux viscères; cette photographie est due au
CHAP. VIII. — APPLICATIONS. 125
D"" Sidney Rowland, de Londres; une épreuve semblable
de M. J. Chappuis ; les contours des os du thorax d'un
adulte, les os parfaitement définis d'un pied engagé dans
une forte chaussure, photographiés par M. Tesla; ce der-
nier est, du reste, parvenu à obtenir des effets extrême-
ment puissants à l'aide de son dispositif pour courants
alternatifs. Il a produit des ombres distinctes sur des
plaques photographiques placées à 12™ de l'appareil, et
juge prudent d'enfermer dans une caisse métallique les
plaques déposées à 18™ du tube. Il espère pouvoir prochai-
nement décupler les effets obtenus.
Dans toutes les expériences de photographie, il convient
de s'assurer toujours d'avance de l'état de la source; on
aura en permanence un ampèremètre dans le circuit pri-
maire de la bobine ; avec un appareil qui ne sert pas d'une
manière continue, on s'assurera, à chaque reprise du tra-
vail que la bobine fonctionne régulièrement; pour cela, on
supprimera la communication avec le tube, et l'on fera
éclater l'étincelle dans l'air à des distances variables. On
évitera soigneusement la poussière sur tous les appareils ;
enfin, avant chaque nouvelle pose, on fera un essai, à l'é-
lectroscope, soit du tube sans interposition d'aucun écran,
soit en interposant l'objet à photographier. On pourra, du
reste, pour abréger l'essai, placer l'électroscope plus près
du tube que la plaque photographique.
43. La vision directe par les écrans luminescents. — Ce
procédé d'examen, un peu délaissé dans les débuts, devient
déplus en plus important, à mesure que l'on connaît mieux
les conditions de bon fonctionnement des récepteurs. Ces
effets immédiats sont quelquefois très frappants et mé-
ritent d'être soigneusement préparés.
La plupart des écrans obtenus jusqu'ici étaient formés
12G SECONDE PARTIE.
d'une émulsion de platinocyanure de baryum ou de potas-
sium étendue sur un morceau de carton, une feuille mince
d'aluminium ou une plaque de verre. Dans ce dernier cas,
l'émulsion doit faire face au- tube. M. Hospitalier recom-
mande d'employer le collodion de préférence à la gélatine.
Plus récemment, on a eu recours aux solutions solides
étudiées parM. Wiedemann, et dont nous avons indiqué le
principe (9). On prépare, par exemple, un écran excellent
et très peu coûteux, par le procédé suivant.
On dissout une certaine quantité de tungstate de soude,
dans une émulsion de gélatine; on ajoute ensuite à la solu-
tion un léger excès de chlorure de calcium additionné
d'une petite quantité de chlorure de manganèse. Il se forme
alors un précipité de tungstate de calcium et de tungstate
de manganèse à l'état très divisé, qui prend un vif éclat
sous l'action des rayons.
Dans la construction des écrans, il ne faut pas chercher
à opérer avec des sels très purifiés ; les meilleurs à ce point
de vue sont souvent les plus impurs.
On trouvera, dans les solutions solides, le moyen de faire
apparaître les images seulement par la chauffe de l'écran.
Le support de celui-ci pourra être en mica.
CHAP. IX. — PHÉNOMÈNES DIVERS. 127
CHAPITRE IX.
PHÉNOMÈNES DIVERS-
44. Action de l'effluve. — Nous avons tenu à dégager,
dans ce qui précède, la découverte de M. Rôntgen et les
travaux auxquels elle a donné lieu directement, d'un cer-
tain nombre de faits qui semblent avoir une très grande
importance, mais à propos desquels les renseignements
sont insuffisants ou contradictoires, de telle sorte qu'ils
sont encore impropres à corroborer une théorie.
Plusieurs observateurs, lord Blythswood, M. G. Moreau
et d'autres, sont parvenus à obtenir des photographies en
remplaçant le tube de Crookes par une effluve électrique
produite par la décharge silencieuse d'une bobine ou d'une
machine statique (^). Ils ont ainsi cherché à relier aux
découvertes récentes des faits trouvés déjà, il y a une di-
zaine d'années, par le docteur Boudet de Paris et M. Tom-
masi, et auxquels on n'avait accordé alors qu'un intérêt
de curiosité. M. Tommasi avait donné à l'agent capable
d'exercer une action photographique dans une enveloppe
opaque le nom de rayons électriques; ce nom était évidem-
ment mal choisi, puisqu'il a aujourd'hui une signification
(^ ) Lord Blythswood employait, dans ce but, une machine à 128 plateaux
de 91<^", consommant plus d'un kilowatt.
l'28 SECONDE PARTIE.
bien précise; il semble cependant que, pratiquement du
moins, M. Tommasi était sur la voie de la découverte de
M. Rôntgen.
45, La lumière noire. — Une autre découverte, qui peut
avoir une importance théorique capitale, est due au doc-
teur Gustave Le Bon ; il a reconnu l'existence de radiations
actiniques susceptibles de traverser des plaques métalli-
ques épaisses, dans le flux lumineux d'une lampe à pétrole
munie de son verre.
Guidé par l'idée erronée que les oscillations électriques
traversent les métaux, employant un manuel opératoire
qui devait conduire à de fréquents insuccès, M. Le Bon a
poursuivi ses expériences avec une grande persévérance,
et touchait au but lorsque parut le Mémoire de M. Rôntgen.
Il ne convenait pas de laisser plus longtemps inconnue
une méthode qui présentait, au moins dans ses résultats,
une grande analogie avec celle qu'employait le professeur
de Wûrtzbourg. La découverte fut publiée avant d'être au
point, et donna lieu à de vives discussions dont les Comptes
rendus des séances de l'Académie des Sciences contiennent tous
les éléments.
Les expériences de M. G. Le Bon furent répétées par
d'habiles opérateurs; M. Nodon, M. G. -H. Niewenglowski,
MM. Antoine et Louis Lumière n'obtinrent aucun résultat,
alors que M. Murât et le docteur Armaignac confirmaient
ceux qu'avait indiqués M. Le Bon.
Le terme de lumière noire était évidemment mal choisi,
.et jetait d'emblée quelque défaveur sur la découverte. De
plus, le docteur Le Bon n'en avait pas vu le facteur essen-
tiel, et ainsi s'expliquent les résultats divers des expé-
riences de contrôle.
Nous en trouverons tout à l'heure la raison.
GHAP. IX. — PHÉNOMÈNES DIVERS. 129
46. Les rayons X et la phosphorescence. — M. Charles
Henry, à qui l'on doit d'importantes recheixhes sur la
phosphorescence, montra le premier que le sulfure de zinc,
placé sur le trajet des rayons X, en augmente l'effet d'une
manière assez notable.
Il devenait dès lors particulièrement intéressant de cher-
cher à vérifier une hypothèse émise déjà par M. Poincaré,
bien qu'avec une réserve prudente.
« C'est le verre qui émet les rayons Rôntgen, et il les
émet en devenant fluorescent. Ne peut-on alors se deman-
der si tous les corps dont la fluorescence est suffisamment
intense n'émettent pas, outre les rayons- lumineux, des
rayons X de Rôntgen, quelle que soit la cause de leur fluo-
rescence? IjQ,^ phénomènes ne seraient plus alors liés à une
cause électrique. Cela n'est pas très probable, mais cela est
possible, et sans doute assez facile à vérifier (^ ). »
La vérification a été faite par M. Niewenglowski et par
M. Henri Becquerel. Le premier obtint une action sur le
papier sensible lorsqu'il plaçait, sur l'enveloppe, du sulfure
de calcium exposé à la lumière solaire. Le papier restait
inaltéré dans les parties éloignées du corps phosphorescent.
M. Henri Becquerel employa des cristaux de sulfate
double d'uranium et de potassium, et trouva aussi qn'une
plaque bien enveloppée, exposée à la lumière du soleil, ne
présentait des traces de réduction qu'aux endroits qui
avaient pu être atteints par les rayons émanés du sel;
ceux-ci se sont ainsi montrés susceptibles de traverser le
papier opaque aux rayons solaires. M. Becquerel exclut
l'hypothèse d'une action chimique directe en interposant,
entre le sel et le papier, une mince lame de verre ,(-).
(^ ) Revue générale des Sciences, t. VII, p. 54; 30 janvier 1S96.
( ^ i Cette action des corps phosphorescents est de nature à fausser les ex-
G. 9
130 SECONDE PARTIE.
L'action da corps phosphorescent se prolonge, du reste,
bien au delà de sa propre exposition, et même de son
émission de rayons visibles. Ainsi, le corps employé
par M. Becquerel perd sa lumière visible un centième de
seconde après que l'exposition à la lumière excitatrice a
cessé; au bout de plusieurs jours de repos, le sel phospho-
rescent émet des radiations traversant des lames métal-
liques de faible épaisseur et susceptibles d'impressionner
les plaques photographiques. Bien plus, le corps, préparé
dans l'obscurité, donne encore des rayons invisibles.
Enfin, les radiations émanées d'un corps phosphorescent
provoquent la déperdition de l'électricité.
Des constatations analogues ont été faites par M. Troost,
avec du sulfure de zinc. La fig. 23, qui nous a été très obli-
geamment communiquée par M. Troost, a été obtenue par
ce procédé. On avait placé, au fond d'une boîte en carton,
une plaque photographique sur laquelle on avait disposé
divers objets. La boite étant fermée, on posa, sur le cou-
vercle, un cylindre de métal fermé par une lame de verre
et contenant de la blende hexagonale que l'on avait im-
pressionnée. Les rayons, partant d'un point situé au centre
du couvercle, dessinèrent, sur la plaque, l'ombre des objets
suivant leur opacité (^).
Ces expériences contiennent l'explication des résul-
tats contradictoires obtenus par les opérateurs qui ont
essayé de vérifier les résultats du docteur Le Bon. Suivant
M. d'Arsonval, les expériences ne réussissent que si l'on
interpose, entre la source lumineuse et la plaque photo-
l)ériences failes à l'aide de l'aluminium dont l'oxyde devient faiblement lu-
mineux sous l'effet des rayons X ( Voir note p. 75).
C) M. Troost et M. Becquerel ont constaté ce fait, encore inexpliqué, que
certaines substances susceptibles d'émettre les radiations nouvelles perdent
trésrapidement cette propriété; on la leur rendrait peut-être en les expo-
sant à des actions électriques directes ou indirectes.
eu A p. IX. — PIIÉXOMÈNES DIVERS. 131'
graphique, une lame de verre susceptible de donner des
Fîn- OO
Ig. Zo.
rayons phosphorescents. Les verres ayant une phospho-
132 SECONDE PARTIE.
rescence verte ou jaune donnent en abondance de la
lumière traversant les métaux; le verre d'urane est tout
à fait remarquable à ce point de vue.
Les radiations émanées des corps phosphorescents ne
semblent pas posséder toutes les propriétés des rayons X.
Suivant M. Becquerel, ils se réfléchissent, sur les surfaces
métalliques et même sur le verre, en une proportion qui
n'a pas encore été déterminée, mais qui semble être assez
considérable. On sait qu'ils se réfractent, mais on n'a pas
de données précises sur leur indice ; enfin ils se polarisent
dans des tourmalines. Si nous admettons que les rayons X
sont dus à des vibrations transversales très rapides, on
pourrait penser, avec quelque vraisemblance, que les ra-
diations invisibles des corps phosphorescents forment la
transition entre elles et les radiations ultra- violet tes or-
dinaires. La réflexion et la réfraction seraient une indica-
tion dans ce sens.
L'énergie de ces radiations est sans doute excessivement
faible, et l'on ne pourrait pas, sans imprudence, affirmer
qu'elles ne sont pas accompagnées d'un changement chi-
mique dans les corps d'oii elles émanent. La durée très
longue de l'extinction, et le fait que des substances non
insolées donnent naissance à ces rayons, semblent bien
indiquer une transformation de cette nature (9).
Suivant M. Berthelot, la décomposition des sels d'argent
dans la plaque est exothermique, et l'excitation a simple-
ment le caractère d'un déclenchement; on ne demande à
l'action chimique hypothétique que de donner l'équivalent
de ce déclenchement, ce qui exige seulement la transfor-
mation d'une quantité de matière extrêmement faible;
d'autre part, les poses employées par M. Becquerel étaient
fort longues, deux ou trois jours en général, et la substance
phosphorescente était au voisinage immédiat de la plaque.;
CIIAP. IX. — PHÉNOMÈNES DIVERS. 133
(le telle sorte que la moitié environ de sa radiation était
utilisée.
On voit que l'idée d'une action chimique ne conduit à
aucune impossibilité; cependant, si l'on découvrait, dans
cette hypothèse, une contradiction quelconque, on pour-
rait avoir recours à une autre explication des phénomènes.
Nous avons vu que le principe de Carnot, correctement
appliqué, conduit à admettre que la fluorescence peut aussi
s'effectuer en sens inverse de la loi de Stokes, à la condi-
tion qu'il se produise une transformation au moins équi-
valente dans le sens de la loi. On ne considérera donc plus
comme impossible la transformation, par un corps fluores-
cent, des vibrations de longue période dues à la radiation
des corps obscurs environnant la substance; dans les con-
ditions où opérait M. Becquerel, le sulfate pouvait donner
tout un spectre de radiations, d'une énergie si faible que
l'œil cessait de percevoir celles auxquelles il est sensible.
Dans cette idée, les phénomènes fluorescents apparaî-
traient alors en Optique comme une analogie nécessaire
des sons de combinaison. Le son de différence correspon-
drait à la radiation dégradée, seule observée jusqu'ici,
tandis que le son d'addition serait le nouveau rayon acti-
nique traversant les métaux, que le docteur Le Bon a
désigné sous le nom de lumière noire.
Mais c'est là, avouons-le, une simple hypothèse.
134 APPENDICE.
APPENDICE.
EXPÉRIENCES A FAIRE.
Il serait singulièrement téméraire de chercher à tracer dès main-
tenant un plan de recherches pour l'avenir dans le domaine déjà mi-
nutieusement exploré par Hittorf, M. Goldstein, M. Crookes, Hertz,
M. Lenard, MM. Wiedemann et Ebert, et dans lequel M. Rôntgen
a eu la bonne fortune de découvrir des horizons nouveaux. Les
nombreuses expériences tentées depuis quelques mois ont fait
entrevoir la possibilité d'expliquer les singuliers phénomènes que
)ious venons de décrire, mais, parmi les trois ou quatre théories
possibles, aucune n'est ni nécessaire ni absurde.
Les expériences d'interférence ou de polarisation ont conduit à
des résultats indécis, et il ne pouvait guère en être autrement.
Des expériences négatives de ce genre ne prouvent rien, et des
résultats positifs ont toujours été jusqu'ici bien voisins des erreurs
d'expérience.
Une seule expérience décisive semble n'avoir jamais été tentée :
la mesure de la vitesse des rayons X. Si ces rayons consistent en
une vibration transversale de l'éther, il est peu probable qu'on soit
avant bien des années en état de réaliser l'épreuve. La vitesse de
la lumière a été mesurée surtout par deux méthodes, celle de Fou-
cault, basée sur une réflexion, et celle de M. Fizeau, qui exige, en
même temps qu'un retour vers la source, une très grande base
d'expérience. Aucun de ces procédés ne convient aux rayons X.
Mais il ne s'agit pas, pour le moment, d'estimer, avec une grande
approximation, une vitesse qui peut être énorme; la question se
pose sous une autre forme. On aurait un bon argument de plus
pour la théorie optique du phénomène si l'on parvenait à montrer
que précisément cette vitesse est très grande. S'il s'agit de décider
entre une vitesse de 300000 kilomètres par seconde ou une vitesse
mille fois plus faible, le problème change de nature.
Nous avons vu que M. Tesla obtient déjà des effets photogra-
phiques sensibles à 12"" du tube et pense les augmenter beaucoup
EXPÉRIENCES A FAIRE. 135
dans l'avenir. Si l'on pouvait seulement observer d'une façon sûre
les rayons à 20°" ou 25°" de l'appareil, on déciderait, à l'aide d'un
instrument assez semblable au phosphoroscope de Becquerel, si lu
vitesse des rayons est trop grande pour être actuellement mesu-
rable, ou si elle rentre dans les limites accessibles à l'expérience.
Un autre procédé pourrait sans doute être essayé. Maxwell a
démontré que toute énergie vibratoire de l'étlier exerce un effort sur
un récepteur qui l'absorbe. Cet effort est proportionnel à l'énergie
absorbée et inversement proportionnel à sa vitesse de propagation.
Connaissant l'énergie et l'effort, on pourrait calculer la vitesse. Dans
la théorie matérialiste, on devrait aussi percevoir un effort exercé
sur le récepteur par le choc des molécules; mais il serait probable-
ment d'un autre ordre de grandeur que l'effort dû à l'absorption de
l'énergie vibratoire.
Nous avons décrit les expériences tentées par M. B. Wiedemann
pour étudier la radiation à l'intérieur de l'ampoule. Les expériences
de cette nature présentent un très grand intérêt, parce qu'elles
permettent de saisir la radiation avant que les parois du verre en
aient absorbé la majeure partie. Nous avons dit que l'on trouverait
probablement dans le tube un spectre très complet, débutant peut-
être dans le spectre visible et dans le commencement de l'ultra-
violet par quelques bandes séparées. Le procédé des écrans à bande
d'absorption, que l'on superposerait au besoin, rendrait cette mé-
thode d'un maniement facile. On trouve, dans les Mémoires récents
de M. E. Wiedemann, l'indication d'un grand nombre de mélanges
de sels sensibles à des radiations diverses. Certaines substances
étudiées par M. Wiedemann sont excitées par des rayons traversant
le spath fluor, et dont la longueur d'onde est de 0'^, 1, d'autres ne
deviennent lumineuses que sous l'action de radiations plus courtes.
On se servira avec avantage d'ampoules à foyer de métal transfor-
mant complètement la radiation, et l'on devra masquer la radiation
directe de la cathode.
Nous avons vu que la théorie de la décharge des corps électrisés
sous l'action des rayons X n'est pas encore fixée.
Suivant MM. Lenard et Wolf, l'action de la lumière ultra-violette
réside dans une pulvérisation du métal qui provoque la convection
des charges. MM. Benoist et Hurmuzescu pensent, au contraire,
que les gaz occlus dans le métal prennent seuls part à cette con-
vection, peut-être avec un peu d'arrachement du métal, comme l'a
indiqué, il y a quelques années, M. Berliner. On séparera proba-
blement ces deux idées par l'étude de l'action du milieu, et par la
recherche de l'influence exercée sur le phénomène par la fréquence
136 APPENDICE.
des impulsions. La théorie de l'ionisation, entièrement différente
des premières, peut être défendue par de bons arguments. Nous
avons exposé parallèlement ces deux idées, sans trouver un argu-
ment décisif ni pour l'une ni pour l'autre.- Remarquons que les
expériences de MM. Lenard et Wolf s'accorderaient également bien
avec la théorie qu'ils en ont donnée, avec celle de MM. Benoist et
Hurmuzescu, et avec l'idée de l'ionisation défendue par M. J.-J.
Thomson. On sait, en effet, que les ions peuvent aussi devenir des
centres de condensation de la vapeur d'eau, et l'on a même fondé
sur cette idée une théorie de la formation des nuages, l'air étant
ionisé par les radiations ultra-violettes du soleil.
MM. Percy Frankland et Mac Gregor décrivent une expérience
qui leur paraît opposée à l'idée de l'ionisation. Un corps optique-
ment actif est dissous dans un liquide qui le dissocie partiellement;
il doit donc s'y trouver dans un état tel que la moindre cause ad-
ditionnelle d'ionisation doit produire une action sensible.
Cependant, les auteurs n'ont observé aucune modification dans li'
pouvoir rotatoire de la solution, même après une action prolongée
des rayons X.
On voit que la question est très complexe; mais elle a des consé-
quences si importantes pour la philosophie naturelle qu'il vaut la
peine de lui consacrer de grands efforts.
M. Becquerel, à l'exemple de M. H. Dufour, pense pouvoir attri-
buer à une effluve électrique certains effets des corps phosphores-
cents. Le défaut de polarité ne nous semble pas d'accord avec cette
idée.
Nous avons essayé de ramener les effets singuliers découverts par
M. Becquerel à Tidée générale de la fluorescence. Nous ne consi-
dérons nullement cette idée comme probable; il nous a seulement
paru intéressant de montrer qu'elle n'est pas absurde. Dans le mode
de raisonnement que nous avons adopté, presque tous les arguments
que l'on peut trouver en faveur de l'idée d'une phosphorescence
s'appliquent aussi bien à la fluorescence. Il semble cependant que,
dans les deux cas, l'action de la température pourrait être diffé-
rente; surtout, l'action de la variation de la température serait tout
autre. Dans la théorie de la fluorescence, le corps devrait atteindre
immédiatement l'état définitif; il n'en serait pas de même pour une
phosphorescence, mais la faiblesse de l'action rend cette idée bien
difficile à vérifier.
PI. VII.
^^^'a^<^^^^•-- ■ ^
IMAGE MADIOGRAPHIQUE DUiNE GRENOUILLE.
Epreuve de MiU. Imbert et Bertin-SaTis.
PI. VIII.
RADlOGRAPHIli D'UN PIGEON OBTENUE AU MOYEN D'UN ÏUBE
A FOYER DE PLATINE.
Epreuve de M. V. Chabaud.
EXPLICATION DES PLANCHES. 137
EXPLICATION DES PLANCHES.
Planche I. ^ Profil des os de la main; radiograpliie faite par
M. Londe, dans le but de déterminer la position d'une balle logée
entre les métacarpiens. {Voir p. 123).
Cette épreuve date des débuts de la méthode; elle a été obtenue
avec une pose assez longue, mais aujourd'hui, on arriverait au
même but avec une pose de trois secondes pour une main d'adulte,
et de deux secondes seulement pour une main d'enfant.
Les poses les plus longues permettent de traverser complètement
les os, comme le montre la planche suivante.
Planche IL — Epreuve deM. J. Ghappuis, obtenue à l'aide d'un
tube à foyer de platine. Les chairs ont complètement disparu, et les
os, au lieu de donner une ombre noire comme dans les radiogra-
phies du début, montrent bien nettement des différences d'opacité,
dues soit à des épaisseurs variables, soit surtout à la teneur en
phosphate de chaux. La bague a porté une ombre absolument noire,
qui se détache sur les parties voisines de l'os. Celui-ci, même dans
ses régions les plus dures, n'a pas arrêté complètement les rayons.
Planche III. — Nous avons réuni, sur la même planche, deux
épreuves qui offrent un remarquable contraste. La première a été
obtenue en soumettant un œuf de poule, pendant un temps pro-
longé, à l'action des rayons émanés d'un tube à foyer de platine.
L'œuf avait été couvé pendant dix-neuf jours, et contenait un
poussin prêt à éclore. La coquille de l'œuf est semi-transparente à
la lumière ordinaire, et il ne semble pas, à première vue, très dif-
ficile d'obtenir une image radiographique de son contenu; cepen-
dant, la radiographie du poussin dans l'œuf est l'une des plus diffi-
ciles à réussir. Le carbonate de chaux, dont la coquille est formée,
oppose aux rayons X une résistance très considérable, alors que
138 EXPLICATION DES PLANCHES.
les os du poussin, encore très gélatineux, sont aisément traversés.
Cet essai, que M. J. Chappuis a très obligeamment tenté à notre
demande, nous porte à croire que l'on obtiendrait avec plus de faci-
lité l'image de l'œuf dans la poule que celle du poussin dans l'œuf.
La seconde figure de la même planche nous montre, par contraste,
l'un des cas où la méthode est le plus efficace. Elle représente un
portefeuille fermé, contenant un lorgnon, un crayon passé dans sa
gaine de cuir, une lancette, des aiguilles, et d'autres objets mé-
talliques. Le cuir du portefeuille, entièrement organique, a presque
complètement disparu; il en est de même du bois du crayon, tandis
que la plombagine, rendue plus opaque par l'argile mélangé au
graphite, se détache en gris sur le fond. L'admirable netteté de
l'image permet de voir que la plombagine présente une solution de
continuité.
Le verre du lorgnon s'est révélé relativement opaque, tandis que
le manche de la lancette, en écaille, est presque invisible.
Cette épreuve nous a été communiquée par M.B. Golardeau; elle
a été obtenue à l'aide de son tube spécial décrit à la page 115,
fig.is.
Planche IV. — Cette image, que nous devons à l'obligeance de
M. Albert Londe, date, comme celle de la PL I, des débuts des
recherches; elle représente une boîte avec son contenu; malgré la
gi'ande épaisseur traversée, les détails ont conservé une netteté suf-
fisante pour permettre de reconnaître immédiatement toutes les
pièces métalliques de l'ensemble : le bracelet enfermé dans la boîte,
et les petits clous qui la maintiennent.
Planches V et VI. — Ces deux planches représentent un rat
d'égout, radiographié et photographié par les procédés ordinaires
afin de faciliter la comparaison. La fourrure de l'animal a complète-
ment disparu, ainsi que sa peau, comme on le voit bien distincte-
ment sur la queue dont les osselets sont seuls apparents sur la
radiographie. La colonne vertébrale est nette ainsi que les côtes.
On voit apparaître les viscères et les masses musculaires les plus
importantes; ces deux épreuves nous ont été très obligeamment
communiquées par M. Albert Londe.
Planche VIL — Grenouille, radiographiée par MM. Imbert et
Bertin-Sans.
Planche VIII. — Pigeon obtenu par M. V. Chabaud, au moyen
d'un tube à foyer de platine.
Ces deux dernières images offrent en quelque sorte un contraste •
EXPLICATION DES PLANCHES. 139
la grenouille, relativement transparente et plate, n'a donné que des
ombres légères; ses os eux-mêmes se sont marqués en gris, et
sont sensiblement plus pâles que les épingles piquées en divers en-
droits de l'animal pour le maintenir en place. On voit, par l'ombre
élargie de l'extrémité des épingles, que le foyer possédait une cer-
taine étendue; les tubes de construction récente donneraient une
netteté plus grande. Les masses musculaires superposées se distin-
guent par une légère augmentation de l'opacité; au contraire, les
poumons marquent une tache blanche dans le thorax.
On peut, en revanche, obtenir l'ombre très noire des viscères
au moyen d'une injection de mercure.
La PI. VIII nous montre un cas tout opposé; l'animal offre de
grandes épaisseurs et possède une assez forte opacité. Toute-
fois, l'épreuve originale, rendue moins nette par la reproduction,
permet de distinguer tous les viscères; les côtes se détachent par
un léger renforcement de l'ombre sur le fond déjà foncé que forment
les poumons, le cœur et les masses musculaires attachées au ster-
num. Dans les parties moins épaisses, les chairs ont complètement
disparu; ainsi, les ailes et les pattes ne montrent que l'os, dont on
peut remarquer la parfaite netteté. On voit que l'ombre des os va
en s'assombrissant du milieu vers les bords; on reconnaît ainsi
qu'ils sont tubulaires.
Avec des poses plus ou moins longues, on ferait apparaître à vo-
lonté l'une ou l'autre des parties de l'animal. Une exposition très
courte donnerait la plume et les muscles; puis on verrait appa-
raître les os des ailes et des cuisses; en prolongeant encore, on
obtiendrait les viscères comme dans l'épreuve de M. Chabaud ;
enfin, avec une pose encore plus longue, on ferait disparaître
toutes les parties minces, pour ne conserver que le corps de l'ani-
mal, avec ses plus grandes opacités.
B'IN.
TABLE DES MATIÈRES.
Pages.
Avertissement de la deuxième édition v
Préface de la première édition vi
PREMIÈRE PARTIE.
CHAPITRE I.
L'état gazeux.
1 . Théorie cinétique ; 1
2. La molécule et l'atome 4
3. Les forces moléculaires 6
CHAPITRE II.
La lumière.
4. Le spectre 9
5 . Émission et absorption 11
6. La réfraction anomale 13
7. La lumière ultra-violette 18
8. Analogies acoustiques 23
9 . Phosphorescence et fluorescence 26
10. L'énergie et la vision 30
CHAPITRE III.
L'électrolyse. "*
11. Liquides.. .............;. 31
142 TABLE DES MATIÈRES.
Pages.
12. Solides 32
13. Gaz 34
SECONDE PARTIE.
CHAPITRE IV.
Les décharges dans les gaz, première période,
14. Phénomènes lumineux dus aux décharges dans les gaz
raréfiés 37
15. Cas des gaz très raréfiés 40
16. Passage de la décharge dans un champ magnétique 42
17. Expériences de M. Crookes 43
18. Idées de M. Grookes 46
19. Expériences de M. Goldstein. Ses objections 48
CHAPITRE V.
Les décharges dans les gaz, deuxième période.
20. Coup d'œil sur la théorie des phénomènes 54
21. Les actions électromagnétiques et électrostatiques des
rayons cathodiques; réciprocité 56
22 . Les expériences de M. Lenard 60
23. Les rayons de décharge; expériences de M. E. Wiede-
mann 68
24 . Vitesse des rayons cathodiques 70
25. Gonvection de l'électricité par les rayons cathodiques. . .,. . 72
26. Pénétration des gaz dans le verre , 73
CHAPITRE VL
Les rayons X.
27. Analyse du Mémoire de M. Rôntgen 74
28 . Rayons cathodiques et rayons X ... 79
29. La propagation des rayons X. Réfraction et réflexion. 81
TABLE DES MATIÈRES. 143
Pages.
30. Interférence et polarisation — 84
31 . Actions lumineuses et photographiques 85
3Î. Propriétés électriques des rayons X 88
33. Électrisation de la trajectoire des rayons 92
34. Durée de l'extinction des rayons 93
35. Transmission des rayons X 94
3G. Composition des rayons X 96
CHAPITRE Vil.
Essai de théorie.
37. Rayons catliodiques 98
38. Rayons X 102
CHAPITRE VIII.
Applications.
39. Sources d'énergie électrique 109
40. Le tube 113
41 . L'emploi du tube 119
42. Applications photographiques 122
43. La vision directe par les écrans luminescents 125
CHAPITRE IX.
Phénomènes divers.
44. Action de l'effluve 127
45. La lumière noire 128
46. Les rayons X et la phosphorescence 129
APPENDICE.
Expériences a faire 134
Explication des planches 137
14i TABLE DES MATIÈRES.
PLANCHES.
PI. I. — Radiographie d'une main contenant une balle de re-
volver (épreuve de M. Albert Londe) p. 88
PL IL — Radiographie des os de la main obtenue avec un
tube à foyer de platine (épreuve de M. J. Ghap-
puis) p. 89
PL m. — OEuf de poule contenant un poussin. Radiographie
obtenueà l'aide d'un tube à foyer de platine (épreuve
de M. J.Chappui.s). — Portefeuille contenant divers
objets (radiographie exécutée par M. E. Golardeau,
; au moyen du tube spécial /?(/. 18) ....... p. 104
PL IV. — Boîte en bois' assemblée avec des petits clous en fer.
Photographie à la lumière ordinaire et radiographie
montrant le contenu de la boîte (épreuves de M. Al-
bert Londe) — p. 105
PL V. — Radiographie d'un rat par les rayons de Rôntgen
(épreuve de M. Albert Londe) p. 120
PL VI. — Image d'un rat obtenue à la lumière ordinaire (épreuve
de M. Albert Londe) p. 121
PL VII. — Image radiographique d'une grenouille (cliché de
MM. Imbert et Bertin-Sans ) p. 136
PL VIII. — Radiographie d'un pigeon obtenue au moyen d'un tube
à foyerde platine (épreuve de M. V.Chabaud). p. 137
FIN DE LA TABLE DES MATIERES.
5305 B. — Paris, Imp. Gauthier- ViHars et fils, -55, quai des Gr.-Augustins.
COUNTWAY LIBRARY OF MEDICINE
OC